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01/06/2017 20:45 EDT | Actualisé 01/06/2017 21:00 EDT

Malte aux urnes pour fixer le sort de son Premier ministre

Les Maltais votent samedi à l'occasion d'élections anticipées, à l'issue desquelles le Premier ministre sortant Joseph Muscat, aux prises avec un scandale de corruption, espère retrouver sa légitimité, dans un pays en plein boom économique.

Les sondages d'opinion le donnent en tête du scrutin mais avec 20 à 30% d'électeurs indécis à la veille de la clôture jeudi soir de la campagne, les analystes n'excluent pas une victoire de l'opposition.

Le scrutin a été très largement dominé par les révélations sur une évasion fiscale à grande échelle, contenues dans les "Panama papers", des milliers de documents émanant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca.

Et l'archipel de Malte, accusé d'être un paradis fiscal pour certaines entreprises européennes, n'y a pas échappé.

La femme du Premier ministre sortant, Michelle Muscat, a été accusée à la suite de ces révélations d'avoir ouvert un compte au Panama pour y abriter, entre autres, des pots-de-vin versés par l'Azerbaïdjan en échange de l'autorisation donnée à une banque de ce pays d'Asie centrale de travailler à Malte.

"Le plus gros mensonge de l'histoire politique maltaise", a réagi M. Muscat, tout en promettant de démissionner si les faits étaient avérés à la suite d'une enquête qu'il a lui-même réclamée.

Un principe que son entourage n'a pas vraiment respecté. Le directeur de cabinet de M. Muscat, Keith Schembri, et un de ses ministres, Konrad Mizzi, ont été victimes l'an dernier des "Panama papers". Aucun des deux n'a démissionné.

Jospeh Muscat, 43 ans, ancien journaliste, est arrivé au pouvoir en 2013 sur un programme de centre-gauche, mettant fin à 15 ans de règne du Parti conservateur.

A son actif, une loi introduisant les unions entre homosexuels, et une économie en plein boom.

- Croissance de 4,6% -

La croissance à Malte devrait atteindre 4,6% cette année, soit trois fois plus que la moyenne de la zone euro, que la petite île méditerranéenne a rejoint en 2008. Le budget est en excédent et la dette est sous la barre des 60% du Produit intérieur brut (PIB) en conformité avec les traités européens.

Malte assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, et le leadership de M. Muscat a été apprécié par ses partenaires.

"Fort de ce bilan, M. Muscat assure aux quelque 430.000 maltais, dont 342.000 électeurs, que "les meilleurs jours pour Malte sont encore à venir", promettant aussi de financer un programme d'infrastuctures routières à hauteur de 700 millions d'euros.

Le tourisme, qui représente un quart de la richesse du pays et près de 30% de l'emploi, est lui aussi en plein boom avec un record de visiteurs.

Mais les révélations des "Panama papers" ont aussi donné un coup de fouet à la campage du candidat de l'opposition, Simon Busuttil.

Ancien universitaire, toujours tiré à quatre épingles, il accuse son rival au pouvoir d'avoir terni la réputation de Malte, indispensable à son économie de services.

"Ceux qui ont sali et abîmé, ne peuvent être ceux qui réparent", a-t-il lancé pendant la campagne.

Mais le citoyen maltais semble assez peu concerné, à la faveur d'un certain clientélisme politique et du peu de crédit accordé à la presse locale.

"Que m'importe ce qu'ils font. L'important c'est que tout le monde travaille", juge ainsi Andrew, chauffeur de taxi le jour et barman la nuit, ajoutant q'uil voterait pour Joseph Muscat.

Irène, employée dans un des nombreux hôtels de La Valette, est plus pessimiste: "ils sont tous pareils, je pourrais bien ne pas voter cette fois", assure-t-elle.

Le gagnant de ce scrutin législatif, dont les résultats seront connus dimanche, devra faire face à une curiosité redoublée des institutions internationales envers le système financier maltais, accusé aussi de servir de havre à des entreprises russes, libyennes, voire européennes.

L'Allemage s'intéresse ainsi à près de 2.000 entreprises enregistrées à Malte, accusées de servir de boîte aux lettres à des firmes allemandes soucieuses de payer moins d'impôt.

am/ob/lab