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02/06/2017 06:22 EDT | Actualisé 02/06/2017 06:40 EDT

Législatives en France: Macron face au défi de la conquête d'une majorité

Après des débuts salués sur la scène internationale, le président français Emmanuel Macron se lance, vent en poupe, dans un nouveau défi: conquérir une majorité lors des législatives des 11 et 18 juin, clé de la mise en oeuvre de ses réformes.

A moins de dix jours du premier tour, son parti La République en Marche, fondé il y a un an tout juste, aborde le scrutin en grand favori: les sondages lui accordent de 29 à 31% des intentions de vote et au moins 335 députés, largement au-dessus de la majorité absolue de 289 sièges.

"Je m'attends à une très belle majorité pour Macron. Il a bien réalisé cette espérance diffuse chez les Français d'un gouvernement d'union nationale", juge le politologue Jérôme Sainte Marie, de l'institut de sondage PollingVox.

Le positionnement centriste d'Emmanuel Macron et la nomination dans son gouvernement de personnalités venues d'horizons divers - écologiste, médecin, éditrice, politiques du centre, de gauche et de droite - a fait imploser les partis traditionnels, très divisés sur l'attitude à adopter face à cette nouvelle donne politique.

Le parti Les Républicains (droite) n'est crédité que de 18% des intentions de vote, soit entre 140 à 155 sièges, contre 229 députés actuellement. Les socialistes redoutent quant à eux une déroute: ils pourraient ne recueillir que 12% des voix et moins de 50 sièges, contre 331 actuellement.

Mis à part une récente visite en Bretagne, le nouveau président a laissé son Premier ministre Edouard Philippe - habilement subtilisé à une droite déconfite - le soin de mener la bataille cruciale des législatives.

Dès les premiers jours de son quinquennat, il a multiplié les déplacements régaliens: déjeuner à Berlin avec la chancelière Angela Merkel, visite aux forces françaises déployées au Mali, réunion de l'OTAN à Bruxelles, - où sa très ferme poignée de main à Donald Trump a suscité une avalanche de commentaires - sommet du G7 en Sicile et réception du président russe Vladimir Poutine sous les ors du château de Versailles.

A l'étranger comme en France, médias et observateurs politiques se disent dans l'ensemble impressionnés par ses premiers pas depuis son entrée à l'Elysée, le 14 mai.

- 'Première tache' -

"Le fringant président de la France a défié Donald Trump, morigéné Vladimir Poutine et fait face aux redoutables syndicats français - le tout en moins de trois semaines", s'enthousiasmait jeudi le quotidien américain The New York Times, en relevant le "punch" et "l'assurance" du nouveau chef de l'Etat âgé de 39 ans.

Considéré comme trop jeune et inexpérimenté par de nombreux Français - seuls 24% d'entre eux l'avaient soutenu au premier tour de la présidentielle - le centriste a su convaincre: 67% disent avoir une bonne opinion de lui, selon un sondage publié jeudi.

"On n'est peut-être pas sur un état de grâce mais sur un état de bienveillance très très fort. Je suis frappé de voir qu'en dehors des sympathisants du (parti d'extrême droite) Front national, Emmanuel Macron est majoritaire partout, y compris à droite où il recueille 80% de bonnes opinions", relève Frédéric Dabi, de l'institut de sondages Ifop.

Seule ombre au tableau: la mise en cause de l'un de ses proches dans une affaire immobilière remontant à 2011 entache la volonté affichée du jeune centriste de moraliser la vie politique, après une campagne ponctuée de scandales. Député socialiste parmi les premiers à rallier le camp Macron, nommé ministre de la Cohésion des territoires au sein du nouveau gouvernement, Richard Ferrand est désormais visé par une enquête préliminaire sur ses activités.

La presse a révélé fin mai que sa compagne avait bénéficié de l'attribution d'un marché de location d'une mutuelle d'assurance quand il en était le directeur général (1998-2012). Rien d'illégal selon le chef du gouvernement, Edouard Philippe, qui a exclu pour l'heure toute démission de son ministre.

Cette affaire peut-elle affaiblir le parti présidentiel aux législatives ? "Dans un ciel jusqu'ici sans nuage, cette affaire est une première tache pour le quinquennat Macron", souligne Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. "Il ne faut surtout pas une deuxième affaire qui sorte, ou la spirale de défiance va se mettre en oeuvre".

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