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01/06/2017 21:02 EDT | Actualisé 01/06/2017 21:20 EDT

A Hébron, le "miracle" des colons a signé la fin de la "belle époque" palestinienne

Le quartier commerçant est devenu une zone fortifiée et le coeur spirituel de la ville est gardé par les checkpoints israéliens: 50 ans après la guerre des Six Jours, la ville sainte de Hébron délivre un instantané frappant de l'inextricable conflit israélo-palestinien.

Les soldats israéliens sont entrés dans Hébron le 5 juin 1967, premier jour de la guerre. La ville, site du tombeau des Patriarches révéré par les juifs mais aussi les musulmans comme la mosquée d'Ibrahim, était sous contrôle jordanien depuis 1948.

"Il n'y a pas eu de combat, les Arabes se sont retirés", raconte, encore amer, Eïd Jaabari, 21 ans à l'époque, qui dit avoir vu les troupes jordaniennes partir sans tirer une balle.

Pour les habitants palestiniens d'Hébron, ce fut la fin de "la belle époque", dit-il. Pour les premiers colons juifs, ce fut "un énorme miracle".

Les juifs revendiquent une présence de 4.000 ans à Hébron. Le tombeau des Patriarches, situé dans la vieille ville, abriterait la dépouille d'Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils, du patriarche Isaac, son petit-fils Jacob, et de leurs épouses, Sarah, Rébecca et Léa.

A la suite du massacre de dizaines de juifs par des Arabes en 1929, Hébron s'est progressivement vidée de présence juive, jusqu'à leur retour en 1967.

- Rues fantômes -

Des centaines de colons - pour la très grande majorité par conviction personnelle - vivent aujourd'hui sous haute protection au milieu de 200.000 Palestiniens dans la plus grande ville de Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967.

L'existence d'Israël, créé en 1948, "était en danger, d'importants pays arabes voisins parlaient de jeter les juifs à la mer", affirme Noam Arnon, le porte-parole des colons. "Mais nous avons obtenu la victoire et nous avons libéré nos lieux saints à Jérusalem et à Hébron", se félicite-t-il.

Palestiniens et colons juifs ont d'abord cohabité en bonne entente à partir de 1967, se souviennent les Palestiniens de la vieille ville. L'arrivée des colons a même "créé du travail", se rappelle Abdel Raouf al-Mohtasseb, qui tient une échoppe dans la vieille ville.

A l'époque, "on ne pouvait pas mettre un pied devant l'autre tellement il y avait de monde" dans les rues commerçantes, se rappelle M. Jaabari, keffieh traditionnel sur la tête, en fumant un narguilé dans une ruelle pavée désormais déserte.

Autour, les grands axes sont fermés aux Palestiniens. Dans les rues fantômes, les cadenas rouillent sur les rideaux de fer tirés depuis des années. Au-dessus des ruelles où vivotent quelques commerces, on a suspendu des filets pour arrêter les immondices et les pierres jetés sur les passants par les colons qui vivent en surplomb.

Mais au bout de quelques années, "les bases militaires se sont transformées en colonies et les colons se sont répandus partout", raconte M. Mohtasseb, 59 ans.

- La peur -

Le gouvernement israélien a accédé aux requêtes des colons et autorisé une présence civile israélienne au coeur de la ville, la seule, avec Jérusalem, à renfermer des colonies dans ses limites. Ailleurs, les colonies se développent sur les collines environnantes.

La situation est tellement unique que la ville était traitée à part lors des négociations entre Israéliens et Palestiniens.

Pour les Palestiniens, la présence des colons et des centaines de soldats qui les protègent rendent leur quotidien "invivable". Les deux côtés disent vivre dans la peur.

"La peur", rétorque Gabriel Ben-Isaac, colon du quartier de Tell Roumeida, est du côté des colons. Elle est "permanente", dit-il. Pour M. Arnon, "les juifs ne sont autorisés que dans (un secteur de) 3% de la ville", couvert de drapeaux israéliens et interdit d'accès aux Palestiniens, ce qui s'apparente "pour certains, à un ghetto".

Les violences sont fréquentes, en particulier auprès du tombeau, désormais divisé en une mosquée et une synagogue. Elles ont atteint leur paroxysme en 1994 quand un Israélo-Américain a tué 29 musulmans dans la mosquée d'Ibrahim avant d'être lynché.

"Oui, être ici, c'est pas ce qu'il y a de plus marrant, mais cela donne un sens à nos vies, car la base est ici", affirme M. Aron.

Pour remédier aux violences, il faudrait "une souveraineté totale israélienne sur la ville", plaide-t-il.

"Ce qu'ils veulent, c'est une terre sans personne dessus, mais les Palestiniens sont là", réplique M. Mohtasseb. "On peut tous vivre ensemble, mais la terre et les maisons, elles sont à nous. Je veux bien accueillir des invités, mais pas des invités armés".

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