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01/06/2017 09:43 EDT | Actualisé 01/06/2017 10:00 EDT

Trump attendu sur le climat, le monde retient son souffle

Après des semaines d'atermoiements, Donald Trump abat ses cartes: le président des Etats-Unis se prononce jeudi sur une possible sortie de l'accord de Paris sur le climat, sous le regard inquiet des 194 autres pays signataires de ce texte historique.

En campagne, l'homme d'affaires septuagénaire avait promis d'abandonner le document au nom de la défense des emplois américains. Mais de nombreuses voix, sur la scène internationale (Chine et UE en tête), dans le monde des affaires et au sein même de son administration, l'ont appelé à revoir sa position, rappelant ces derniers jours l'urgence d'agir face au réchauffement en cours.

L'annonce sera faite jeudi à 15H00 (19H00 GMT) depuis les jardins de la Maison Blanche.

Cet accord est "essentiel", a martelé la chancelière allemande Angela Merkel depuis Berlin, à quelques heures de cette allocution source d'intenses spéculations.

Si des fuites dans les médias américains accréditent l'idée d'une sortie, la Maison Blanche a mis en garde contre toute conclusion hâtive. "J'écoute beaucoup de gens, des deux côtés", assurait le président américain mercredi après-midi.

Les Etats-Unis sont le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, derrière la Chine.

La portée de cette décision ira, de fait, bien au-delà de la question climatique; elle donnera une indication sur la place que les Etats-Unis version Donald Trump entendent occuper sur la scène internationale dans les années à venir.

Pour Mitt Romney, candidat républicain à la Maison Blanche en 2012, c'est "la place de l'Amérique comme leader mondial" qui est aussi en jeu.

Dans une tribune publiée mercredi dans le Wall Street Journal, deux des principaux conseillers du président, le général H.R. McMaster et Gary Cohn assuraient, en référence au slogan de campagne de l'exubérant homme d'affaires, que "L'Amérique d'abord" ne voulait pas dire "L'Amérique seule".

- Pékin monte au créneau -

Un retrait de l'accord de Paris placerait cependant les Etats-Unis dans une position inconfortable sur la scène internationale.

A l'approche de l'allocution présidentielle, la Chine et l'Union européenne sont montées au créneau pour défendre l'accord qui vise à contenir la hausse de la température moyenne mondiale "bien en deçà" de 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Depuis Berlin, où il a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel, le chef du gouvernement chinois Li Keqiang a assuré que son pays tiendrait ses engagements. "Mais bien sûr, nous espérons aussi le faire avec la coopération des autres", a-t-il pris soin d'ajouter.

Pékin a été, avec l'administration américaine de Barack Obama, l'un des principaux artisans de cet accord sans précédent.

Les responsables de l'Union européenne ont adopté un ton moins diplomatique.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a jugé un éventuel retrait inacceptable. "Je suis un partisan de la relation transatlantique mais (...) dans un texte de loi et dans les accords internationaux, tout ne relève pas des informations bidons", a-t-il lancé dans une allusion aux accusations récurrentes de Donald Trump contre les "fake news".

- 'Course contre la montre' -

La question a profondément divisé le sommet du G7 qui vient de s'achever en Italie, tous ses participants, à l'exception du président américain, ayant réaffirmé leur engagement envers ce texte.

Concrètement, le 45e président des Etats-Unis pourrait invoquer l'article 28 de l'accord de Paris, qui permet aux signataires d'en sortir, mais, en raison de la procédure prévue, cette sortie ne deviendrait effective qu'en 2020.

Une autre solution, encore plus radicale, pourrait être de sortir purement et simplement de la Convention climat des Nations unies (CNUCC).

S'il décidait, à la surprise générale, de finalement rester dans l'accord, Donald Trump pourrait ordonner une révision à la baisse des objectifs américains en termes de réductions de gaz à effet de serre.

L'objectif des Etats-Unis, fixé par l'administration Obama, est une réduction de 26% à 28% de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2025 par rapport à 2005.

Le président démocrate, qui avait fait du climat l'une des priorités de ses deux mandats, mettait régulièrement en avant la "course contre la montre" dans laquelle la communauté internationale est engagée pour tenter de limiter les effets les plus dévastateurs des bouleversements climatiques en cours.

La position même de Donald Trump sur le changement climatique, qu'il a par le passé qualifié de "canular", reste entourée du plus grand flou.

Le président de la première puissance mondiale croit-il à l'impact des activités humaines sur le réchauffement en cours, sujet qui fait l'objet d'un très large consensus scientifique ?

"Je ne peux le dire, je ne lui ai pas demandé", a répondu cette semaine son porte-parole sans sourciller.

bur-jca/sha