NOUVELLES
01/06/2017 09:14 EDT | Actualisé 01/06/2017 09:20 EDT

Roumanie: première plainte contre les sinistres orphelinats communistes

Une première plainte visant les sinistres orphelinats du régime communiste roumain, accusés d'avoir maltraité des centaines d'enfants, a été déposée à Bucarest plus de 25 ans après la chute de la dictature en 1989, a annoncé jeudi l'Institut de recherche sur les crimes du communisme.

"On a voulu mettre à l'ordre du jour judiciaire un chapitre dramatique de l'histoire récente", qui a fait "plus de 10.000 victimes" selon des estimations, sans "aucune suite légale" à ce jour, a déclaré le président de l'Institut (IICCMER), Radu Preda, lors d'une conférence de presse.

La plainte déposée mercredi est la première d'une série annoncée par l'IICCMER et vise trois foyers situés dans le nord du pays, à Cighid, Pastraveni et Sighetu Marmatiei.

Au moins 771 enfants abandonnés y auraient perdu la vie entre 1966 et 1991, selon les chercheurs de l'institut qui évoquent "le manque d'une hygiène minimale", les "sols couverts de matières fécales" ainsi que "le manque d'alimentation appropriée".

Considérés comme "irrécupérables" par le régime communiste, ces enfants étaient privés de soins médicaux et logés dans "le froid et l'humidité", a affirmé Catalin Constantinescu, conseiller juridique de l'IICCMER.

Le dictateur Nicolae Ceausescu a mené à partir de 1966 une politique nataliste très stricte, interdisant les interruptions volontaires de grossesse. Cela a provoqué, selon les chercheurs, "une hausse de la mortalité maternelle et infantile" ainsi qu'une "hausse sans précédent du nombre d'enfants nés avec des malformations ou affections physiques et psychiques" avec pour conséquence l'abandon de milliers d'entre eux.

Izidor Ruckel, âgé de 36 ans, a grandi dans le foyer de Sighetu Marmatiei avant d'être adopté par une famille américaine après la chute du régime communiste.

Il raconte les violences extrêmes du personnel envers les enfants et estime que ces institutions furent un "cauchemar". "Il est temps de réparer les erreurs et de demander des comptes", a estimé M. Ruckel.

Les autorités roumaines ont longtemps rechigné à se pencher sur cette période de l'histoire du pays.

Au total, plus de 600.000 Roumains ont été condamnés et emprisonnés pour des motifs politiques sous le régime communiste, entre 1945 et 1989, selon le Musée mémorial des victimes du communisme de Sighet.

Deux anciens chefs de prisons politiques ont été condamnés en 2016 et 2017 pour "crimes contre l'humanité", d'autres enquêtes étant toujours en cours.

at/smk/mdr