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01/06/2017 04:45 EDT | Actualisé 01/06/2017 05:00 EDT

Maroc: Al-Hoceïma toujours mobilisé, la contestation se réorganise

Une nouvelle manifestation s'est déroulée dans la nuit de mercredi à jeudi dans le nord du Maroc pour réclamer la libération du leader de la contestation locale qui semble se réorganiser malgré les arrestations.

Depuis la diffusion vendredi d'un mandat d'arrêt visant Nasser Zefzafi, le leader de la contestation qui secoue la région du Rif ces derniers mois, la ville côtière d'Al-Hoceïma est en effervescence.

Pour la sixième nuit consécutive, des protestataires, aux cris de "Nous sommes tous Nasser Zefzafi!" ont investi les rues de la ville après la rupture du jeûne du ramadan.

Comme la veille, beaucoup brandissaient des portraits de leur icône, des drapeaux multicolore amazigh (berbère), ou encore une banderole barré d'un "Arrêtez-nous, nous sommes tous des militants".

Après avoir interrompu vendredi le prêche d'un imam dans une mosquée, Nasser Zefzafi, qui dénonce sur les réseaux sociaux la "dictature", "la corruption" ou encore la "répression" de "l'Etat policier", a été interpellé lundi par la police pour "atteinte à la sécurité intérieure".

Selon un décompte officiel, la police a procédé depuis vendredi à une quarantaine d'arrestations, visant essentiellement le noyau dur du "hirak" (la "mouvance), nom donné à ce mouvement qui lutte pour le "développement" du Rif, région qu'il estime marginalisée.

Vingt-cinq des personnes arrêtées ont été déférées devant le parquet. Leur procès s'est ouvert mardi mais a été reporté au 6 juin.

Souvent cité comme le numéro 2 du "hirak", Najib Ahamjik, reste en fuite mais continue à appeler à la "mobilisation" via les réseaux sociaux.

Mercredi soir, trois jeunes femmes ont harangué la foule pour exiger la "libération des prisonniers". L'une d'entre elles, Nawal Benaissa, est l'un des nouveaux visages du "hirak" que l'on voit plus souvent ces derniers jours dans les rassemblements.

- 'Pacifique, pacifique' -

"Pacifique, pacifique!", scandait, micro en main et cheveux au vent, cette jeune mère de quatre enfants, reprenant là le principal mot d'ordre du mouvement.

Comme c'est le cas depuis dimanche, ce dernier rassemblement s'est dispersé sans incident.

S'ils étaient un peu moins nombreux, les manifestants semblaient mieux organisés, avec collecte de fonds ou volontaires en gilet fluo canalisant la foule. Les femmes étaient mises en avant, avec une mise en sourdine des références religieuses souvent citées par Zefzafi ces dernières semaines.

"Privé de ses leaders, le hirak s'organise", constatait jeudi matin sur son site l'hebdomadaire TelQuel.

Après des heurts nocturnes avec les policiers pendant le weekend, les manifestations se déroulent depuis lors sans violences. Des rassemblements ont été signalés ailleurs dans la province ces derniers jours, mais il est difficile d'en cerner l'importance.

La presse nationale a fait par ailleurs état d'un sit-in de soutien mercredi soir à El-Jadida (centre-ouest), perturbé par un groupe anti-hirak, et à Meknès (centre) où la police est intervenue à coup de matraque.

Les médias publics font pour le moment une couverture minimale des évènements. La télévision d'Etat a été mise en cause pour avoir utilisé des images d'archives d'affrontements entre supporters de football en illustration d'un sujet sur le "hirak".

Selon le site d'info en ligne Le Desk, "faux leaks et images tendancieuses" abondent désormais sur le net: photos de l'album personnel de Zefzafi, "révélations" sur ses "liens avec des barons de la drogue" ou le logement social obtenu de l'Etat par son père, et prétendues images de son transfert en hélicoptère de la police vers Casablanca.

Le ministère de l'Intérieur a démenti mercredi soir être à l'origine de toute fuite ou annonce via les réseaux sociaux, appelant à la "vigilance" face aux informations "erronées" qui lui sont attribuées.

La classe politique est resté muette ces derniers jours. Jusqu'à une réunion mercredi des chefs des partis de la majorité sous la houlette du Premier ministre islamiste Saad-Eddine Al-Othmani, qui ont "réaffirmé le droit à protester pour exprimer des revendications sociales légitimes" tout en appelant "le gouvernement à davantage d'interaction positive avec les revendications des habitants" de la province d'Al-Hoceïma, selon l'agence de presse MAP (officielle).

bur-hba/vl