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01/06/2017 05:23 EDT | Actualisé 01/06/2017 11:40 EDT

L'industrie du cannabis : une planche de salut pour le Nouveau-Brunswick

Pour le Nouveau-Brunswick, la légalisation prochaine de la marijuana est l'occasion de faire des affaires en or. Le premier ministre Brian Gallant souhaite que sa province devienne chef de file dans le domaine. Il en a fait une de ses priorités dans son dernier budget. On y voit même une planche de salut pour certaines communautés.

Un texte d'Elisa Serret

La région du Restigouche, dans le nord de la province, est un des plus beaux endroits du Nouveau-Brunswick. Entre les montagnes et la mer, près de 35 000 personnes y vivent. Mais depuis une trentaine d’années, la population diminue considérablement. C’est une des régions au pays où l’on observe une des plus fortes décroissances démographiques, selon Statistique Canada. Le manque d’emplois bien rémunérés est la raison principale de ce déclin.

Mais voilà que l’entreprise International Herbs a décidé d’installer à Atholville, dans la région du Restigouche, une usine de production de marijuana médicinale. D'ici deux ans, l’usine Zenabis devrait embaucher jusqu’à 300 personnes. Elle sera une des plus grosses usines de production de marijuana médicinale au pays. D'ici la fin de la première phase de production (en 2021) l'usine prévoit produire 200 000 kg de cannabis par année. La province pourrait retirer des revenus de 15 millions de dollars annuellement.

Et l'entreprise se prépare à produire de la marijuana a des fins récréatives, dès la légalisation, en juillet 2018, au Canada. Le potentiel de production pourra alors croître.

Pour les municipalités du coin, c’est une véritable planche de salut.

Le maire d’Atholville, Michel Soucy, croit que sa municipalité et les communautés avoisinantes ont un grand besoin de cette entreprise pour donner un second souffle à la région. Le maire y voit une chance de freiner l’exode des jeunes et d’attirer des gens dans la région.

Depuis qu’on a fait l’annonce de l’entreprise, ici, dans la région, on voit un changement de momentum, on voit que les gens d'affaires sont plus ouverts à faire des affaires dans la région. On parle de développement résidentiel.

Michel Soucy, maire d'Atholville dans le Restigouche

L’installation de cette entreprise a été rendue possible grâce à l’aide du gouvernement du Nouveau-Brunswick, qui a octroyé un prêt de 4 millions de dollars pour la construction et le début des opérations.

Un soupir de soulagement

Claude Gallant est dans la quarantaine, il a trois enfants et a passé sa vie dans le Restigouche. Au fil des ans, il a été témoin du déclin de sa région. Dernièrement, il s’inquiétait de voir ses enfants, qui terminent bientôt leurs études, quitter son coin de pays, faute d'y trouver des emplois. Mais depuis l’annonce de l’installation de l’usine Zenabis, il a espoir qu’une de ses filles pourra y travailler.

Employé chez un concessionnaire automobile de la région, Claude Gallant sent le vent tourner et observe déjà une augmentation du nombre de clients.

On sent que ça crée déjà beaucoup de positif. Ça fait vraiment du bien

Claude Gallant, résident de Dalhousie dans le Restigouche

Les Autochtones du Québec veulent en profiter

La communauté autochtone de Listuguj, située à quelques kilomètres du Nouveau-Brunswick, en Gaspésie, a vu une occasion d’affaires avec l’arrivée de l'usine Zenabis. Le conseil de bande a lui aussi octroyé un prêt à l’entreprise de 3 millions de dollars. La communauté autochtone s’assure ainsi que sa population aura en retour des emplois bien rémunérés.

On en a besoin, on ne pouvait pas passer à côté. Pour nous, c’est vraiment une bonne nouvelle.

Darcy Gray, chef de la nation Mi’gmaq Listuguj en Gaspésie

Tout pour charmer l’industrie

La province du Nouveau-Brunswick se prépare depuis l’élection de Justin Trudeau à devenir chef de file dans la production du cannabis. Le gouvernement a d’ailleurs ciblé l’industrie dans son dernier budget comme étant un des 20 secteurs de développement économique sur lequel le gouvernement veut miser.

Nous, plutôt que d'attendre que le projet de loi fédérale nous soit présenté, ça fait presque deux ans qu'on travaille à l'arrière-plan avec les différents ministères, différents intervenants, pour se préparer avec ce qui s'en venait et pour mieux positionner le Nouveau-Brunswick avec cette industrie.

Victor Boudreau, ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick

Depuis deux ans, le Nouveau-Brunswick a multiplié ses investissements en lien avec la production de la marijuana. En plus du prêt offert pour l’usine de Zenabis, il a octroyé plus de 1 million de dollars en subvention salariale à l’entreprise Organigram, basée à Moncton, qui produit aussi de la marijuana médicinale.

Dernièrement, le gouvernement a également investi dans un programme de formation au collège communautaire pour la production de marijuana. C’est le premier établissement à offrir une telle formation en français au pays. Les premiers étudiants seront formés dès 2017, dans la région du Restigouche.

Enfin, le gouvernement a annoncé la création d’une chaire de recherche en santé sur le cannabis. Une première au pays qui a aussi pour but d’attirer des professionnels dans ce domaine au Nouveau-Brunswick.

Si l'industrie veut venir faire de l'investissement, créer des emplois au Nouveau-Brunswick, ils vont avoir l'appui du gouvernement.

Victor Boudreau, ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick