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01/06/2017 05:55 EDT | Actualisé 01/06/2017 06:00 EDT

Kaboul, sous le choc, pleure ses morts et aspire à la sécurité

Kaboul enterrait ses morts jeudi, sous le choc de son pire attentat depuis 2001, tandis que la colère montait chez ses habitants face à l'incapacité du gouvernement afghan à les protéger.

Au moins 90 personnes, pour la plupart des civils, ont perdu la vie et quelque 400 autres ont été blessées dans l'attentat au camion piégé qui a frappé mercredi matin le quartier diplomatique de la capitale afghane, sans que l'on puisse établir quelle était sa cible précise.

Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier à Kaboul depuis la chute des talibans en 2001.

L'attaque, menée en plein mois de Ramadan, a creusé un gigantesque cratère dans cette zone abritant le palais présidentiel et de nombreuses ambassades étrangères et censée être l'une des mieux protégées du pays. Une petite dizaine de ces dernières ont été endommagées et plus d'une vingtaine de leurs employés figurent parmi les tués et blessés.

Les services de la ville et les forces de l'ordre avaient commencé jeudi à évacuer les débris, morceaux de verre et voitures brûlées jonchant les rues, tandis que les familles touchées se préparaient à enterrer leurs proches.

De nombreuses autres se pressaient dans les hôpitaux pour prendre des nouvelles des blessés ou, pour certaines, espérer retrouver la trace de personnes manquant à l'appel depuis l'attentat.

Nombre de corps, déchiquetés ou calcinés lors de la déflagration, risquent de ne jamais être identifiés, ont prévenu les autorités en charge de la santé.

Kaboul a subi une quinzaine d'attentats majeurs au cours des 12 derniers mois et est devenue au cours du premier trimestre 2017 le lieu le plus dangereux d'Afghanistan pour les civils selon l'ONU.

Le ressentiment des habitants contre un gouvernement et des forces de sécurité incapables de les protéger est vif et beaucoup se demandent comment les services de renseignement n'ont pu empêcher le camion piégé d'entrer dans un quartier bardé de check points et généreusement pourvu en gardes de sécurité.

"Combien de temps encore devrons-nous tolérer ce bain de sang dans notre pays ?", s'est lamenté un Kabouli en larmes, interrogé par la chaîne Tolo News.

"J'ai perdu mon frère dans l'explosion et le gouvernement échoue constamment à nous assurer la sécurité", a-t-il ajouté.

- Incertitude sur les auteurs -

L'incertitude reste entière sur les auteurs de l'attentat, aucun des groupes insurgés actifs en Afghanistan ne l'ayant revendiqué jusqu'ici.

Le renseignement afghan a accusé le réseau Haqqani, un groupe armé allié des talibans à l'origine de nombreuses attaques contre les forces étrangères et locales en Afghanistan, et soupçonné d'entretenir des liens avec des cercles militaires au Pakistan voisin.

Le président afghan Ashraf Ghani devrait prochainement valider l'ordre d'exécution de 11 prisonniers talibans et Haqqani, a appris l'AFP de source gouvernementale. La décision interviendrait apparemment en représailles à l'attentat.

Le ton est par ailleurs monté entre les Fédérations afghane et pakistanaise de cricket, qui ont annoncé l'annulation de matches prévus cet été, la première accusant dans un communiqué le Pakistan "d'abriter des terroristes". La Fédération pakistanaise s'est en retour indignée d'"allégations sans fondement".

Parmi les autres groupes souçonnés de l'attaque, les talibans ont nié toute implication.

Les analystes restent cependant prudents face à ces allégations, le mouvement, soucieux de sa popularité, s'étant montré réticent dans le passé à assumer la responsabilité d'attentats ayant coûté la vie à beaucoup de civils.

De son côté, l'organisation Etat islamique (EI), auteur de plusieurs attentats sanglants à Kaboul ces derniers mois, est restée muette.

- Trump dénonce -

L'attentat, intervenu dans un contexte de détérioration sécuritaire et de grande incertitude pour l'Afghanistan, a été condamné avec émotion dans le monde entier.

Le président américain Donald Trump a dénoncé "la nature barbare des terroristes", mais n'a rien laissé deviner de ses intentions au sujet de l'Afghanistan.

Les Etats-Unis, engagés dans ce pays dans le plus long conflit de leur histoire, réfléchissent actuellement à l'envoi de milliers de militaires supplémentaires.

Ils comptent actuellement 8.400 hommes dans le pays aux côtés des 5.000 envoyés par des Etats alliés membres de l'Otan, dont la principale mission est de former et de conseiller les soldats afghans.

Pour l'ONG Amnesty International, l'attentat de mercredi démontre que "le conflit en Afghanistan ne faiblit pas mais s'étend dangereusement, d'une manière qui devrait alarmer la communauté internationale".

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