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01/06/2017 02:08 EDT | Actualisé 01/06/2017 02:20 EDT

France : un ministre proche du président Macron dans la tourmente

La justice française a ouvert jeudi une enquête après des révélations "susceptibles de mettre en cause" un ministre proche du président, dans un tempo embarrassant pour le gouvernement qui présente jeudi une loi de moralisation de la vie politique.

Dans la tourmente : Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des Territoires, un député ex-socialiste de 54 ans rallié de la première heure à Emmanuel Macron, élu le 7 mai à la présidence de la République.

Entre autres révélations, la presse a affirmé la semaine dernière que la compagne de M. Ferrand avait bénéficié de l'attribution d'un marché de location de la part d'une mutuelle d'assurance quand il en était directeur général (1998-2012).

Le parquet de Brest (ouest) avait jugé dans un premier temps qu'il n'y avait pas matière à investiguer, mais a annoncé jeudi avoir chargé la police d'une enquête préliminaire, "après analyse" d'"éléments complémentaires".

"Cette enquête aura pour but de recueillir tout élément permettant une analyse complète des faits et de rechercher si ceux-ci sont susceptibles ou non de constituer une infraction pénale en matière de manquement au devoir de probité et aux règles spécifiques du code de la mutualité", a indiqué le procureur Eric Mathais dans son communiqué.

Mercredi, l'association anticorruption Anticor avait déposé une plainte contre X pour délit d'abus de confiance dans l'affaire immobilière. Cette plainte vise "Richard Ferrand, mais également les membres du conseil d'administration des Mutuelles de Bretagne (qu'il dirigeait) ainsi que la bénéficiaire de l'opération, à savoir la compagne de M. Ferrand", a précisé le président de cette association, Jean-Christophe Picard.

Le ministre a vigoureusement démenti toute irrégularité et plusieurs fois exclu de démissionner. Le président Macron s'est affiché à ses côtés lors d'un dîner public mercredi soir. Tout en reconnaissant "l'exaspération des Français", le Premier ministre Edouard Philippe a rappelé que seuls les ministres inculpés démissionneraient. Mais, en plein chantier sur l'éthique dans la vie politique, cette affaire tombe au plus mal.

Le nouveau chef de l'État a en effet fait une priorité de la moralisation de la vie politique, après une campagne présidentielle marquée par une série de révélations sur les pratiques douteuses de certains candidats ou partis, à commencer par l'ancien favori de l'élection, le conservateur François Fillon, inculpé dans une histoire d'emplois fictifs présumés.

- 'Promesse morte' -

Moins d'un mois après l'arrivée à l'Élysée d'Emmanuel Macron, son ministre de la Justice, François Bayrou, devait présenter jeudi à la presse son projet de loi, le premier de la nouvelle législature qui a promis de "tourner la page avec l'ancien monde".

A moins de deux semaines des élections législatives, prévues les 11 et 18 juin, l'affaire Ferrand nourrit les attaques de tous ceux qui veulent contrecarrer la volonté du nouveau président d'obtenir la majorité à l'Assemblée nationale pour mettre en oeuvre son programme de réformes.

Pour des responsables du parti de droite Les Républicains, le projet de loi "est aujourd'hui décrédibilisé" par l'affaire Ferrand, comme l'a dit un ancien ministre, Xavier Bertrand.

"Dans l'ADN d'En Marche, il y avait la probité, l'intégrité, l'exemplarité. Cette promesse est morte", a-t-il lancé sur la radio RTL.

De son côté Marine Le Pen, la présidente du Front national (extrême droite, 33,90 % à la présidentielle), a dénoncé un "enrichissement personnel" du député Ferrand, qui "ressemble fichtrement à l'affaire Fillon". Le parti socialiste a demandé sa démission, l'extrême gauche a fustigé une "carabistouille".

Jeudi matin, Emmanuel Macron a indiqué qu'il "ne ferait pas de commentaires" sur l'ouverture de l'enquête préliminaire, lors d'un déplacement en Bretagne, la région où M. Ferrand est candidat aux législatives.

Au niveau national, le parti présidentiel, La République en marche, arrive en tête des intentions de vote pour le premier tour des législatives, avec 31%, largement devant Les Républicains (droite), à 18%, et le Front national (extrême droite), à 17%, selon un sondage Kantar Sofres-onepoint publié mardi.

En même temps, une large majorité de Français (70%) estime que M. Ferrand doit démissionner en raison des soupçons pesant sur lui, selon un autre sondage publié mercredi.

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