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01/06/2017 02:57 EDT | Actualisé 01/06/2017 05:33 EDT

Contenu original en français: l'AQPM et l'ADISQ ripostent au CRTC

guvendemir via Getty Images
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L’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) ainsi que l'Association québécoise de l'industrie du disque (ADISQ ont réagi par voie de communiqué, jeudi matin, aux propos de Jean-Pierre Blais, président du CRTC, qui s’est défendu, il y a quelques jours, de mettre en péril les productions francophones d’ici avec les récentes décisions de son organisme.

De l’avis de plusieurs, c’est un pan important de la culture québécoise qui est en danger avec les orientations récemment adoptées par le CRTC, à savoir, entre autres, le retrait de l’obligation, pour Séries+, de présenter des séries originales en français.

Aux yeux de l’AQPM, les propos de Jean-Pierre Blais «engendrent la confusion». Car, si le CRTC continue de maintenir des quotas de dépenses en émissions canadiennes (DEC) et en émissions d’intérêt national (EIN) chez les grands groupes de diffusion (TVA, V Média, Corus et Bell), d’après des pourcentages sur leurs revenus, rien ne les force à allouer ces sommes à des productions de langue originale française.

«Conséquemment, rien ne démontre que ces nouvelles règles se traduiront par plus d’investissement en contenu original de langue française», soutient l’AQPM.

Voici la missive complète de l’AQPM envoyée aux médias, jeudi.

«En se basant sur des revenus de 30 millions de dollars de Séries+ et sur les obligations de dépenses imposées à Corus en DÉC et en ÉIN, soit respectivement 26 % et 15 % des revenus, le président du CRTC mentionne que Séries+ pourrait consacrer potentiellement plus de 7,8 millions de dollars par année à l’acquisition ou la production de contenu canadien de langue française. De ce montant, plus de 4,5 millions pourraient être dédiés spécifiquement aux émissions dramatiques, comiques, musicales ou de variété, par année. Rappelons que ces calculs font fi de l’approche par groupe préconisée par le CRTC puisque les obligations de dépenses sont imposées à l’ensemble des services qui composent le groupe désigné soit dans le cas de Corus, Historia et Séries+, et non à une chaîne particulière. De plus, Jean-Pierre Blais fait référence à du contenu canadien de langue française et non à du contenu original de langue française. La nuance est non seulement importante, elle est essentielle puisqu’elle constitue la base même des doléances de l’AQPM, de l’UDA, de l’ARRQ et de la SARTEC à l’égard des décisions récentes du CRTC. Le contenu canadien de langue française pouvant référer à des productions canadiennes produites en anglais et doublées en français.

À cet égard, Monsieur Blais ajoute qu’il est impossible que les coûts de doublage suffisent à permettre aux groupes de répondre à leurs exigences de dépenses. Ainsi, les groupes devront investir dans de nouvelles productions canadiennes de langue française spécifiques au Québec et aux communautés franco-canadiennes. Il ne suffit pas que ces productions existent, encore faut-il que le niveau de production d’émissions originales canadiennes de langue française soit maintenu et idéalement augmenté dans un contexte où le public québécois a accès à de plus en plus de contenu qui provient de l’extérieur du Québec et du Canada. Il est essentiel de conserver les liens étroits que les émissions québécoises ont su tisser avec leur public. L’AQPM veut donc des garanties à cet égard et c’est pourquoi elle a demandé au CRTC lors de sa comparution pour le renouvellement des licences des grands groupes de diffusion de langue française d’imposer aux diffuseurs l’obligation de consacrer 75 % de leurs dépenses d’émissions canadiennes à des émissions de langue originale française.

Le CRTC tient d’ailleurs une position contradictoire à cet égard puisqu’il affirme d’un côté que les nouvelles conditions se traduiront par potentiellement plus de nouvelles productions canadiennes de langue originale française et de l’autre qu’il entend surveiller la situation en demandant aux diffuseurs de produire des informations détaillées à cet égard. Le seul message clair que le CRTC semble envoyer aux diffuseurs, surtout pour leurs services facultatifs, est que la langue originale de production des émissions canadiennes est désormais optionnelle.

Ajoutons que l’AQPM se réjouit de l’intervention du ministre québécois de la Culture et des Communications, Monsieur Luc Fortin, dans ce dossier à l’appui des revendications des créateurs et des producteurs du secteur de l’audiovisuel.»

Quant à l'ADISQ, dans leur communiqué, l'association implore le gouvernement d'intervenir auprès du CTRC.

« L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) demandera au gouvernement fédéral d’ordonner au CRTC de réviser les décisions qu’il a rendues le 15 mai dernier, à l’occasion du renouvellement des licences des grands groupes de télévision. Le Conseil y abolit la principale source de financement des vidéoclips québécois et francophones, mettant en péril la production d’un contenu audiovisuel de la première importance pour les artistes et artisans québécois de la musique.

« Depuis trois ans, le CRTC a rendu une série de décisions néfastes pour le vidéoclip québécois et francophone : d’abord, il a éliminé toutes les exigences réglementaires qui concernaient sa diffusion, et maintenant, il en abolit la première source de financement, sans prévoir de mécanisme de remplacement adéquat. C’est une catastrophe pour le milieu. Le vidéoclip est plus important que jamais pour les artistes d’ici : pensons simplement à tous les artistes internationaux qui arrivent sur notre marché équipés de vidéoclips de haute qualité, produits avec des budgets faramineux. », a affirmé le président de l’ADISQ, Claude Larivée.

« Les producteurs et artistes québécois de musique sont déjà mis à rude épreuve par tous les bouleversements qui les touchent depuis 15 ans. C’est déplorable de voir que l’organisme chargé de mettre en place des règles qui maintiennent un certain équilibre dans notre marché contribue, avec pareille décision, à les fragiliser davantage », a renchéri la vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin.

Historiquement, les vidéoclips québécois et francophones ont été financés par un fonds indépendant alimenté par le titulaire des chaînes MusiquePlus et MusiMax, puisque ces chaînes bénéficiaient d’un statut spécialisé, assorti de privilèges et obligations. Or, en 2015, le CRTC a éliminé ce statut. Il s’appuie aujourd’hui sur ce changement pour abolir la principale source de financement des vidéoclips d’ici. S’il peut paraître raisonnable que le CRTC n’impose plus à un seul diffuseur le financement du vidéoclip, il aurait été essentiel que l’organisme réglementaire mette en place, dans cette même décision, un nouveau mécanisme pour en assurer le financement.

Rappelons que ces décisions du CRTC que conteste l’ADISQ mettent en péril l’ensemble des contenus télévisuels originaux de langue française. Plusieurs associations culturelles du milieu de la télévision les dénoncent, à raison, avec virulence.

De plus, l’ADISQ se réjouit du geste posé par le ministre québécois de la Culture et des Communications, monsieur Luc Fortin, qui a lui aussi demandé au gouvernement fédéral d’ordonner au CRTC de réviser ces décisions. »

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