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01/06/2017 02:30 EDT | Actualisé 01/06/2017 02:40 EDT

Bahreïn: sévérité accrue contre les opposants depuis le voyage de Trump

Le petit royaume de Bahreïn n'en finit pas de serrer la vis à ses opposants, en particulier depuis un voyage du président américain Donald Trump dans le Golfe, relèvent des experts.

"La situation des droits de l'Homme était déjà mauvaise, mais le timing des dernières mesures est frappant et il est peu probable que cela soit fortuit", estime l'analyste Jane Kinninmont de l'institut Chatham House à Londres.

Mercredi, un tribunal administratif bahreïni a dissous un mouvement de l'opposition laïque --le Waad--, l'accusant de soutenir le "terrorisme" et de justifier des "actes de violence".

Huit jours plus tôt, la police bahreïnie avait dispersé par la force, en faisant usage de bombes lacrymogènes et de balles de chevrotine, des manifestants qui observaient un sit-in depuis près d'un an devant la résidence du chef spirituel de la majorité chiite, cheikh Issa Qassem, déchu de sa nationalité.

Bilan: cinq morts, des dizaines de blessés et près de 300 arrestations. Le pouvoir a affirmé avoir agi contre des "hors-la-loi".

Cinq manifestants tués représentent un "grand nombre" pour un petit pays comme Bahreïn et "l'intensité de la force employée" semble signaler "un changement", juge Mme Kinninmont en évoquant des "calculs" du pouvoir à Manama à la lumière de la nouvelle approche de Washington.

L'Arabie saoudite, qui a déployé des troupes à Bahreïn en 2011, a défendu l'opération sécuritaire, affirmant qu'elle visait à "contrer" des "tentatives terroristes" pour déstabiliser ce royaume qui fait face à l'Iran. La sécurité de Bahreïn "fait partie intégrante" de la sécurité du royaume saoudien, a rappelé Ryad.

La dispersion du sit-in le 23 mai a été ordonnée 48 heures après une rencontre entre le roi Hamad de Bahreïn, héritier de la dynastie sunnite des Al-Khalifa, et le président Trump en marge d'une visite en Arabie saoudite, qui a donné lieu à des méga-contrats entre Washington et Ryad.

M. Trump a évité d'évoquer la question des droits de l'Homme bafoués à Bahreïn, selon des organisations internationales, et s'en est pris plutôt à l'Iran chiite, accusé d'attiser les conflits dans la région, abondant ainsi dans le sens des monarchies sunnites du Golfe.

Au roi Hamad, M. Trump a dit que Bahreïn et Washington avaient "beaucoup de choses en commun" et que, contrairement au gouvernement Obama, il n'y aurait "pas de tension" avec son administration, ce que Bird, groupe de défense des droits de l'Homme basé en Grande-Bretagne, a qualifié de "chèque en blanc" donné à Manama pour "réprimer" la population.

- 'non ingérence' -

M. Trump a "de fait pris dans ses bras les vieux alliés du Golfe des Etats-Unis", note Adam Baron, expert associé à l'European Council on Foreign Relations. "Et, rompant avec de précédentes administrations, il a dit qu'il ne leur ferait pas la leçon sur les droits de l'Homme, signalant une politique de non ingérence".

Bahreïn abrite le siège de la Ve Flotte des Etats-Unis et, dès la fin mars, l'administration Trump avait envoyé un signal sans équivoque en retirant une condition liée aux droits de l'Homme d'un contrat de vente de 19 avions F-16 pour un montant de 2,7 milliards de dollars.

Alors que les procès d'opposants n'ont jamais cessé depuis la répression en 2011 d'un grand mouvement de contestation chiite, le roi de Bahreïn a approuvé début avril un amendement constitutionnel donnant à la justice militaire la possibilité de juger des civils accusés de "terrorisme".

Objectif: accélérer les procédures de jugement alors que le royaume estime être la cible d'individus et de groupes "violents", ainsi que de "tentatives de déstabilisation" de l'Iran.

Des centaines d'opposants sont actuellement emprisonnés ou jugés à Bahreïn où des journalistes, des blogueurs et des intellectuels font également l'objet d'enquêtes.

Les autorités ont imposé de sévères restrictions à la presse internationale et n'ont pas renouvelé des accréditations accordées à des correspondants, empêchant une couverture indépendante des développements dans le royaume.

Avant le Waad, le principal mouvement d'opposition chiite, Al-Wefaq, avait été dissous en 2016. Son chef, Cheikh Ali Salmane, est emprisonné depuis 2014.

bur/hj