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30/05/2017 02:50 EDT | Actualisé 30/05/2017 03:00 EDT

Soudan du Sud: des soldats jugés pour le viol d'employées étrangères

Le procès de 13 soldats sud-soudanais accusés d'avoir violé des travailleuses humanitaires et tué un journaliste local en juillet 2016 à Juba s'est ouvert mardi devant un tribunal militaire dans la capitale de ce pays en guerre depuis 2013.

Les crimes allégués ont été commis le 11 juillet 2016 dans un hôtel situé à un peu plus d'un kilomètre d'une base de l'ONU à Juba, alors que la capitale sud-soudanaise était en proie à de violents combats entre l'armée fidèle au président Salva Kiir et les forces fidèles au rebelle et ex-vice-président Riek Machar.

L'attaque contre cet hôtel est un des nombreux exemples d'atrocités commises depuis le début du conflit et a été citée en exemple dans plusieurs rapports pour illustrer l'incapacité des Casques bleus à protéger les civils dans ce pays. Un de ces rapports a mené au limogeage du commandant de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss).

"Il y a le crime de meurtre, celui de viol, celui de pillage et celui de détérioration de biens", a déclaré à l'AFP le procureur militaire Abubaker Mohamed Ramadan. "De nombreuses enquêtes ont été menées", a-t-il ajouté, précisant que le procès doit durer plusieurs jours.

Mardi matin, les accusés ont comparu devant le tribunal militaire, portant divers uniformes signalant leur appartenance à différentes unités. Quatre d'entre eux portaient l'uniforme de la "Division Tigre", la garde républicaine assignée à la sécurité du président.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3,5 millions de déplacés. La famine, conséquence directe du conflit, touche plus de 100.000 personnes dans certaines zones du pays et en menace un million d'autres.

Le conflit avait été amorcé par des combats entre des unités rivales de l'armée, minée par des antagonismes politico-ethniques alimentés par la rivalité à la tête du régime entre MM. Kiir et Machar.

- Appels à l'aide -

Vers la fin des affrontements ayant eu lieu du 8 au 11 juillet 2016 à Juba, et qui avaient signifié l'échec d'un accord de paix signé en août 2015, une centaine de soldats de l'armée, principalement composée de membres de l'ethnie dinka du président Kiir, s'étaient introduit à l'hôtel Terrain, qui abritait environ 50 employés d'organisations internationales.

L'attaque a duré plusieurs heures et un rapport de l'ONU a établi que des civils avaient alors "subi et vu de flagrantes violations des droits humains, dont le meurtre, l'intimidation, la violence sexuelle et des actes équivalant à la torture perpétrés par des soldats gouvernementaux".

Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch, les soldats présents au Terrain ont tué un journaliste, "probablement en raison de son appartenance à l'ethnie nuer", celle de Riek Machar, et ont violé, parfois plus de dix fois, des employées étrangères et sud-soudanaises d'organisations internationales.

"Certains témoins ont affirmé que des militaires applaudissaient tandis qu'ils violaient à tour de rôle une femme ou deux femmes dans une pièce", a indiqué HRW dans son rapport. "Les militaires ont souvent menacé les femmes de mort si elles ne se soumettaient pas".

Un soldat "m'a dit que je devais avoir des relations sexuelles avec lui ou bien que je devrais avoir des relations sexuelles avec tous les autres soldats, donc je n'avais pas le choix", a raconté à l'ONG une victime.

Une enquête de l'ONU a montré que les Casques bleus stationnés à proximité de l'hôtel ne sont pas venus au secours des personnes s'y trouvant, malgré de nombreux appels à l'aide par téléphone. De manière générale, le rapport conclut que les Casques bleus ont réagi de manière "chaotique et inefficace" aux combats de juillet 2016.

Quelque 13.000 Casques bleus sont déployés au Soudan du Sud.

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