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30/05/2017 12:36 EDT | Actualisé 30/05/2017 12:49 EDT

Plusieurs Québécois font leur entrée officielle dans le Robert illustré 2018

MONTRÉAL — Plusieurs Québécois feront leur entrée officielle dans le dictionnaire Robert illustré pour son édition 2018, notamment l'écrivaine Kim Thuy et l'ancien maire de Montréal Jean Drapeau. L'ouvrage accueille de plus moult nouveaux mots dans ses pages, comme «déradicaliser», «gougounes», «liker» et «burkini».

Le Robert illustré, qui est la version familiale de la marque française, a dévoilé mardi ses nouveautés, les noms communs tout comme les noms propres.

On y retrouve d'autres Québécois, comme le cofondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté, le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin et l'écrivaine Anne Robillard. Une précision a été ajoutée pour Xavier Dolan, qui s'y trouvait déjà: «Le réalisateur québécois reçoit le grand prix du jury du Festival de Cannes pour Juste la fin du monde en 2016».

D'autres personnalités et politiciens s'y ajoutent aussi, comme le président américain Donald Trump et le président français Emmanuel Macron.

D'ailleurs, la publication du Robert illustré a été retardée en raison de l'élection présidentielle française: on avait besoin de savoir qui allait être le président avant de mettre la touche finale à l'ouvrage, a-t-on révélé aux communications des Éditions Robert.

On y retrouvera aussi plusieurs mots du Québec comme «gougounes», «emportiérage» et «inhalothérapie».

Des expressions québécoises ont été ajoutées, comme «c'est chien» ou encore «se tirer une bûche».

Certains mots sont tellement déjà entrés dans la langue qu'il est surprenant de voir qu'ils ne figuraient pas déjà dans le Robert illustré: «granola» et «stilettos», par exemple, alors que d'autres reflètent l'air du temps: «europhobe» et «européiste», «post-vérité» et «flexitarien», ce qui est défini comme une personne «qui limite sa consommation de viande, sans être exclusivement végétarien».

D'autres sont vraisemblablement inconnus de bien des Québécois, comme un «tancarville» (séchoir à linge pliable), un «tonfa» (une arme) et la «cramine» (un froid intense qui brûle la peau).

Le dictionnaire est aussi gourmand: la cuisine y est à l'honneur avec plusieurs mots: «ciabatta», «cromesquis» et «biscôme», parmi bien d'autres.

Des mots anglais

Plusieurs mots d'origine anglaise — ou inspirés de cette langue — se sont faufilés dans cette plus récente édition, comme «playlist», «gameur», «liker» et «mook» — une publication périodique intermédiaire entre la revue et le livre illustré.

«Tout le rapport à l'anglicisme est différent», a commenté Nadine Vincent, professeure au département des lettres et des communications de l'Université de Sherbrooke. Les Français ne se sentent pas menacés par l'anglais et pour eux, c'est même un signe de prestige, a-t-elle expliqué en entrevue.

Voyant le mot «playlist» (liste de morceaux de musique), elle s'est exclamée: «impossible que cela passe ici».

«On est plus frileux pour faire passer les anglicismes dans la langue standard», a indiqué la professeure qui est aussi collaboratrice principale à la rédaction et à la révision du dictionnaire en ligne Usito, entièrement conçu au Québec. Il y a toutefois une différence entre les mots utilisés entre amis, dans une langue plus familière, et ceux que l'on utilise devant un micro ou dans la langue écrite, souligne-t-elle.

Au Québec, quand un nouveau mot technologique anglais fait son arrivée, l'Office québécois de la langue française (OQLF) se dépêche d'offrir une version française, avant que le mot anglais ne soit bien implanté dans l'usage. Ainsi, l'OQLF a proposé «mot-clic» pour «hashtag» dès 2011, alors qu'il a fallu attendre à 2013 pour que le «mot-dièse» soit proposé en France, a-t-elle relaté.

Quant à la «lose», admis dans l'édition 2018 (défini comme étant une malchance, un échec), la professeure souligne que cette expression n'est pas utilisée ici: «ce n'est pas un mot panfrancophone», remarque-t-elle, ce qui lui fait dire que les dictionnaires européens ne reflètent pas forcément la langue en usage au Québec.

Il y a d'ailleurs beaucoup de mots en provenance du Québec parce que les Québécois sont de grands consommateurs de dictionnaires. On prend donc soin d'eux, dit-elle, soulignant qu'il n'y aura pas autant de mots provenant de la Louisiane ou du Manitoba.

Les facteurs qui mènent à l'adoption d'un mot sont souvent l'usage qui en est fait et la pérennité du mot (va-t-il survivre au passage du temps ou sera-t-il une simple mode). Mme Vincent souligne qu'il faut aussi tenir compte du marquage qui lui sera donné: un usage critiqué, standard ou familier.

Le Robert illustré 2018 sera en vente au Québec à la mi-juillet.

Autres nouveaux mots

- googliser (rechercher des informations sur internet avec un moteur de recherche)

- djihadisme ou jihadisme (forme radicale du djihad, qui prône le recours au combat armé; terrorisme islamiste)

- GHB (drogue de synthèse)

- ultimate (sport qui se joue avec un frisbee, opposant deux équipes de cinq ou sept joueurs)

- mixologie (art de confectionner des cocktails)

- influenceur (personne ayant une grande influence sur les décideurs ou sur l'opinion)

- lose (malchance, échec)

- déradicaliser (rendre moins radical; faire abandonner (à qqun) une doctrine radicale)