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30/05/2017 04:21 EDT | Actualisé 30/05/2017 04:40 EDT

Nigeria: Onitsha, ville morte en souvenir de la guerre du Biafra

Les marchés d'Onitsha sont d'habitude grouillants de monde. Mais mardi, pour marquer le cinquantenaire de la déclaration de sécession du Biafra qui avait entraîné une terrible guerre civile, la grande ville commerciale du sud-est du Nigeria a pris des allures de ville fantôme.

Magasins, écoles et bureaux sont restés fermés, à la demande des mouvements indépendantistes, pour exprimer le mécontentement de la population, à grande majorité Igbo, et leurs velléités indépendantistes.

Pas question de descendre dans la rue, ni d'attiser les violences. La police a d'ailleurs prévenu qu'elle agirait "en conséquence" s'il y avait la moindre manifestation.

Les habitants d'Onitsha ont d'ailleurs fait des provisions alimentaires, de crainte que les commémorations ne dégénèrent en de nouveaux heurts avec les forces de sécurité.

L'année dernière, à la même date, plus de 60 personnes avaient été tuées lors des célébrations, selon Amnesty International. Plus de 150 sont mortes, d'après l'ONG de défense des droits de l'Homme depuis août 2015, ce qu'Abuja rejette en bloc.

"Nous demandons aux agences de sécurité nigérianes de ne pas utiliser la force pour restaurer l'ordre public", a déclaré Osai Ojigho, directeur d'Amnesty International pour le Nigeria.

Selon lui, plus de cent personnes ont déjà été arrêtées dans les jours précédant le cinquantenaire.

- Désobéissance civile -

"Nous ne travaillerons pas aujourd'hui", explique Ebere Ichukwu Eli, 47 ans, un des rares passants dans les rues d'Onitsha, où les forces de sécurité ont été déployées.

"Nous sommes Biafrais, nous ne sommes pas Nigérians. Mais nous ne voulons pas de violence. En restant chez nous, nous protestons de manière pacifique", poursuit-il.

Justine, qui d'habitude vend sur les marchés, a décidé également de rester chez elle. "Nous voulons notre Biafra", confie-t-elle à l'AFP : "C'est notre terre". Un espoir que beaucoup à Onitsha, dans l'Etat d'Anambra, partagent.

"On ne plaisante pas. Nous sommes +fanatiques+ à l'idée de voir le Biafra restauré", expliquait le révérend Chidi Nowokoro de l'église Evangelic Calvary Life Mission, dans l'Etat d'Abia, autre Etat qui compose l'ex-Biafra.

Les appels à faire sécession du Nigeria se sont multipliés ces dernières années, notamment après l'arrestation du chef de file du mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (Ipob), Nnamdi Kanu, fin 2015.

Il a été libéré fin avril sous caution, mais ses 18 mois de détention ont attisé les colères et le sentiment d'exclusion des Biafrais. Il souhaite engager une "désobéissance civile" pour faire entendre sa cause et est quasiment perçu comme un demi-dieu par les membres de son mouvement.

Le leader dénonce pêle-mêle les "tueries" et les "viols" dont sont victimes les Igbos de la part des forces de sécurité, la "politique délibérée" menée par le président musulman Muhammadu Buhari "pour appauvrir" son peuple.

Nnamdi Kanu incarne "les aspirations d'une nouvelle génération plus militante, plus radicale" que ses aînés qui ont déjà connu la guerre, assure Don Okereke, analyste en sécurité. "Il dit aux gens exactement ce qu'ils ont envie d'entendre".

Le pouvoir fédéral, de son côté, voit dans ces montées contestataires une menace pour l'unité du Nigeria, alors que la guerre civile (1967-1970) reste un souvenir douloureux et quasiment tabou dans le pays.

Le blocus engagé contre le Biafra, coeur pétrolier du pays, avait empêché tout approvisionnement en nourriture et en médicaments. Plus d'un million de personnes en étaient mortes, notamment d'une famine dont les images avaient provoqué une vague d'indignation sans précédent dans les pays occidentaux.

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