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29/05/2017 20:45 EDT | Actualisé 29/05/2017 21:00 EDT

L'héroïne, fléau chez les jeunes demandeurs d'asile afghans en Suède

Canettes de bière, vieux journaux souillés et restes d'aluminium jonchent le sol. C'est là, dans un tunnel d'un parking couvert de la ville suédoise d'Uppsala, que des jeunes demandeurs d'asile afghans désemparés s'adonnent à l'héroïne.

"Quand on fume (...) on est calme et on ne se soucie de rien", dit Mahdi, réfugié afghan de 16 ans devenu toxicomane en arrivant dans le pays nordique.

Uppsala, ville universitaire à une soixantaine de kilomètres au nord de Stockholm, a accueilli ces dernières années un petit millier de demandeurs d'asile mineurs non accompagnés.

Une centaine d'entre eux, des Afghans surtout, ont été surpris par les autorités alors qu'ils fumaient de l'héroïne. Tous attendent que soit traité leur dossier, ce qui nécessite plus d'un an en moyenne.

Tout jeune demandeur d'asile pris à fumer de l'héroïne par la police est emmené au poste pour un test d'urine, et confié aux services sociaux.

Ensuite, "au lieu de les envoyer en prison (...) on a la possibilité de les condamner à une obligation de soins", explique Anders Nilsson.

Ils sont confiés à des centres de soins ailleurs en Suède. Mais "c'est très difficile de trouver une place (...) Il faut un type spécial de soin", relève le policier.

Mahdi a eu la chance d'avoir non seulement obtenu le droit de résidence, mais dit aussi avoir vaincu sa toxicomanie.

La tête recouverte d'une capuche, il raconte à l'AFP comment, pour oublier la peur d'être expulsé, lui et ses amis consommaient cet opiacé qui rend rapidement dépendant, et qui est produit à partir d'opium généralement venu de leur pays.

- Oublier la peur -

Les autorités suédoises reconnaissent que la toxicomanie, chez ces jeunes qui ont tout quitté, est répandue.

Dans la capitale, Stockholm, au moins 1.000 de ces ados demandeurs d'asile ont été traités pour toxicomanie en 2016. La plupart étaient des garçons mineurs, d'après les services de santé, qui ne précisent pas les nationalités.

Anders Nilsson, 38 ans, est responsable d'une brigade des stupéfiants et ne s'y résigne pas.

Il dirige une équipe de policiers qui tâche de s'infiltrer dans les milieux de la drogue et de repérer les héroïnomanes dans les rues d'Uppsala.

Dans une rue commerçante, il approche un groupe de garçons pour voir s'ils consomment des drogues dures, examinant leurs pupilles et leurs poches.

"C'est dur de se trouver dans un processus de demande d'asile et de devoir attendre une décision", souligne la directrice des services sociaux de la commune Hilde Wiberg. Beaucoup de candidats à l'asile souffrent de surcroît de traumatismes psychiques, rappelle-t-elle.

Ceux dont la demande est rejetée n'ont pas le choix: "ils sont obligés de retourner en Afghanistan", où sévit la violence des talibans et du groupe État islamique, regrette le réfugié.

Les Afghans sont les plus nombreux parmi les mineurs demandeurs d'asile en Suède.

Près de 80% voient leur dossier aboutir. Les 20% restant, soit 200 depuis le début de l'année, ont reçu une réponse négative, selon l'Office des migrations.

En décembre, cet Office a estimé que certaines régions afghanes, comme le Panshir, la province de Bamiyan ou le Deykandi étaient "moins dangereuses", facilitant l'expulsion de ceux qui en sont originaires.

Daniel Larsson, commissaire de police à Uppsala, assure que posséder ou consommer occasionnellement de l'héroïne n'a pas d'incidence sur la demande d'asile.

En revanche, d'autres délits peuvent la compromettre. Et pour se payer une dose, la délinquance est souvent le seul recours.

La police rapporte des vols dans les boutiques chic du centre-ville, où les adolescents entrent pour attraper tout ce qu'ils peuvent. Des passants ont aussi été détroussés, selon des médias.

Les toxicomanes se fournissent dans la banlieue nord de Stockholm, faisant l'aller-retour depuis Uppsala en train ou en bus.

Salim, un Kurde irakien de 17 ans qui tue le temps avec des amis dans le centre d'Uppsala, espère un feu vert à sa demande d'asile, se disant "très heureux" d'être arrivé en Suède dont il loue l'école et la santé gratuites.

Pour lui, l'usage d'héroïne traduit l'angoisse de l'exil. "Il n'y a pas une seule personne sans problèmes ici", dit-il pudiquement, en regardant ses chaussures.

Quand on lui demande ce qu'il rêve de faire en Suède, il répond en pouffant, comme si ce n'était pas crédible: "Je veux être policier".

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