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29/05/2017 04:31 EDT | Actualisé 29/05/2017 04:53 EDT

La poutine est victime d'appropriation culturelle au Canada anglais, affirme un chercheur

Hand Cut French Fries with Cheese Curds and Gravy in a Cardboard Take Out Box - Photographed on Hasselblad H3D2-39mb Camera
LauriPatterson via Getty Images
Hand Cut French Fries with Cheese Curds and Gravy in a Cardboard Take Out Box - Photographed on Hasselblad H3D2-39mb Camera

L’engouement du Canada anglais pour la poutine et sa volonté d’en faire un plat national est une forme d’appropriation culturelle, affirme un chercheur originaire de Montréal.

Étudiant de maîtrise à l’université du Vermont, Nicolas Fabien-Ouellet présente cette semaine un article intitulé Poutine Dynamics à l’occasion du Congrès annuel des sciences humaines organisé à l’Université Ryerson de Toronto. Voilà de quoi alimenter la discussion des milliers de personnes qui assistent à cet événement!

En entrevue au HuffPost Canada, l’auteur a tout de même affirmé qu’il n’y a aucun problème au fait de manger, de cuisiner ou d’adapter la poutine. On devrait considérer celle-ci comme une catégorie culinaire, au même titre que la soupe, afin de favoriser la création de variétés encore plus nombreuses.

Le problème tient au fait que ce nouveau symbole de la cuisine canadienne a autrefois été utilisé pour ternir l’image de la nation québécoise et délégitimiser sa volonté d’autodétermination.

Selon l’article publié dans CuiZine: The Journal of Canadian Food Cultures, la poutine serait en train de suivre la même trajectoire de mobilité sociale que le kimchi et le sushi : « Ces plats autrefois synonymes de marginalisation d’une identité ont été découverts par les foodies et sont désormais offerts à la consommation de masse. »

En dépit des festivals de la poutine organisés d’un océan à l’autre et des sondages l’élevant au rang des plus grandes inventions canadiennes, Fabien-Ouellet rappelle que la poutine est une invention québécoise.

Ce mélange de frites, de sauce brune et de fromage en grains a été inventé dans les années 1950, mais c’est uniquement au cours des dix dernières années qu’il a gagné en notoriété, grâce aux fêtards qui appréciaient ses qualités nocturnes et avec l’appui de chefs québécois rivalisant d’imagination.

Dans les pages du National Post, le jeune chercheur souligne que la poutine a aussi connu des heures sombres au Québec au début des années 2000, alors que la société prenait un virage santé et que le plat était retiré des cafétérias scolaires. « Lorsqu’il était question de malbouffe dans les médias québécois, on utilisait presque toujours une photo de poutine pour accompagner l’article. »

Pour les personnes plus âgées, la poutine demeure une invention embarrassante qui suscite un complexe d’infériorité : « Mes parents et grands-parents m’ont demandé pourquoi j’osais même aborder ce sujet. »

Au cours de la dernière décennie, la jeunesse québécoise a toutefois adopté la poutine d’une manière laissant croire que « le junk food interdit qui servait à dénigrer notre culture est maintenant une source de fierté », écrit Fabien-Ouellet.

Or, la notoriété grandissante de ce plat a aussi donné lieu à une tentative de construction d’identité nationale particulièrement évidente au printemps 2016, lorsque des canapés dérivés de la poutine ont été servis à la Maison-Blanche lors du dîner d’État en l’honneur de Justin Trudeau. Le président Obama avait alors souhaité que « nos amis canadiens se sentent chez eux ».

Nicolas Fabien-Ouellet n’est pas le premier à se pencher sur la canadianisation de la poutine. Le chef montréalais Chuck Hughes avait déploré le même phénomène dans le magazine Toronto Life il y a six ans.

Pour sa part, le chercheur postdoctoral Ian Alexander Cuthbertson, de l’Université Queens, a analysé l’identité de la poutine dans un billet de blogue publié en février. Il en conclut que son statut canadien ou québécois est purement politique.

En conclusion, Fabien-Ouellet croit qu’il est important de connaître le contexte socio-historique d’un plat. « L’appréciation devrait être accompagnée de reconnaissance. La poutine n’est pas canadienne, elle est québécoise et doit être présentée comme telle. »

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