POLITIQUE
26/05/2017 11:48 EDT | Actualisé 26/05/2017 12:59 EDT

Mais que veut la «Floride du Canada»? Le poids du Québec dans le choix du prochain chef du PCC

Maxime Bernier... ou quelqu'un d'autre?

TORONTO – Le nom du prochain chef du Parti conservateur du Canada sera bientôt dévoilé, mais déjà, l’heure est au bilan pour chaque campagne. Comment les candidats sont-ils arrivés à courtiser le Québec? Quelles erreurs auraient-ils pu éviter? Tour d’horizon avec les principaux camps.

Chaque circonscription au Canada vaut 100 points pour le choix du prochain chef de l’opposition, qui sera décidé au terme d’un scrutin préférentiel. Le Québec pèse donc assez lourd dans la balance avec ses 78 circonscriptions, pour un total de 7800 points.

Or, « très peu » de candidats sont sortis de l’axe Québec-Montréal, avec un avantage à Québec, fait valoir Marc-André Leclerc de l’équipe d’Andrew Scheer. « C’est le calendrier parlementaire et du parti qui nous a poussés à passer beaucoup de temps à Québec, à cause du débat en français et à cause du caucus national. »

L'organisation de Kellie Leitch a passé beaucoup de temps à Montréal. (Photo: PC)

Les différents candidats ont dû départager leur temps avec les autres régions du Canada après avoir passé autant de temps dans la Belle Province. Certains, comme Kellie Leitch, Lisa Raitt, Brad Trost et Andrew Scheer, y sont restés plus longtemps pour une formation intensive en français en janvier dernier par exemple.

« C’est par blocs : tu passes du temps au Québec, il faut que tu en passes ailleurs, explique M. Leclerc. Je pense que tous les candidats se sont retrouvés un peu avec un agenda qui a fait en sorte qu’effectivement, on se retrouvait à faire le caucus et le débat à Québec. »

De tous les candidats, Maxime Bernier, Kellie Leitch et Kevin O’Leary – qui a depuis abandonné la course – ont eu les organisations les plus actives dans la grande région de Montréal selon nos informations. L’homme d’affaires Rick Peterson y était également actif, puisque son fils habite dans Griffintown, dans la métropole.

L’île de Montréal, qui compte 18 circonscriptions, a-t-elle été négligée pour autant? Gérard Deltell, qui appuie le candidat ontarien Erin O’Toole, croit que non. « Les candidats font campagne là où les militants sont. Pour moi, ce n’est pas vraiment un enjeu », a-t-il répondu.

«Je me tenais à l’Orange Julep [à Montréal] toutes les semaines. Mais qu’est-ce qu’il faut faire pour déchiffrer cette province?»

— Kevin O'Leary, au Globe and Mail

Au moment d’abandonner la course à la direction, l’homme d’affaires Kevin O’Leary – qui est né à Montréal – disait au Globe and Mail ne pas comprendre pourquoi il n’avait pas eu plus de soutien de la part des Québécois.

« Je me tenais à l’Orange Julep [à Montréal] toutes les semaines. Mais qu’est-ce qu’il faut faire pour déchiffrer cette province? » a-t-il confié à la journaliste Laura Stone. M. O’Leary s’est donc rallié à Maxime Bernier, qui a le plus de chances de gagner selon lui.

« Je pense qu’il a compris qu’en effet, tu ne peux pas devenir premier ministre du Canada si tu ne parles pas les deux langues, a réagi M. Deltell, peu après les faits. C’est aussi simple et évident que ça. Ce n’est pas qu’il ne le savait pas, ce n’est pas qu’on ne lui avait pas dit! »

Le français de Lisa Raitt lui nuira-t-il dans ses appuis au Québec? (Photo: PC)

L’équipe de Lisa Raitt ne se fait pas d’idées : le français est effectivement un problème pour la candidate. La candidate ontarienne continue tout de même de prendre des cours une heure par jour afin de s’améliorer.

« C’est sûr, ce n’est pas elle qui mène dans les intentions de vote au Québec, étant donné qu’elle part un peu en arrière sur le français, estime Louis-Phillippe Trudel, l’organisateur de Mme Raitt au Québec. Mais les gens à qui on parle l’aiment, et elle figure peut-être sur leur deuxième ou le troisième tour. »

D’autres se sont fait remarquer pour leur français laborieux, justement. L’Albertain Deepak Obhrai a séduit les Québécois lors du débat en français à Québec avec ses phrases pour la plupart incompréhensibles.

Du côté de Maxime Bernier, considéré comme l’un des favoris de la course, c’est déjà l’appel à l’unité en prévision des prochaines élections en 2019.

« Je pense qu’on est rendus à un moment où les conservateurs doivent s’unir derrière un candidat qui a les meilleures chances de gagner contre Justin Trudeau en 2019. Notre adversaire, c’est Justin Trudeau à partir de maintenant », a indiqué Maxime Hupé, le directeur des communications de l’équipe Bernier.

Andrew Scheer, lui, croit toujours qu’il s’agit d’une course entre M. Bernier et lui. L’élu de la Saskatchewan a voulu établir un contraste sur le dossier de l’agriculture, entre autres.

Son porte-parole Marc-André Leclerc admet que la gestion de l’offre est devenue « l’enjeu central » pour la course et a « accaparé » la campagne conservatrice. Des élus ont d’ailleurs refusé d’appuyer M. Bernier en raison de sa position sur cet enjeu.

«Notre adversaire, c’est Justin Trudeau à partir de maintenant.»

— Maxime Hupé, de l'équipe de Maxime Bernier

Les médias ont-ils trop parlé de la gestion de l’offre, au final? « J’ai été journaliste, dit Gérard Deltell. Ce qui fait la nouvelle, c’est lorsqu’il y a des points de vue différents, c’est tout à fait normal. Et ça, c’est un enjeu où il y a des points de vue différents. »

Le clan Bernier, lui, n’a pas dérogé de sa position initiale malgré la colère des agriculteurs de sa région en Beauce. Il avait causé la surprise l’an dernier lorsqu’il avait affirmé vouloir abolir la gestion de l’offre au Canada.

C’est pourquoi le clan d’Andrew Scheer a misé sur les régions du Québec pour faire valoir son appui. Il a visité quelques fermes pendant son temps passé dans la province. Au début du mois, il a reçu l’appui des Amis de la gestion de l’offre et des régions. L’annonce a eu lieu… en Beauce.

Andrew Scheer veut gruger des appuis de Bernier au Québec. (Photo: PC)

Qu’en est-il d’Erin O’Toole? Gérard Deltell, courtisé par tous les clans, avait causé la surprise lorsqu’il avait donné son appui à l’ancien ministre conservateur. À son avis, son appui et celui des autres membres du caucus était un « message envoyé aux militants qui, eux, ne passent pas 24 heures sur 24 à faire de la politique ».

« On pense que la meilleure personne pour nous faire gagner, c’est Erin O’Toole. On voit Justin Trudeau tous les jours en Chambre, on sait ce que ça prend pour le battre, et nous, on pense que c’est Erin qui pourra le battre. Ce n’est quand même pas rien », a-t-il dit.

L’ancien premier ministre Stephen Harper a fait élire un gouvernement majoritaire en 2011 avec seulement cinq députés du Québec. En 2015, alors que les conservateurs ont perdu des sièges partout au Canada, ils ont fait des gains dans la Belle Province en faisant élire 12 députés.

Kevin O’Leary avait-il raison de se méfier de ce qu’il appelait la « Floride du Canada »? Chose certaine, en raison du vote préférentiel, le résultat final risque d’être connu après quelques tours. C’est à ce moment-là qu’on saura si les militants conservateurs du Québec ont réellement eu le gros bout du bâton.

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