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20/05/2017 07:05 EDT | Actualisé 20/05/2017 07:20 EDT

Un rire venu du froid secoue le Festival de Cannes

Une scène autour d'un préservatif qui fera date, un sauvage qui sème la panique dans un dîner mondain, une conférence de presse qui vire à l'obscène: le film suédois "The Square" se moque du monde de l'art et des nantis et a fait rire aux éclats le Festival de Cannes.

Dans le long-métrage de Ruben Östlund, rien ne se passe comme prévu pour le héros, Christian (l'acteur danois Claes Bang), conservateur d'un musée d'art contemporain qui prépare une exposition sur la tolérance et la solidarité.

Au centre de la performance, un carré de 4 mètres sur 4 (The Square), "sanctuaire de confiance et de bienveillance" où les visiteurs sont censés exprimer ces valeurs. A l'extérieur, dans la vraie vie, ce sont deux mondes, celui des grands bourgeois cultivés et celui des immigrés, des Roms et des SDF, qui évoluent en parallèle.

Le détonateur du télescopage entre ces deux univers sera le vol du portable, du portefeuille et des boutons de manchettes du conservateur alors qu'il porte secours dans la rue à une femme poursuivie par un homme violent. Une ruse évidemment.

Pour récupérer son bien, Christian va oublier "le politiquement correct" à la suédoise et écrire une lettre de menaces qu'il va aller distribuer, avec des gants - on n'est jamais trop prudent - dans les boîtes aux lettres d'une HLM de banlieue où vit son voleur.

- Regard grinçant -

"Le film parle de l'hypocrisie de notre mode de vie en Occident. On se croit vertueux, on paye nos impôts mais il y a des choses qu'on ne veut pas voir", a commenté l'acteur danois, lors de la conférence de presse.

Pour la première fois en compétition pour la Palme d'or, le réalisateur de "Snow Therapy" - Prix du jury 2014 dans la section "Un certain regard" - pose un regard grinçant sur nos lâchetés et interroge le soi-disant "vivre ensemble" de nos sociétés.

Avec le symbole du "Square", Östlund a voulu créer un espace qui rappelle l'importance des "valeurs humanistes, déconnectées du débat gauche/droite et des religions", a-t-il expliqué à l'AFP.

Et s'il a choisi de situer son film dans le milieu de l'art c'est que ce réalisateur, qui se dit marxiste, le juge "bien trop distant de la vraie vie".

La vraie vie donne en tout cas lieu à une scène hilarante où, juste après une relation sexuelle, Christian tente d'empêcher sa partenaire d'un soir, une journaliste américaine (Elisabeth Moss), de s'emparer du préservatif qui vient d'être utilisé pour le jeter.

"C'était très amusant de tourner cette scène, la difficulté était de ne pas éclater de rire", a confié l'actrice révélée par la série "Mad Men". Les spectateurs eux ne s'en sont pas privés, tout comme dans cette séquence où la couardise atteint des sommets lorsqu'un homme-singe agresse une jeune femme lors d'un dîner de mécénat, les convives en noeuds papillons mettant de très longues minutes avant de réagir.

fmi/nip/lpt