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18/05/2017 00:45 EDT | Actualisé 18/05/2017 01:00 EDT

Manille refusera les aides de l'UE "interférant" avec ses affaires

Le gouvernement philippin a annoncé jeudi qu'il n'accepterait plus les aides européennes "interférant" avec ses affaires intérieures, après les critiques de l'UE contre la "guerre contre la drogue" du président philippin.

L'Union européenne a été un des détracteurs les plus virulents de la sanglante campagne de Rodrigo Duterte contre les stupéfiants.

"Le président a approuvé la recommandation du ministère des Finances de ne pas accepter les aides (...) de l'UE qui lui permettraient d'interférer dans les politiques intérieures des Philippines", a déclaré aux journalistes le porte-parole de la présidence, Ernesto Abella.

Il a précisé qu'une de ces aides avait déjà été refusée pour les conditions "contestables" dont elle était assortie, se refusant à donner davantage de précisions.

On ignore les montants qui sont en jeu. Mais l'UE est la huitième source étrangère d'aide pour les Philippines. L'assistance européenne s'est élevée l'an passé à 217 millions de dollars (194 millions d'euros), selon des chiffres officiels philippins.

M. Abella a assuré que l'aide humanitaire serait toujours acceptée. Mais le chef de la représentation européenne aux Philippines, Franz Jessen, avait auparavant affirmé que la décision de M. Duterte allait affecter des aides se chiffrant à 250 millions d'euros.

Le secrétaire philippin à l'Economie, Ernesto Pernia, a compliqué les choses en affirmant que M. Duterte pourrait revenir sur sa décision.

"Je ne prendrais pas cela comme une politique. C'est plus une réaction aux critiques", a déclaré le ministre. "Mais peut-être que je ne crois pas qu'on en restera là."

M. Duterte, 72 ans, a maintes fois dénoncé les critiques européennes de sa campagne contre les stupéfiants.

L'avocat connu pour son langage cru avait remporté la présidentielle en 2016 en promettant une vague de répression sans précédent contre le trafic de drogue, qui ferait des dizaines de milliers de morts.

La police a annoncé avoir abattu environ 2.700 personnes depuis sa prise de fonction fin juin 2016. Plus de 1.800 autres ont été tuées dans des incidents liés au trafic de drogue par des meurtriers non identifiés. Environ 5.700 autres décès violents font l'objet d'une enquête, selon les chiffres de la police philippine.

En septembre, M. Duterte avait ponctué une longue tirade d'insultes contre l'Union européenne d'un doigt d'honneur à l'endroit du Parlement européen, qui venait de condamner ces exécutions extrajudiciaires.

"Je leur dit +Allez vous faire foutre+. Vous faites ça pour expier vos péchés", avait-il dit dans sa ville de Davao, dans le sud de l'archipel, selon des propos diffusés par la chaîne ABS-CBN.

L'avocat controversé avait injurié à peu près dans les mêmes termes d'autres instances internationales comme l'ONU. Il avait également traité l'ex-président américain Barack Obama (2009-2017) de "fils de pute".

Peu après, il s'était comparé à Adolf Hitler et avait déclaré qu'il serait "heureux de massacrer" trois millions de toxicomanes. Il s'était ensuite excusé auprès des juifs pour ces propos, que Berlin avait jugés "inacceptables".

M. Duterte a opéré une réorientation radicale de la diplomatie de son archipel, tournant le dos à l'allié traditionnel américain pour se rapprocher de Pékin - en dépit des profonds contentieux frontaliers en mer de Chine méridionale - en espérant profiter de milliards de dollars d'aide et d'investissements chinois.

"Je ne comprends pas ces fous. Pourquoi ne vous occupez-vous pas de vos propres affaires?", avait demandé en mars M. Duterte aux députés européens qui avaient encore condamné les exécutions extrajudiciaires. "Pourquoi venez-vous nous faire chier?"

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