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18/05/2017 12:05 EDT | Actualisé 18/05/2017 12:20 EDT

Brésil: Michel Temer, le fossoyeur de Dilma Rousseff rattrapé par les affaires

Le président brésilien Michel Temer, accusé de corruption, est chahuté par les scandales depuis son arrivée au pouvoir il y a moins d'un an, quand il s'était emparé du fauteuil de Dilma Rousseff en précipitant sa chute.

Au crépuscule d'une vie politique qui paraissait vouée aux coulisses tamisées du pouvoir, ce discret homme d'appareil de centre droit, âgé de 76 ans, était arrivé sur le devant de la scène presque par accident en août 2016, quand Mme Rousseff avait été destituée par le Parlement pour maquillage des comptes publics.

Jusqu'ici, sa présidence n'a pas été une promenade de santé, alors que le Brésil affronte une récession historique et que les accusations de corruption se rapprochent dangereusement de lui, après l'ouverture d'enquêtes contre plusieurs ministres de son gouvernement.

Il a affirmé jeudi qu'il "ne démissionnerai(t) pas", en réponse à une dernière salve assénée jeudi soir par le géant des médias O'Globo.

Selon ce dernier, le chef de l'Etat a été enregistré par un chef d'entreprise en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin afin d'acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés, aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras.

Des révélations qui ont poussé la Cour suprême (STF) à donner dans la foulée son feu vert à l'ouverture d'une enquête contre le président.

- Un 'traître' pour Rousseff -

Avant d'accéder à la fonction suprême, il avait été vice-président pendant plus de cinq ans de Dilma Rousseff, qui lui a collé l'étiquette infamante de "traître" et "conspirateur" ayant participé à sa chute.

Le profil sans relief de ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né d'immigrants libanais en 1940 dans l'Etat de Sao Paulo (sud-est), toujours tiré à quatre épingles, le visage un peu figé par la chirurgie esthétique, réserve toutefois des surprises.

Michel Temer a publié en 2013 un recueil de poésie intitulé "Anonymes Intimités". Il a eu cinq enfants de trois mariages en quatre décennies. Son épouse actuelle est une ex-reine de beauté de 43 ans sa cadette, décrite comme "belle, réservée et au foyer" par la revue Veja.

Dirigeant depuis 15 ans le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), arbitre de toutes les majorités de gouvernement depuis 1994, M. Temer avait accumulé les rancoeurs en cinq ans de mariage de raison avec la dirigeante de gauche, allant jusqu'à lui reprocher de l'avoir toujours rabaissé au rang de "vice-président décoratif".

Au printemps 2016, la crise politique brésilienne avait franchi un point de non retour. Le bateau présidentiel de Dilma Rousseff prenait l'eau de toutes parts.

Pour Michel Temer, l'heure avait sonné de passer de l'ombre à la lumière. En vieux renard de la politique, il avait orchestré fin mars le débarquement du PMDB du gouvernement. Un coup fatal pour sa désormais rivale, dont il a d'abord assuré l'intérim à partir de mai, avant de la remplacer définitivement fin août.

- 10% de popularité -

Sa longue expérience parlementaire - il a présidé trois fois le Congrès des députés - lui a permis de cimenter une large coalition sur les ruines de l'ancienne majorité de Mme Rousseff pour garantir sa destitution.

Il a aussi bénéficié de la bienveillance des marchés, échaudés par l'interventionnisme hasardeux de Mme Rousseff et rassurés par ses réformes d'austérité, mêlant gel des dépenses publiques, réforme du droit du travail et recul de l'âge de départ à la retraite.

Mais il n'a pas réussi à conquérir le coeur des Brésiliens: fin mars, sa cote de popularité plafonnait à 10%.

Et il reste menacé par le titanesque scandale Petrobras. La tempête a déjà emporté son encombrant camarade Eduardo Cunha, l'architecte de la destitution de Mme Rousseff.

M. Temer a lui-même été cité par des inculpés, sans être pour le moment inquiété par la justice.

Ses ennuis ne s'arrêtent pas là: le Tribunal supérieur électoral examinera bientôt la validité de la dernière élection présidentielle, un procès pour financement illégal de campagne qui concerne à la fois M. Temer et Mme Rousseff.

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