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18/05/2017 04:16 EDT | Actualisé 18/05/2017 17:52 EDT

Bois d'oeuvre : le retrait de l'exemption fera mal au Nouveau-Brunswick

Épargnés depuis le début des conflits sur le bois d'oeuvre entre les États-Unis et le Canada, les producteurs du Nouveau-Brunswick devront cette fois payer des droits punitifs imposés par Washington. Mais plusieurs experts croient que la situation dans cette province devrait leur permettre d'être toujours exemptés.

Un texte d’Elisa Serret

Si les quatre provinces de l’est du pays avaient toujours été exemptées de droits compensateurs jusqu’à maintenant, c’est qu’une grande proportion des forêts exploitées sont privées. Au Nouveau-Brunswick, 50 % de la forêt se trouve sur des terres privées, par rapport à 6 % en moyenne pour le reste du Canada.

Selon Michel Soucy, professeur en opération forestière de l’Université de Moncton, l’imposition au Nouveau-Brunswick d’un droit compensateur est un mauvais calcul de la part des Américains. Il juge que l'administration Trump fait fausse route si elle pense que le Nouveau-Brunswick subventionne cette industrie de la même façon qu’ailleurs au pays.

Il fait valoir qu'il existe au Nouveau-Brunswick un mécanisme pour fixer le prix du bois en forêts publiques, qui est basé sur les ventes du bois en forêts privées. Si les États-Unis accusent le Canada de subventionner l’industrie forestière en vendant le bois des forêts publiques à un prix inférieur au marché, ça peut donc être difficilement le cas au Nouveau-Brunswick, estime le M. Soucy.

L’annonce d’un droit compensateur au Nouveau-Brunswick a créé une onde de choc chez les producteurs et les propriétaires de lots boisés. La presque totalité de la production de la province est exportée aux États-Unis.

Jean-Guy Comeau est l'un des 40 000 propriétaires de lots boisés au Nouveau-Brunswick qui fournissent de la matière première aux scieries de la province.

L’homme, en affaires depuis 45 ans, craint le pire. Il croit que les propriétaires de lots boisés comme lui se trouveront parmi ceux qui seront les plus touchés par cette nouvelle crise commerciale.

On est à la base de la production, nous n’avons pas le pouvoir de négocier. Nous sommes de petits producteurs. La situation est terrible.

Jean-Guy Comeau, producteur et vice-président de la Fédération des producteurs de lots boisés du Nouveau-Brunswick

Pour le producteur, ce changement d'attitude de la part de l'administration américaine s’explique par le fait que l’ancien gouvernement progressiste conservateur a octroyé, à la demande des grandes entreprises, plus de droits de coupe sur les terres de la couronne.

Le gouvernement néo-brunswickois de Brian Gallant est bien conscient des répercussions économiques des droits compensateurs sur l'industrie. À l'instar d'autres provinces, il a décidé d'envoyer un négociateur à Washington pour tenter de renverser la vapeur.

La province a aussi annoncé qu'elle mettra sur pied des missions commerciales en Europe et en Asie pour dénicher d'autres marchés pour son bois d'oeuvre.

En attendant, Jean-Guy Comeau n'a pas le choix et doit arrêter de couper du bois. Parce que pour l’instant, avec le nouveau tarif douanier, l'activité n'est pas rentable.

L’exemption de la multinationale JD IRVING

Le seul joueur de l'industrie de la province à échapper au 20 % de droits punitifs est la multinationale J.D. Irving.

L'entreprise est propriétaire de 9 des 25 scieries au Nouveau-Brunswick. Après avoir soumis 9000 pages de documents aux Américains, elle a réussi à obtenir un taux compensateur de 3,2 % même si une partie de son approvisionnement provient de terres publiques.

C'est le plus bas taux octroyé à une entreprise au pays.

Le professeur Michel Soucy croit que toutes les scieries de la province devraient pouvoir bénéficier du même taux que celui de J.D. Irving. Il souligne que l'approvisionnement des petites scieries est sensiblement le même que celui de la multinationale.