DIVERTISSEMENT
17/05/2017 09:38 EDT | Actualisé 17/05/2017 09:44 EDT

Papa Roach présente son nouvel album, «Crooked Teeth» (ENTREVUE)

Le groupe américain Papa Roach offrira prochainement son neuvième album intitulé Crooked Teeth. On pourrait croire avec raison que le quatuor formé en 1993 est sur une longue pente descendante, après avoir atteint un sommet au début des années 2000. Il n’en est rien. Papa Roach est encore capable de livrer de bons morceaux. Discussion avec le bassiste et compositeur Tobin Esperance.

Considérant que le groupe ait traversé tant de turbulences, à commencer par les abus sévères du chanteur Jacoby Chaddix (maintenant sobre); considérant le départ (2007) du cofondateur et batteur de Papa Roach, Dave Bucker; considérant les épuisants 24 ans de carrière du groupe; considérant les quelques albums (Getting Away With Murder ou Metamorphosis) plus ou moins ratés des dernières années; les raisons seraient nombreuses pour que la flamme Papa Roach se soit éteinte.

Bien que le disque précédent, F.E.A.R. (2015), n’était pas génial non plus, il a néanmoins démontré que les gars de Papa Roach avaient encore du mordant. L’ajout des sonorités de synthétiseurs et autres rythmes électroniques signalait une volonté de proposer du nouveau matériel. Il fallait donc espérer que Papa Roach pourrait concocter de nouveau un opus à l’instar d’Infest (2000), qui proposait un efficace mélange de rock lourd, de rap dynamique et de rage plutôt angoissante.

Sans dire que la qualité de Crooked Teeth égale celle du respecté Infest, les amateurs de lourd pourront certainement y trouver leur compte. D’autant plus que le nouveau disque allie une touche rap et ces riffs mélodiques furieux de nu metal qui avaient plu aux mélomanes au passage du nouveau millénaire.

Retour au hip-hop

À certains égards, le flow rythmé dans la voix de Jacoby Chadixx sur Crooked Teeth évoque la période Infest. Mentionnons la chanson Break the Fall, qui ouvre Crooked Teeth. Il y a aussi American Dreams, Medication ou encore Sunrise Trailer Park (le motif musical ressemble beaucoup à National Anthem de Radiohead!) sur laquelle collabore Machine Gun Kelly.

«Jacoby a définitivement ressorti le vieux style hip-hop de Papa Roach, affirme Tobin Esperance. Nous étions très enthousiastes, car ça nous différencie des autres groupes de metal.»

Outre la qualité de l’album : certaines pièces ont une grande charge émotive qui est amplifiée par des arrangements costauds et assez bien ficelés (citons les couplets de Born for Greatness ou l’introduction de la chanson-titre du disque). Ceux-ci rappellent un tantinet le travail du groupe culte Rage Against the Machine. À souligner aussi les intenses crescendos de certaines pièces, les belles textures et les contrastes (l’efficace refrain de Traumatic).

Évidemment, certains amateurs de metal auront l’impression que certains morceaux sont un brin formatés pour plaire au grand public. À quelques reprises (comme sur Help), on a la sensation d’écouter une pièce diffusée par une radio commerciale FM près de chez soi.

Malgré tout, Pap Roach a réussi à pondre un disque qui démontre que les musiciens appliquent bien ce qu’ils ont appris au fil des années. «Nous avons réussi à conserver la passion nécessaire pour demeurer pertinents, je pense. Nous essayons toujours de dépasser nos limites, tout en ayant du plaisir. Nous avons, par exemple, appris avec le temps à créer de meilleurs motifs. Ils sont plus dynamiques. Nous aimons aussi varier les influences et les styles.»

«La clé de la réussite est de continuer à s’améliorer tout en gardant cet esprit de jeunesse dans le groupe, même si on vieillit. On doit continuer de composer de la musique avec une énergie rageuse, qui se transpose bien sur scène.»

Du sang neuf

L’album a été réalisé par les jeunes Colin Brittain et Nicholas Furlong, qui n’avaient jamais conçu d’album rock auparavant. «Nous voulions avoir du sang neuf au niveau de la réalisation, explique Tobin Esperance. Pendant que nous cherchions un collaborateur, notre agent a recommandé de faire une chanson avec ces deux gars. Le premier jour en studio, nous avons partagé une belle complicité. Ils étaient très intuitifs et efficaces. Nous avons eu tellement de plaisir à produire le morceau avec eux que nous leur avons proposé de réaliser tout l’album.»

Même si Furlong et Brittain n’ont pas l’habitude de travailler dans l’univers du metal, ils auraient grandi en écoutant du Papa Roach, notamment. Au dire d’Esperance, l’approche artistique a été très naturelle en studio. «Nous sommes arrivés avec des idées. Les réalisateurs ont écouté les maquettes et ont choisi six pièces qui seraient un bon départ pour lancer le processus créatif. Ensuite, nous avons créé une chanson par jour. À la fin, nous n’avions qu’à faire des ajustements. L’idée était de garder le plus de spontanéité possible.»

Selon Esperance, qui compose la majorité des musiques du groupe, Crooked Teeth est l’album le plus collégial de tous les disques de Papa Roach. D’autant plus que les réalisateurs, cette fois-ci, étaient aussi très impliqués dans la démarche. Colin Brittain, qui est un ingénieur de son, serait également un bon musicien. «Il a un sens très aiguisé à propose de l’instrumentation, de mentionner Esperance. Par exemple, il nous a incités à créer des sonorités en branchant nos guitares dans des synthétiseurs. Il a également utilisé des filtres pour moduler les sons et ainsi produire beaucoup de textures, qui sont parfois très subtiles.»

Enregistré dans un petit studio situé dans la partie nord de Hollywood, le disque est imprégné de l’ambiance du coin. Au dire de Toby Esperance, le studio était même assez défraichi. «Il n’avait rien de fancy! C’est ce que nous voulions. […] L’ambiance des lieux a eu un impact sur le disque. Ce n’est définitivement pas le quartier le plus aisé de Los Angeles. En marchant au tour de l’endroit, nous avons vu beaucoup de gens éclopés par la vie. Des Crooked Teeth! Le titre de l’album, c’est une manière de souligner les failles et les imperfections dans chaque personne. C’est une métaphore parfaite pour illustrer les atmosphères de cet album.»

À cet égard, la dernière chanson de l’album, None of the Above, serait aussi le reflet des citoyens américains; une sorte de photo de la société lorsqu’elle a été écrite et composée. «Les élections présidentielles étaient en cours quand nous avons commencé à travailler sur le disque», raconte Esperance.

«C’était une période difficile, à mon avis. À la fin, les choix n’étaient pas très inspirants entre les deux candidats (Hillary Clinton et Donald Trump)… Il y avait consensus chez les membres de Papa Roach à ce propos. Nous étions très mal à l’aise face à l’avenir politique des États-Unis. Bref, cette période a influencé en partie le processus créatif de l’album.»

L’album Crooked Teeth sortira le 19 mai via Eleven Seven Music :

1. Break The Fall

2. Crooked Teeth

3. My Medication

4. Born For Greatness

5. American Dreams

6. Periscope(collaboration de Skylar Grey)

7. Help

8. Sunrise Trailer Park (collaboration de Machine Gun Kelly)

9. Traumatic

10. None Of The Above

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