NOUVELLES
16/05/2017 14:50 EDT

L'UMQ tente d'amadouer les Américains sur la question du bois d'oeuvre

Au terme d'une mission de sensibilisation aux États-Unis, cinq maires de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) affirment que la coalition américaine du bois d'oeuvre souhaite, autant que ses concurrents canadiens, parvenir à une entente négociée. Les maires ont de plus constaté que le régime forestier, implanté en 2013 au Québec, est méconnu au sud de la frontière.

« Si ce n'avait été que de le faire connaître davantage, notre déplacement en valait la peine », a déclaré Alexandre Cusson, maire de Drummondville et premier vice-président de l'UMQ, qui agissait comme chef de mission.

En conférence de presse à l'ambassade canadienne aux États-Unis, le maire Cusson était accompagné de ses homologues Déborah Bélanger de Rivière-Rouge, Gilles Potvin de Saint-Félicien, Pierre Corbeil de Val-d'Or et Jean-Maurice Matte de Senneterre.

Aux États-Unis, la délégation de l'UMQ a obtenu des rencontres « cordiales » avec non seulement la coalition américaine du bois d'oeuvre, mais aussi l'Association nationale des constructeurs de maisons, de même qu'avec des élus comme Susan Collins, sénatrice républicaine du Maine.

De l'avis du maire de Val-d'Or, Pierre Corbeil, il était important d'expliquer aux Américains que le régime forestier du Québec vise la conservation de la forêt et qu'il respecte les règles du marché, et ce, « en réponse aux grandes demandes des Américains », dit-il.

« Il est clair que les gens [aux États-Unis] ne sont pas au courant et qu'il y a encore du travail à faire », affirme pour sa part Alexandre Cusson.

Nouveau chapitre d'une saga commerciale de longue date

Fin avril, Washington a asséné à de nombreux exportateurs canadiens de bois d'oeuvre des droits compensateurs de 20 % en moyenne, ouvrant un nouveau front dans ce litige vieux de plusieurs décennies. Une décision sur les droits antidumping est également attendue le 23 juin de la part des autorités américaines.

Ottawa doit annoncer sous peu un plan d'aide à l'industrie. Les membres du comité du bois d'oeuvre de l'UMQ ont rencontré, il y a deux semaines, le premier ministre canadien, Justin Trudeau. Ce dernier s'est montré « préoccupé » disent-ils, et il a discuté spécifiquement de cette question avec le président Donald Trump.

Québec se dit prêt à accorder des garanties de prêts de 300 millions de dollars à son industrie forestière. Et, pour le premier ministre Philippe Couillard, toute aide éventuelle d'Ottawa devra être complémentaire à celle consentie par sa province.

Un pion sur l'échiquier

Les enjeux relatifs au bois d'oeuvre dépassent largement le seul dossier du Québec. Et, là-dessus, les maires du comité de l'UMQ sont bien conscients qu'ils ne sont qu'un pion sur l'échiquier, eux qui ne pourront jamais s'asseoir à la table de négociation en vue d'un accord.

« On ne pensait pas faire de gains durant cette visite, a reconnu Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre, en entrevue sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première. Mais on a mieux compris leurs positions », a-t-il ajouté, en faisant référence à la coalition du bois d'oeuvre, soit The U.S. Lumber Coalition, qui milite farouchement en faveur de l'imposition de tarifs douaniers pour contrer les « subventions déloyales » accordées, selon elle, à l'industrie canadienne du bois d'oeuvre.

Une volonté de négocier

Le comité du bois d'oeuvre de l'UMQ affirme avoir perçu une volonté de négocier de la part des producteurs de bois d'oeuvre américains, qui veulent néanmoins l'imposition de quotas. Une entente négociée ferait des gagnants des deux côtés de la frontière, affirme Alexandre Cusson, alors que le recours à l'arbitrage ne ferait que des perdants.

Au Québec, l'industrie du bois d'oeuvre compte 60 000 emplois dans 225 municipalités. « Mais c'est aussi une réalité américaine », décrit M. Matte. La délégation de l'UMQ a fait valoir aux Américains qu'une guerre commerciale aura aussi des répercussions négatives chez eux, entraînant pertes d'emplois et hausse du prix des matériaux de construction, donc des maisons.

« Ils [les États-Unis] ont besoin du bois d'oeuvre québécois et canadien », affirme Jean-Maurice Matte.

Ça a été utile de faire entendre [aux États-Unis] la voix des municipalités, ce qui n'avait pas encore été fait.

Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre

Des copeaux et des gens

Le maire de Saint-Félicien, Gilles Potvin, souligne la portée sociale de ce litige. Car, au-delà des considérations commerciales, c'est la survie des régions qui se joue, selon lui. « Au Québec, il y a une démobilisation dans les régions que les jeunes quittent pour aller travailler en ville », dit-il en substance.

« C'est comme une maladie qu'on ne peut guérir, se désole M. Potvin. Ce n'est pas conjoncturel, mais structurel, la crise que l'on vit. »

En plus de souhaiter la conclusion, dès cette année, d'un accord négocié sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis, le maire de Saint-Félicien plaide pour que le gouvernement fédéral rallie toutes les provinces à cette cause. De dire Gilles Potvin : « l'énergie nous divise, mais la forêt est l'élément qui rassemble tous les Canadiens ».