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16/05/2017 02:18 EDT | Actualisé 16/05/2017 04:00 EDT

Ankara somme Berlin de choisir entre Etat turc et putschistes

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a affirmé mardi que l'Allemagne devait faire un choix entre l'Etat turc et les putschistes présumés, accusant Berlin d'empoisonner les relations en accordant l'asile à des militaires fuyant les purges en Turquie.

"L'Allemagne doit désormais prendre une décision importante. Si elle veut améliorer ses relations avec la Turquie (...) alors elle ne doit pas se tourner vers les séparatistes (kurdes du PKK ndlr)", ni vers les "gülenistes" -responsables présumés selon Ankara de la tentative de coup d'Etat de l'an dernier-, "mais vers la République de Turquie", a déclaré M. Yildirim.

Ces déclarations surviennent au lendemain de l'interdiction faite par Ankara à des députés allemands de se rendre sur la base d'Incirlik, dans le sud de la Turquie, où sont déployés des militaires allemands.

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié lundi cette décision de "regrettable" et évoqué de possibles "alternatives à Incirlik", comme la Jordanie.

Ankara n'a pas officiellement expliqué les raisons qui ont motivé cette interdiction, mais Berlin soupçonne la Turquie de punir l'Allemagne pour avoir accordé l'asile politique à des militaires turcs qui en avaient fait la demande après les purges déclenchées à la suite du coup d'Etat manqué de juillet dernier.

Sans évoquer directement Incirlik, M. Yildirim a accusé mardi Berlin d'avoir provoqué "une nouvelle dégradation des relations" en accordant le droit d'asile "à des militaires qui ont fui à l'étranger" après le putsch avorté de juillet.

Plusieurs centaines de diplomates, militaires et membres de leurs familles ont déposé des demandes d'asile en Allemagne depuis le coup de force imputé par Ankara à la mouvance du prédicateur islamique Fethullah Gülen, qui vit en exil aux Etats-Unis.

Dès janvier, Ankara avait pressé Berlin de rejeter de telles demandes et réclamé également l'extradition des putschistes présumés qui auraient trouvé refuge en Allemagne.

Berlin et Ankara multiplient depuis un an les passes d'armes et les crises diplomatiques, la Turquie accusant régulièrement l'Allemagne d'ingérence ou de soutien à des groupes "terroristes", comme le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

La nouvelle dispute intervient juste après une profonde crise au début du printemps : le président turc Recep Tayyip Erdogan avait accusé Berlin et d'autres capitales européennes de pratiques "nazies" après les interdictions de plusieurs meetings de soutien à la réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président turc.

gkg/pg