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11/05/2017 12:31 EDT | Actualisé 11/05/2017 15:45 EDT

Rétrogradation pour Pierre Beaudoin, mais la famille garde le plein contrôle

C'est une page d'histoire qui se tourne chez Bombardier alors que, pour la première fois, l'un des membres de la famille du fondateur Joseph-Armand Bombardier ne sera pas impliqué dans la gestion quotidienne de la société. Pierre Beaudoin, petit-fils du fondateur, ne sera plus le président exécutif du conseil d'administration, une fonction qui lui permettait de participer aux décisions stratégiques de la société.

Une analyse de Gérald Fillion

C’est une page qui se tourne, mais c’est loin d’être la dernière pour la famille Beaudoin-Bombardier. N'en doutez point, la famille garde le contrôle complet de cette entreprise.

D’abord, Pierre Beaudoin part sans vraiment partir. Il va demeurer président du conseil d’administration, ce qui lui permettra de maintenir une position privilégiée dans l'orientation des décisions stratégiques et capitales pour la société. Et faut-il le rappeler, la famille demeure l’actionnaire majoritaire avec 53,23 % des droits de vote par l'entremise d'actions de catégorie A, qui donnent chacune 10 votes.

De plus, cinq membres de la famille Beaudoin-Bombardier siègent au conseil d'administration. En plus de Pierre Beaudoin, qui demeure président du conseil et qui détient plus de 500 000 actions à droit de vote multiple, on compte également :

  • Laurent Beaudoin, à titre de président émérite, avec l’entreprise depuis 1963, époux de Claire Bombardier Beaudoin, fille de Joseph-Armand Bombardier; il possèdent plus de 13 millions d'actions à droit de vote multiple, alors que Claire Bombardier Beaudoin détient près de 61 millions d’actions à droit de vote multiple;
  • Joanne Bissonnette, fille de Janine Bombardier et petite-fille de Joseph-Armand Bombardier, administratrice chez Bombardier depuis 2012; Janine Bombardier possède près de 62 millions d’actions à droit de vote multiple;
  • J.R. André Bombardier, qui est dans l’entreprise depuis 1969, fils de Joseph-Armand Bombardier; il possède plus de 65 millions d'actions à droit de vote multiple;
  • Jean-Louis Fontaine, chez Bombardier depuis 1964, époux de Huguette Bombardier Fontaine, fille de Joseph-Armand Bombardier; Jean-Louis Fontaine possède plus de 4 millions d'actions à droit de vote multiple alors qu'Huguette Bombardier possède près de 61 millions d’actions à droit de vote multiple.

J.R. André Bombardier, Janine Bombardier, Claire Bombardier Beaudoin et Huguette Bombardier Fontaine sont considérés comme les actionnaires principaux. Ils contrôlent 49,78 % des droits de vote. D’autres membres de la famille, dont Pierre Beaudoin, détiennent 3,45 % des droits de vote, ce qui donne donc une majorité des droits de vote à la grande famille.

Il est important aussi de souligner que le conseil a accepté de reconduire Laurent Beaudoin, Jean-Louis Fontaine et J.R. André Bombardier dans leurs rôles respectifs d’administrateurs, même si l’âge officiel de la retraite au conseil de Bombardier est de 72 ans.

Ainsi, il est clair que même si on peut considérer que Bombadier vient de subir un camouflet important avec l’opposition publique des plus gros fonds de retraite au Canada, dont Teachers et la Caisse de dépôt, il faut bien réaliser aujourd’hui que la famille Beaudoin-Bombardier demeure en total et plein contrôle de l’entreprise. Sur ce plan, rien n’a changé.

Pour le meilleur et pour le pire

Pour le meilleur parce qu'il est très clair que cet actionnariat majoritaire de la famille permet à Bombardier de rester au Québec et de ne pas être achetée par Boeing ou Airbus. Depuis Joseph-Armand Bombardier, de grandes choses ont été réalisées dans le développement de Bombardier et un homme comme Laurent Beaudoin y est pour beaucoup.

Pour le pire, toutefois, puisqu'on peut se demander si l'emprise familiale sert toujours aujourd'hui les intérêts premiers de l'entreprise. La question est légitime, puisque de puissants fonds canadiens et américains ont exprimé avoir constaté des problèmes au chapitre de la gouvernance de l'entreprise, notamment dans l'établissement de la rémunération.

Aujourd'hui, avec le contrôle des votes par les Beaudoin-Bombardier, la réélection de Pierre Beaudoin et le plan de rémunération ont été entérinés par un vote de plus de 93 %, comme une lettre à la poste. Comme si de rien n'était. Comme si, malgré l'opposition, la dénonciation, la colère des Québécois, comme si ça ne comptait pas.