DIVERTISSEMENT
11/05/2017 11:55 EDT | Actualisé 11/05/2017 12:52 EDT

Philippe B: un flou la nuit

Raphaël Ouellet

Au diable la retenue et trêve d’opinion suspendue, le verdict brûle les lèvres : Philipppe B nous a mitonné avec La Grande nuit vidéo quelque chose de singulièrement exquis. C’est dit. En compilant 14 pièces touchantes, tout aussi flamboyantes quand drapées de cordes et autres broderies sonores qu’éventuellement délicates une fois sur scène dans un plus simple appareil, le mûr Rouynorandien complète son «Big Three» amorcé en 2011 avec Variations Fantômes. Après la consécration, l’apothéose. Rien que ça.

Bon moment pour poser quelques questions à l’artiste. Bon moment pour l'intervieweur de se recomposer une petite gêne.

Le gars

Bien que les maquettes instrumentales aient lentement planté leur décor sur une période de trois ans, la genèse de La Grande nuit vidéo remonte à la présentation fin septembre 2015 d’une performance intitulée Les Enchaînés, au Café-Bar de l’Agora de la danse. Les compositions de Philippe B y épousaient les chorégraphies de Karina Champoux. «Le spectacle s’inspirait de l’univers d’Hitchcock et explorait les zones d’ombre du couple. C’est ce qui m’a entraîné dans une écriture plus sombre, guidée par le dialogue qu’entretiennent les membres d’un couple au quotidien et leur relation avec la fiction, au cinéma comme à la télé.»

Au même moment, l’artiste découvrait l’essai L’Espèce fabulatrice de la romancière Nancy Huston. «C’est le second point de départ de l’album. C’est un essai fantastique qui décortique le fonctionnement de l’humain, entre la réalité et la fiction. En peu de mots, c’est la meilleure manière de décrire l’album : un va-et-vient entre ma vie de tous les jours et une réflexion sur ce qui nourrit notre imaginaire. Une part fiction cinématographique, une autre part autofiction.»

La fille

Et comme il est parfois vain de jaser romance sans donner droit de réplique à l’autre moitié du couple, Philippe B a ce coup-ci décidé de donner congé aux choristes pour donner plus d’aplomb à «la fille» de l’histoire. Dès la pièce d’entrée (Explosion), une voix mystérieuse, étonnement familière, caressante comme cassante, nous séduit et suscite des interrogations quant à l’identité de sa propriétaire.

«C’est Laurence Lafond-Beaulne de Milk & Bone». Merci.

«Je l’ai choisie pour plusieurs raisons. C’est une chanteuse que je savais compétente, dont je connaissais bien la voix et qui pouvait chanter aussi bien en français qu’en anglais, même si elle ne fait que répéter huit fois la même phrase anglaise sur Anywhere. C’était aussi important pour moi de ne pas propulser l’auditeur dans l’univers d’une chanteuse francophone établie. À ma connaissance, Laurence n’a jamais endisqué en français. Ça contribue au mystère de l’un des deux personnages principaux de l’album.»

Un personnage féminin que l’auteur s’est attaché à ne pas peindre d’une seule couleur. «Ce n’est pas seulement une bonne blonde qui dit je t’aime moi aussi. Comme le personnage masculin, elle est toute en nuances, dans ses zones grises. En fait, dans chacune des chansons, elle adopte une attitude différente. Dans un premier temps, elle reproche à l’autre de se bercer d’illusions. Dans une autre chanson, elle se fait plus rassurante. Elle dédramatise et incite au calme.»

La toune

Et de cette chanson il faut parler. Si la pièce titre rassemble l'ensemble du propos et jette les bases de la trame narrative, et si Autoportrait nous présente au fil de souvenirs un artiste aux contours parfois flous, c'est à Rouge-Gorge que reviennent les clés du panthéon des grandes chansons québécoises. Un morceau rare, mais qu'on doit décortiquer avec prudence. «Pour moi, c’est une chanson qui explore des choses un peu trouble et qui laisse beaucoup de place aux interprétations. On peut y percevoir de la violence, la présence d’un bourreau et de sa victime, une réconciliation. Ça peut aussi être simplement deux personnes qui se révèlent l’une à l’autre, avec leurs blessures et leurs maladresses. Deux personnes qui s’apprivoisent. Si les mots «menace», «violence» et «sang» dans un duo créent immédiatement dans la tête de l'auditeur une situation de violence conjugale, ça en dit plus long sur lui (ou elle) que sur l’auteur.»

Le disque et le show

» La Grande nuit vidéo, Philippe B, disponible dans les magasins et en version numérique le vendredi 12 mai.

» Le lancement de l'album aura lieu le mercredi 17 mai au Centre Phi.

» Pour consulter la liste des spectacles à venir, on consulte la page de l’artiste ici.

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