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11/05/2017 06:31 EDT | Actualisé 11/05/2017 06:40 EDT

Les jihadistes traqués dans un ex-fief en Syrie sur la route de Raqa

Des combattants kurdes et arabes traquaient jeudi les derniers jihadistes à Tabqa au lendemain de la prise de cet important verrou en direction de Raqa, la "capitale" de facto du groupe Etat islamique (EI) en Syrie.

La conquête de Tabqa, ville du nord du pays en guerre après des semaines de combats, est l'une des plus importantes victoires des Forces démocratiques syriennes (FDS), l'alliance arabo-kurde soutenue par Washington qui combat depuis 2015 l'organisation jihadiste la plus redoutée au monde.

Outre la prise de la ville située à 55 km au sud-ouest de Raqa, les FDS se sont emparées mercredi du barrage de Tabqa, le plus grand de Syrie.

Ces victoires sont intervenues après l'annonce publique mardi pour la première fois par les Etats-Unis de leur intention de fournir des armes à la composante kurde des FDS, les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Cette annonce a provoqué l'ire de la Turquie, alliée de Washington au sein de l'Otan et qui considère les YPG comme une organisation "terroriste".

Près du barrage de Tabqa, des combattants des FDS distribuaient bonbons et douceurs à leurs compagnons d'armes, pour célébrer la prise de la ville qui était aux mains de l'EI depuis 2014, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Et des combattantes des FDS contemplaient en souriant le lac Assad, un large réservoir d'eau créé dans les années 1970 par le barrage.

- Mines dans le barrage -

"Les opérations de ratissage de poursuivent" pour nettoyer totalement la ville des jihadistes, a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Mais les civils n'arrivent toujours pas à avoir accès à certaines parties de la ville en raison des mines" disséminées par l'EI, a-t-il précisé.

Une explosion retentit à proximité. Des combattants des FDS expliquent à l'AFP que des explosifs ont été plantés aux abords du barrage, où des équipes ont commencé les opérations de déminage.

Après des craintes d'importantes inondations si le barrage venait à céder et la fuite des techniciens lors des derniers combats, une équipe de maintenance attendait l'autorisation des FDS pour y entrer.

Les YPG ont diffusé jeudi une vidéo montrant des combattants et des enfants dansant la dabké, la danse traditionnelle au Moyen-Orient, à Tabqa.

Une autre vidéo montre un groupe d'enfants scandant avec enthousiasme devant la caméra "le barrage a été libéré!"

Située sur le fleuve de l'Euphrate, Tabqa est un verrou sur la route de Raqa, principal fief de l'EI en Syrie.

Depuis le lancement en novembre de l'offensive "Colère de l'Euphrate" par les FDS, cette alliance a pu, avec le soutien aérien américain, s'emparer de larges zones dans la province de Raqa et couper les principales voies autour de la ville éponyme.

Ses combattants sont désormais positionnés à 8 km au plus près de la ville et l'étau se resserre avant l'assaut final.

- Ankara ulcéré -

En plus des frappes aériennes, les FDS bénéficient de l'aide de conseillers américains ainsi que des canons des Marines déployés il y a quelques mois.

Les FDS sont dominées par les YPG qui, bien que honnies par Ankara, sont le principal allié des Américains dans la lutte anti-EI en Syrie.

Le président Donald Trump a d'ailleurs autorisé le Pentagone à "équiper" les YPG "autant que nécessaire pour remporter une nette victoire sur l'EI" à Raqa.

C'est la première fois que Washington livre des armes aux YPG qui ont qualifié cette décision d'"historique". Jusqu'à présent, les Etats-Unis disaient envoyer des armes seulement à la composante arabe des FDS.

Ankara, qui considère les YPG comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, mouvement séparatiste turc), a en revanche condamné la décision américaine.

"Chaque arme qui leur parvient représente une menace pour la Turquie", a réagi le chef de la diplomatie Mevlüt Cavusoglu.

Et le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé l'administration américaine à "revenir sans délai" sur sa décision. M. Erdogan doit voir M. Trump le 16 mai à la Maison Blanche.

Depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011, les forces kurdes ont pris leur distance par rapport au régime et aux rebelles, créant leur administration semi-autonome dans le nord et nord-est syrien et se posant comme le fer de lance de la lutte contre l'EI.

Cette guerre complexe aux multiples acteurs et alliances a fait 320.000 morts et des millions de déplacés.

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