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11/05/2017 08:35 EDT | Actualisé 11/05/2017 09:00 EDT

Le Hamas arrête le meurtrier présumé d'un de ses commandants

Le nouveau chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a annoncé jeudi l'arrestation d'un homme accusé d'avoir assassiné pour le compte d'Israël l'un des commandants militaires du mouvement islamiste palestinien.

La mystérieuse exécution de Mazen Faqha le 24 mars, apparemment minutieusement préparée, avait suscité un accès de nervosité dans la bande de Gaza et au sein du Hamas, qui gouverne sans partage ce territoire palestinien soumis à un sévère blocus par Israël.

Le mouvement palestinien avait instantanément vu dans ce crime la main de son grand ennemi israélien, auquel il a livré trois guerres à Gaza depuis 2008.

Depuis le dernier affrontement à l'été 2014, Israël et le Hamas observent un cessez-le-feu tendu tout en se préparant à la prochaine escalade.

Pour le Hamas, la mort de Mazen Faqha s'inscrit dans la lignée des éliminations ciblées conduites par Israël et auxquelles ont succombé, à Gaza ou à l'étranger, plusieurs figures du mouvement islamiste: Yahya Ayyash, cheikh Ahmed Yassine, Abdelaziz Rantissi, Ahmed Jaabari...

Israël accusait Faqha, 38 ans, d'être le cerveau de plusieurs attentats suicide meurtriers au cours de la deuxième Intifada (2000-2005).

Arrêté par Israël, condamné à la prison à vie, il avait été relâché dans le cadre de l'échange de prisonniers palestiniens contre le soldat franco-israélien Gilad Shalit en 2011, et exilé à Gaza.

"Nous pouvons annoncer que le meurtrier et criminel qui a exécuté les ordres des officiers des services de sécurité sionistes est entre les mains des services de sécurité" du Hamas, a déclaré M. Haniyeh.

"Il a avoué son crime", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse en dehors de la maison de Mazen Faqha dans la bande de Gaza, près de laquelle ce dernier a été abattu par balles.

Aucune indication n'a été donnée sur le suspect.

Mais "le meurtrier sera châtié pour son crime", a dit M. Haniyeh, s'exprimant au côté de la veuve et laissant peu doute quant à une probable condamnation à mort.

- 'Vengeance' -

L'assassinat de Mazen Faqha avait causé une onde de choc dans la bande de Gaza. Israël faisait un suspect évident. Le Hamas invoque le professionnalisme avec lequel l'opération a été menée selon lui pour désigner le Mossad, le renseignement israélien, avec la complicité locale de "collaborateurs".

En agissant en pleine bande de Gaza, entièrement sous la coupe du Hamas et où aucun Israélien n'a intérêt à s'aventurer, Israël aurait fourni une nouvelle démonstration qu'il pouvait atteindre son adversaire n'importe où.

Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman avait cependant rejeté les accusations du Hamas, laissant clairement entendre que Mazen Faqha pourrait être tombé sous les balles du Hamas, victime d'obscurs règlements de compte internes.

Cet assassinat et la mise en cause d'Israël avaient suscité les spéculations sur la riposte du Hamas et le risque d'une nouvelle escalade.

Le 6 avril, le Hamas avait fait un exemple en pendant trois hommes accusés d'avoir fourni à Israël des informations sur des positions militaires ensuite bombardées et sur des combattants palestiniens ensuite assassinés.

Les actes dont ils étaient accusés remontaient à avant la mort de Faqha mais cette première exécution collective à Gaza depuis 2014 constituait "un message envoyé aux services de sécurité de l'ennemi et aux collaborateurs", avait dit Tayssir al-Batch, chef de la police du Hamas.

Le Hamas, sur les dents, avait quadrillé le territoire et annoncé l'arrestation de plusieurs autres "collaborateurs".

Pour empêcher l'éventuelle exfiltration d'agents d'Israël, le mouvement islamiste avait pris la mesure exceptionnelle de fermer l'unique point de passage pour les Gazaouis vers Israël, une restriction levée depuis.

La vengeance promise par le Hamas se fait toujours attendre.

Le quotidien israélien Israel Hayom rapportait jeudi l'arrestation par Israël de plusieurs activistes palestiniens soupçonnés d'avoir été chargés en représailles par le Hamas d'un attentat ou d'un enlèvement en Cisjordanie, autre territoire palestinien.

La Cisjordanie occupée, distante de quelques dizaines de kilomètres de la bande de Gaza, présenterait l'avantage théorique de moins exposer cette dernière à une riposte brutale d'Israël.

"C'est aux brigades Ezzedine al-Qassam (branche armée du Hamas) qu'il revient d'annoncer quand et comment la vengeance aura lieu", a dit à l'AFP un responsable du Hamas sous couvert d'anonymat.

az-lal/bpe