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Vol sans turbulence ou écrasement annoncé : 2 ans du NPD au pouvoir

Peu de temps après son arrivée au pouvoir, la première ministre de l'Alberta Rachel Notley avait comparé son expérience au gouvernement à la construction d'un avion lorsqu'il est en plein vol. Deux ans après les élections provinciales, le voyage n'a pas été sans turbulence.

Un texte de Tiphanie Roquette

Tous les experts notent que dès le début de son mandat, ce parti qui n’avait aucune expérience au pouvoir a dû composer avec un contexte économique difficile marqué par la chute des prix du pétrole et la baisse des revenus des redevances.

Face à ces conditions, nous avons avancé et pris des décisions avec l'intérêt fondamental des Albertains à cœur.

Le parti Wildrose tire un autre bilan. « Nous avons vu deux ans d’un gouvernement néo-démocrate qui a causé des dommages importants à l’Alberta », a insisté le leader de l’opposition officielle à l’Assemblée législative, Nathan Cooper.

Nous avons vécu deux ans de la pire récession économique depuis le programme énergétique national.

Les réussites : deux pipelines

La taxe carbone et le plan de lutte contre les changements climatiques se situent parmi les mesures les plus controversées des deux ans de mandat. Blamée par l’opposition officielle « comme la plus grande augmentation de taxe de l’histoire albertaine », cette taxe a cependant conduit à l’approbation de deux pipelines par le gouvernement fédéral, croit la politologue de l’Université Mount-Royal Lori Williams.

Justin Trudeau a donné le feu vert au projet de tripler la capacité de l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan et au prolongement de la canalisation 3 d’Enbridge entre l’Alberta et le Wisconsin. En échange, Rachel Notley a promis la pleine participation de sa province à la lutte aux changements climatiques.

« Cela a créé un permis social qui a mené à l’approbation des pipelines et cela a modifié un peu la réputation de l’Alberta à l’international », note Mme Williams.

La présidente de la fondation Canada West, Martha Hall Findlay, est d’accord. Elle ajoute que beaucoup de travail de terrain a été effectué pour ouvrir les marchés à l’extérieur du Canada. « Ils ont fait beaucoup d'effort en ouvrant, en améliorant les communications avec les marchés asiatiques », indique la PDG qui voit aussi du travail sur le terrain pour maintenir de bonnes relations commerciales avec les États-Unis malgré l’incertitude entourant les politiques économiques de Donald Trump.

Les ratés : un déficit sans fin

Le gouvernement a multiplié les annonces et les actions. Hausse du salaire minimum, création de places de garderie à 25 dollars, élimination de certains frais scolaires… Rachel Notley ratisse large et vite.

Les mesures coûtent cependant cher et ne portent pas encore leurs fruits sur l’économie. Le déficit provincial devrait atteindre 10,3 milliards de dollars pour l’exercice fiscal 2017-2018 et la dette s’établira à 45 milliards de dollars à la fin de l’année.

Le taux de chômage se maintient autour des 8 %, atteignant plus de 9 % à Calgary.

« Ils ont essayé de maintenir les services et l'emploi dans le secteur public selon les demandes de leurs supporteurs mais je ne pense pas que ce soit soutenable sur le long terme », pense le professeur de Sciences politiques à l’Université de Lethbridge Geoffrey Hale.

Selon un sondage de Mainstreet/Postmedia publié à la mi-mars, plus de 58 % des Albertains sont insastifaits de la réponse du gouvernement aux difficultés économiques. La baisse des impôts et la lutte contre le déficit devraient être une priorité, disent les sondés, de façon plus marquée à Calgary et à l’extérieur des grands centres urbains.

Déjà peu convoité en campagne, le gouvernement s’est attiré un peu plus les foudres des agriculteurs avec sa gestion ratée de la loi 6 sur la protection des travailleurs agricoles. Selon le Wildrose, c’est le signe que ce gouvernement manque de transparence et ne sait pas consulter.

Des critiques ont été entendues sur deux autres dossiers qui restent encore à finaliser: le panel sur les services à l’enfance et la réforme des normes du travail.

L’avenir : 2019

À mi-mandat, le NPD est à la traîne dans les sondages se plaçant régulièrement en troisième position derrière le Wildrose et le Parti progressiste-conservateur. Rachel Notley a affirmé qu’elle respecterait la loi électorale et ne déclencherait pas des élections anticipées.

Le gouvernement néo-démocrate a donc deux ans pour prouver aux électeurs qu’il est digne d’un nouveau mandat, deux ans qui demanderont beaucoup de travail, selon Lori Williams.

« Commencer la construction d’un pipeline, créer un nombre important d’emplois, observer une remontée des prix du pétrole et s’attaquer au déficit… S’ils n’arrivent pas à travailler sur tout cela, ils auront beaucoup de difficultés aux prochaines élections », conclut la politologue.

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