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Louise Archambault : pour une deuxième fois

À l'occasion de la diffusion de Gabrielle à Notre cinéma (sur ICI RADIO-CANADA TÉLÉ), le vendredi 5 mai à 23 h, nous avons discuté avec la cinéaste québécoise de l'idée du deuxième film.

En 2012, après son beau et puissant Familia, la réalisatrice Louise Archambault se lance un défi de taille : raconter l’histoire de Gabrielle – qui souffre de diabète et du syndrome de Williams, un handicap mental – et de son amour pour Martin, qui est lui aussi déficient intellectuel en plus de chanter dans la même chorale qu’elle. Un amour que les adultes bien pensants autour d’eux ne veulent pas laisser éclore.

Une émotion factice et préfabriquée, une dose de cynisme pour tirer les larmes, une actrice exploitée pour les besoins de la cause : les pièges étaient nombreux. Mais c’est avec spontanéité, naturel et pudeur que Gabrielle les évite tous, comptant sur la présence formidablement attachante de Gabrielle Marion-Rivard, d’Alexandre Landry et de… Robert Charlebois!

Pour évoquer ce film-plaidoyer pour l’amour pour tous et répondre à notre questionnaire spécial « deuxième film », nous avons rencontré Louise Archambault.

L’émotion est-elle différente lorsqu’on réalise un deuxième film?

Il y a peut-être une plus grande assurance. Le travail en amont fait que quand on arrive sur un plateau de tournage, on a plus confiance en ce qu’on va faire. En même temps, les deux projets étaient tellement différents que j’ai du mal à les comparer. Cela dit, pour Gabrielle, la moitié des acteurs étaient non professionnels et ont un handicap intellectuel ou un syndrome d’Asperger – c’était donc un autre défi, comme l’était celui de mettre en scène les chants, la musique. Mais, en même temps, je me disais que le sujet était plus grand que nous tous, et on s’est laissés emporter par ce désir de le raconter.

Est-ce qu’on aime moins le second que le premier?

Il y a tellement longtemps que j’ai vu mon premier que je ne sais plus à quoi il ressemble! Mais je crois que je préfère mon deuxième film. Peut-être à cause du sujet, mais aussi de par l’impact que ça a eu sur ces gens-là. Et puis Gabrielle, même s’il a probablement plein de failles et que je ne le referais pas comme ça aujourd’hui, a beaucoup voyagé – tout comme Gabrielle, Alexandre et moi avec lui –, et on a vraiment pu sentir l’impact qu’il avait aussi ailleurs, dans d’autres cultures. C’est assez émouvant.

Pouvez-nous nous raconter deux souvenirs marquants de Gabrielle pour vous?

Deux? C’est trop peu! J’ai beaucoup d’histoires. D’ailleurs, Annie Saint-Pierre a fait un making of documentaire sur les acteurs (Moi aussi, je m'appelle Gabrielle!) et, déjà là, il y en a beaucoup! Mais j’ai deux histoires de tournage, de moments de spontanéité qu’on ne peut pas inventer. Lors d’une scène de chorale, juste avant que je dise « action ! », Geneviève, qui est trisomique, a regardé le directeur photo (qui tenait sa caméra à l’épaule) et a crié : « Mathieu, je t’aime ! », avant de sauter dans ses bras et de le faire tomber à la renverse. Tout le monde a explosé de rire! Il y a un autre moment où on filmait la chorale qui chante Ordinaire, et une grande partie de l’équipe technique était dans le couloir, en train de visionner sur le moniteur. Le producteur délégué est arrivé à la fin de la scène, le regard sévère. Je me suis dit : « Ça y est, on a merdé ». Mais il m’a regardé un temps et m’a dit : « C’est la plus belle chose que j’ai vue de ma vie », avant de me donner un câlin. Autour de moi, les techniciens, les machinos étaient en pleurs. Et je me souviens d’avoir pensé : « Je ne sais pas ce que ça donnera au final, mais nous, je sais qu’on vit quelque chose de grand ». Ça se sentait au tournage.

Sinon, à Locarno, il y avait 6000 personnes, et on présentait le film en plein air. C’était extraordinaire : on entendait une mouche voler. Les gens étaient hyper respectueux et à l’écoute du film. J’avais peur qu’ils trouvent ça plate! Gabrielle, elle, riait, pleurait, même si elle connaissait l’histoire, et il y a eu une ovation debout de 20 minutes. C’était tellement émouvant. Voir Gabrielle qui faisait une révérence au public, sa mère juste à côté, rediffusée sur un écran géant… À ce moment-là, j’ai vraiment vécu quelque chose; comme si je comprenais aussi pourquoi j’avais fait ce film, pour pouvoir offrir ces moments à Gabrielle.

Votre deuxième chanson préférée de Robert Charlebois?

Lindberg! C’est vraiment émotif. Il y en a plein d’autres que j’adore, mais elle… La mélodie, la façon dont c’est écrit : c’est intemporel. Je trouve qu’elle vieillit vraiment bien. Et je ne me lasse pas de l’écouter.

La chanson Lindberg, de Robert Charlebois

Le meilleur deuxième film de l’histoire du cinéma, c’est..?

Je suis sûre que j’en oublie plein, mais spontanément, je pense à Mauvais sang, de Léos Carax. C’est un film qui m’a donné envie de faire des films. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « Ben voyons, on peut raconter une histoire comme ça? » Il y avait d’autres codes narratifs, d’autres façons de mettre en scène. J’ai été renversée. Chavirée. Sinon, je pense à Lost in Translation, de Sofia Coppola, à N’oublie pas que tu vas mourir, de Xavier Beauvois, à Boogie Nights, de Paul Thomas Anderson... Au niveau de l’arc dramatique, des personnages, c’est riche, c’est dense! On a toute une ride! Et 21 Grams, aussi! C’est vraiment puissant!

La bande-annonce de Mauvais sang (source : YouTube)

La bande-annonce de Gabrielle, diffusé à Notre cinéma sur ICI RADIO-CANADA TÉLÉ, le vendredi 5 mai à 23 h (source : YouTube) et offert sur ICI TOU.TV

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