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Hollande boucle un mandat chaotique sur une explosion politique

François Hollande bouclera le 15 mai un quinquennat difficile sur les fronts économique, politique et sécuritaire, qui s'achève sur la défaite des grands partis à la présidentielle et la qualification de l'extrême droite au second tour.

Au-delà du bilan mitigé du septième président de la Ve République, l'image du chef de l'État socialiste a été abîmée.

Celui qui voulait être un « président normal » a battu tous les records d'impopularité, sa cote remontant seulement avec l'annonce qu'il ne briguerait pas un second mandat, mais fléchissant à 28 % dans le dernier baromètre Harris Interactive.

Le procès en autorité n'a jamais cessé, encore aggravé à l'automne dernier par la publication d'un livre de confidences à des journalistes qui a horripilé nombre de ses soutiens.

Présidant un pays frappé par les attentats les plus meurtriers de son histoire, « chef de guerre » en Afrique et au Proche Orient, François Hollande a trouvé maints obstacles sur sa route : manifestations de droite contre le mariage homosexuel et de gauche contre la loi Travail, fronde quasi permanente d'un pan de la majorité contre ses réformes, problèmes liés à sa vie privée et défiance de l'opinion à son égard.

En entrant à l'Élysée, celui qui n'avait jamais été ministre avait demandé à être jugé sur ses résultats, à commencer par la situation économique et l'emploi, souci numéro un des Français.

La courbe du chômage s'est (un peu) inversée

Malgré des taux d'intérêt historiquement bas, le recul de l'euro face au dollar et la chute des prix du pétrole, le miracle n'a pas eu lieu.

Depuis quelques mois, le président assure que la France est sortie de l'ornière, avec le retour de la croissance et le recul du chômage et des déficits.

Je laisse ce pays dans un bien meilleur état que celui que j'ai trouvé il y a maintenant cinq ans.

« Nous avons plus d'embauches, le chômage baisse, nous avons des investissements, une croissance qui repart et c'est le fruit du travail de tous, pas simplement du gouvernement ou du président de la République », ajoutait-il, invitant son successeur « à partir de ce socle, aller plus loin » sans « démolir » les politiques engagées depuis son élection.

Sur tous les indicateurs néanmoins, les progrès ont été lents et poussifs.

À peine arrivé aux affaires, François Hollande s'était fixé un ultimatum : sans « inversion » de la courbe du chômage, qu'il imaginait au départ fin 2013, il ne saurait briguer un second mandat.

Mais, à plus de 3,5 millions fin mars en France métropolitaine, ce nombre reste proche de son record (3,5795 millions en octobre 2015) et supérieur de 585 500 au niveau du début du quinquennat.

Pas d'embellie réelle non plus côté croissance économique, qui a péniblement atteint 1,1 % en 2016, après 1,2 % en 2015, et devrait rester inférieure à la moyenne de la zone euro.

Le déficit public ne devrait quant à lui revenir sous la limite européenne de 3 % du PIB qu'au plus tôt fin 2017, alors que François Hollande s'était engagé lors de la campagne présidentielle à le ramener à l'équilibre à cette date.

La baisse des prélèvements sur les entreprises, entamée en cours de quinquennat avec le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité, a permis d'améliorer leurs marges amputées par la crise, mais le décollage espéré de l'investissement et de l'emploi est encore timide.

Quant à la hausse des impôts des ménages décidée en début de quinquennat, même si elle a été suivie de baisses pour les moins fortunés, elle a généré un « ras-le-bol fiscal » qui a braqué nombre d'électeurs de la classe moyenne.

Mélenchon éclipse le candidat socialiste

L'absence de succès économiques rapides, les choix fiscaux favorables aux entreprises, une réforme bancaire jugée trop timorée et la volonté d'assouplir le droit du travail ont provoqué une scission de plus en plus marquée entre l'aile gauche du Parti socialiste et les soutiens de l'exécutif.

Le gouvernement s'est heurté à cette contestation quasi permanente sur de nombreux projets de loi, au point de pousser le premier ministre, Manuel Valls, à utiliser l'article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote deux réformes économiques et sociales : les lois dites Macron et El Khomri.

Ces passages en force ont encore durci le camp des socialistes « frondeurs », au rang desquels s'est placé Benoît Hamon, vainqueur de la primaire organisée par le PS en janvier et qui n'a en fin de compte obtenu que 6,36 % des voix le 23 avril.

Le départ tonitruant de ce dernier du gouvernement aux côtés d'Arnaud Montebourg en août 2014 a été suivi, deux ans plus tard, par une autre défection de taille, celle d'Emmanuel Macron, ancien conseiller de l'Élysée désormais favori pour succéder à son mentor à la faveur de ce que des socialistes qualifient de « hold-up du siècle ».

Le projet d'inscrire la déchéance de la nationalité dans la Constitution, envisagé après les attentats de novembre 2015, a suscité l'émoi d'un « peuple de gauche » déjà divisé et provoqué le départ de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, porteuse de la loi sur le mariage homosexuel.

Les résistances jusque dans son propre camp n'ont toutefois pas empêché François Hollande de redessiner la carte de France, faisant passer de 22 à 13 le nombre de régions désormais de taille européenne et moteurs de développement.

Après des défaites électorales répétées - « vague bleue » aux élections municipales et perte du Sénat en 2014, cinq régions sur 13 « sauvées » par le PS aux régionales fin 2015 -, la « synthèse » chère à François Hollande a laissé la place à la balkanisation à gauche puis à une tentative de confiscation par Jean-Luc Mélenchon.

Fort de ses 19,58 % au premier tour de la présidentielle, trois fois plus que Benoît Hamon, le chantre de La France insoumise entend poursuivre sa conquête et faire de son mouvement le principal pôle d'opposition de gauche au détriment du parti de François Hollande, désormais moribond.

L'autorité présidentielle a également pâti des épisodes liés à la vie privée du chef de l'État, qui s'est séparé en 2014 de son ex-compagne Valérie Trierweiler après la révélation, dans la presse « people », de son idylle avec l'actrice Julie Gayet.

Dans Merci pour ce moment , best-seller relatant sa relation puis sa rupture avec le président, Valérie Trierweiler accuse notamment le chef de l'État de traiter de « sans-dents » les gens de condition modeste.

État d'urgence en France, guerres au levant et en Afrique

Le quinquennat a été meurtri par une série d'attentats djihadistes qui ont notamment décimé la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015 et endeuillé la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet dernier, jour de fête nationale.

L'état d'urgence, déclenché le 13 novembre 2015 après les fusillades qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis - une première depuis la guerre d'Algérie -, a été prolongé jusqu'après l'élection présidentielle.

Théâtre d'atrocités, notamment dans la ville d'Alep, berceau avec l'Irak des djihadistes, lieu de départ de centaines de milliers de réfugiés en direction de l'Europe, la Syrie a constitué le fil rouge de ce quinquennat sanglant.

D'une crise à l'autre, François Hollande a conservé les habits de « chef de guerre » endossés lors de l'intervention de l'armée française au Mali en janvier 2013, en intensifiant les frappes aériennes contre le groupe armé État islamique en Syrie et en Irak.

L'année 2015 s'est terminée sur un succès diplomatique majeur pour la France avec l'accord de la COP21 de Paris, où 195 pays se sont entendus pour limiter le réchauffement climatique.

Dans le calendrier diplomatique du président, on retiendra aussi une photo de famille internationale sur les plages de Normandie le 6 juin 2014, jour du 60e anniversaire du débarquement allié, une nuit blanche à Minsk avec l'Allemande Angela Merkel, l'Ukrainien Petro Porochenko et le Russe Vladimir Poutine pour ramener la paix en l'Ukraine, la vente d'avions de combat Rafale à l'Égypte, à l'Inde et au Qatar ou encore une visite historique dans l'île communiste de Cuba.

Au plan européen, la crise des migrants et le sauvetage économique de la Grèce ont occupé l'essentiel des travaux jusqu'au tremblement de terre du « Brexit » décidé par référendum le 23 juin 2016, précipitant l'Union européenne dans l'incertitude sur fond de montée des populismes.

Une tendance renforcée par l'élection surprise à la tête des États-Unis du républicain Donald Trump, homme d'affaires hostile à la mondialisation que le successeur de François Hollande rencontrera fin mai lors d'une réunion du G7 en Italie.

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