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Ces tricheurs qui s’en tirent

BILLET - Deux histoires ont retenu l'attention dans le monde de l'athlétisme cette semaine. C'est la quête pour abaisser la marque du marathon masculin sous les deux heures qui a primé. Loin derrière: la décision de la Fédération européenne d'athlétisme (EAA) de remettre en question plusieurs records du monde. Imaginez! Déranger des tricheurs qui dorment tranquilles depuis 30 ans!

Résumons.

La Fédération européenne d’athlétisme et son président Svein Arne Hansen souhaitent établir une liste de critères sans lesquels toute nouvelle marque mondiale ne pourrait être reconnue. Et emportée par son enthousiasme, la fédé pense qu’on pourrait aussi annuler des records qui ont été établis en dehors de ces normes.

Quelles sont ces conditions?

  1. Que la compétition au cours de laquelle le record a été établi ait été reconnue par une instance internationale et qu’on y ait appliqué les plus hauts standards (officiels, équipement technique, etc.).
  2. Que les athlètes aient fait l’objet d’un nombre déterminé de contrôles antidopage dans les mois précédant le record. (On parlait de six contrôles dans la proposition initiale).
  3. Que les échantillons soient conservés pendant 10 ans pour de nouveaux tests.

La première condition va de soi. Ça exclut qu’on puisse battre la marque mondiale du 100 m au Festival du cochon de Sainte-Perpétue.

La deuxième est un bâton dans les roues des futurs tricheurs. Un gros bâton! Et la troisième peut désormais s’appliquer puisqu’on conserve les échantillons depuis 2005.

Mais avant?

La troisième norme ne saurait s’appliquer aux plus vieux records parce qu’on ne conservait pas les échantillons avant 2005.

C’est sur l’interprétation de la deuxième que la fédération européenne base ses remises en question.

Difficile…

Ce sera évidemment très difficile d’appliquer la règle a posteriori. Quelques athlètes protestent déjà énergiquement (la marathonienne Paula Radcliffe et l’ancien spécialiste du saut en longueur Mike Powell), mais l’initiative n’est pas ignorée pour autant.

Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), a même montré un certain enthousiasme.

Des exemples

Prenons l’exemple du plus vieux record existant. C’est celui du 800 m, chez les femmes. Il appartient à la Tchèque Jarmila Kratochvilova depuis 1983 (!). La fédé internationale ne la cite pas souvent en exemple. Kratochvilova est même exclue du Temple de la renommée de l’IAAF au sein duquel on trouve pourtant des tricheurs avérés. Pourquoi?

Toujours chez les femmes, les records du 100 m et du 200 m de Florence Griffith-Joyner restent inatteignables. La seule qui s’en soit approchée depuis 30 ans est l’Américaine Marion Jones qui, depuis, a été chassée pour dopage.

Chez les hommes, le record du monde du lancer du poids appartient depuis 1990 à l’Américain Randy Barnes, coincé pour dopage lui aussi.

Punitions

Le cycliste Lance Armstrong a été coincé, disqualifié et descendu en flammes par son sport et par la presse. Mais d’autres s’en sortent mieux et dans plusieurs disciplines. Leurs sanctions vont de l’amende, à l’oubli, en passant par la tape sur les doigts.

On sait désormais que Carl Lewis a échoué à plusieurs contrôles antidopage avant de remporter l’or au 100 m, aux Jeux olympiques de Séoul (après la disqualification de Ben Johnson). On ne lui a jamais retiré la moindre breloque.

Au football, Tom Brady a triché en utilisant des ballons dégonflés. On peut le classer dans la catégorie des tapes sur les doigts.

Diego Maradonna vit et mourra sous la protection de la « main de Dieu ». Une « petite » tricherie dans une grande carrière.

En 1991, l’accès aux travaux des chercheurs est-allemands a permis de découvrir les pratiques de dopage systématique qu’ils avaient appliquées, notamment pour le lanceur de disque Jürgen Schult, toujours détenteur de la marque mondiale.

La liste est longue

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je ne serais pas fâché de voir les tricheurs payer le prix.

Et quand un organisme comme la Fédération européenne d’athlétisme souhaite donner l’exemple, j’écoute les plaidoyers des athlètes qui pourraient être lésés. Mais j’ai quand même envie d’applaudir.

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