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04/05/2017 06:47 EDT | Actualisé 05/05/2017 07:50 EDT

Des hôpitaux canadiens sous-traitent les analyses radiologiques en Inde (VIDÉO)

Savez-vous vraiment qui analyse votre radiographie, votre échographie, votre CT-scan ou votre IRM?

Savez-vous vraiment qui analyse votre radiographie, votre échographie, votre CT-scan ou votre IRM? Et si l'on vous disait qu'il s'agit d'un radiologiste indien, installé devant un ordinateur, dans un bureau obscur de New Delhi, Mumbai ou Bangalore. Le croiriez-vous?

Un reportage de Thomas Gerbet, correspondant en Inde.

Selon nos informations, au moins six hôpitaux canadiens, sans doute davantage, sous-traitent le travail des radiologistes en Inde, la nuit et le week-end. Radio-Canada a aussi appris qu'une entreprise indienne leader dans le domaine, Teleradiology Solutions, tente actuellement de percer le marché canadien et s'y développer.

L'entreprise de Mumbai, Prabhat Telesolutions, nous a confirmé travailler avec quatre hôpitaux canadiens, surtout en Ontario, sans vouloir dévoiler lesquels. Quant à la compagnie Telerad India, de New Delhi, elle indique analyser les imageries médicales de deux établissements de santé canadiens, mais elle reste tout aussi secrète sur les détails.

Un diagnostic en 15 minutes

Les imageries médicales sont reçues à travers un réseau sécurisé. Photo : Radio-Canada/Thomas Gerbet

Teleradiology Solutions a accepté de nous faire visiter ses locaux. Elle est située à Bangalore, la ville symbole de la sous-traitance. « Tout se fait pratiquement en temps réel », explique le directeur, Akram Pervez. Dans une grande salle maintenue dans l'obscurité, une quinzaine de radiologistes reçoivent par courriel des imageries médicales provenant des États-Unis, d'Israël, de Singapour, des Pays-Bas, d'Afrique... Ils renvoient leur diagnostic via un réseau sécurisé dans un délai de 15 à 30 minutes.

«Aux États-Unis, les radiologistes vont souvent travailler le jour. Alors, les hôpitaux trouvent ça plus simple de nous envoyer les scans le soir et la nuit, parce que pour nous, c'est la journée. La qualité du rapport est bien meilleure quand le radiologiste analyse durant le jour, plutôt que la nuit, quand il est fatigué.» - Akram Pervez, directeur des opérations de Teleradiology Solutions

« Avec les nouvelles technologies et Internet, on peut se connecter et discuter avec un oncologue, un pneumologue, un neurologue ou un cardiologue de ce qu'on a trouvé, des résultats... ajoute Akram Pervez. Tout ça permet d'éviter les délais pour les patients. [...] C'est à l'avantage de tout le monde. »

Teleradiology Solutions fait déjà affaire avec une centaine d'hôpitaux publics et privés aux États-Unis. « On espère aussi des partenariats au Canada, dit le directeur. Notre équipe des ventes travaille là-dessus pour entrer sur le marché canadien. »

Combler le manque de radiologistes, à moindre coût

Des radiologues à l'oeuvre, dans les locaux de Teleradiology Solutions, à Bangalore. Photo : Radio-Canada/Thomas Gerbet

Avec pas moins de 3000 radiologies analysées chaque jour, l'entreprise indienne se félicite de contribuer à pallier au manque de radiologistes dans des régions déshéritées de la planète comme l'Afrique, mais aussi dans des régions qui ont du mal à en recruter en Occident.

« Les hôpitaux recherchent chez nous la disponibilité, la qualité et la rapidité des rapports », dit Akram Pervez. Il omet toutefois de mentionner une autre raison : les radiologistes indiens coûtent beaucoup moins cher que leurs collègues occidentaux, par exemple 10 fois moins qu'un québécois (600 000 $ en moyenne par année).

Pas au Québec, pour le moment

Le bureau du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lui-même radiologiste, affirme que cette sous-traitance en Inde n'a pas cours dans les hôpitaux de la province. Il n'a voulu faire davantage de commentaire. Cette pratique serait possible dans la province, le Collège des médecins devrait toutefois accréditer ces radiologistes.

Les patients québécois devraient également donner leur accord pour que l'analyse médicale se fasse à l’autre bout du monde. Akram Pervez reconnaît qu'aux États-Unis, les patients ne sont pas toujours informés que leur diagnostic radiologique est réalisé en Inde.

L’Association des radiologistes du Québec renvoie au guide du Collège des médecins sur la pratique de la télémédecine. Que dit-il ?

« Le territoire où l’acte médical est réputé comme posé est celui où se trouve le patient, et non celui où le médecin exerce. En conséquence, pour qu’un médecin se trouvant à l’extérieur du territoire québécois puisse exercer la télémédecine à l’égard d’un patient se trouvant sur le territoire québécois, il doit être inscrit au tableau de l’ordre ou détenir une autorisation d’exercice du Collège des médecins du Québec. »

« Le médecin doit obtenir le consentement du patient à la téléconsultation » et s’assurer qu'« il en comprend les limites.

Quelle fiabilité ?

Teleradiology Solutions se vante d'avoir un taux d'exactitude de 99,8 %. Avec 3000 images médicales analysées chaque jour, cela veut dire une moyenne de six erreurs quotidienne.

Akram Pervez veut se faire rassurant en mettant de l'avant son système d'évaluation par les pairs. Dans l'heure qui suit l'envoi du diagnostic, l'analyse est revue par un deuxième radiologiste indien. « S’il y a une inquiétude, nous prenons contact tout de suite avec le médecin en charge du patient », explique-t-il. Difficile toutefois de savoir qui serait tenu responsable en cas d'erreur grave...

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