DIVERTISSEMENT
30/04/2017 09:01 EDT | Actualisé 30/04/2017 09:01 EDT

Sa Majesté Zaz envoûte le Centre Bell

Productions J

Attachant petit bout de femme, énergie terriblement contagieuse, voix à la Édith Piaf, prouesses visuelles à en fatiguer les iris : Zaz a été reine du Centre Bell, samedi soir. Et quelle Majesté!

Il n’y avait qu’elle, Isabelle Geffroy de son vrai nom, ses sept musiciens, et son timbre unique, irrésistiblement rauque. Et aussi, ses textes, et ceux des légendes de la chanson française. Et, encore, ce charisme, qui éblouit, qui irradie, qui envoûte dès que la pétillante auteure-compositrice gigote, ou qu’elle laisse sortir un son, faisant vibrer ses trémolos dans des envolées vocales jamais agressantes, toujours teintées de la France qui l’a vue naître et qu’elle incarne à merveille. C’a souvent senti Paris, surtout celui d’hier, dans la salle montréalaise en ce venteux soir de week-end.

Zaz est littéralement possédée par les fourmis dans ses jambes. Son dynamisme – euphémique expression dans le cas qui nous occupe -, est sans pause, sans faiblesse. Elle ne se calme à peu près jamais. Déjà, à l’arrivée, portée par un rythme électro, elle bondissait gaiement comme une sauterelle, pendant que ses collaborateurs instrumentistes prenaient peu à peu place derrière elle. Et ça n’a ensuite jamais ralenti, Zaz s’étant démenée sans arrêt pendant toute sa prestation. On envie son souffle sans limites.

Puis, sa voix n’a beau pas être criarde, la gamine de 36 ans (37 lundi, «c’est la deuxième année que je viens passer mon anniversaire ici, au Québec», a-t-elle confié) a hurlé à plusieurs reprises, de toute sa puissance, sa joie d’être là. Ce n’était pas feint, on le sentait de loin. «Je pense que ça s’entend, ça se voit, ça se dégage», a-t-elle lancé, à propos de cet enthousiasme communicatif.

Moments magiques

Visuellement, le concert à été à l’image de son étoile : riche, coloré, vif, attrayant. Sur les écrans derrière se dessinaient toutes sortes de fantaisies qui collaient aux univers que scandait Zaz. Au tout premier morceau, La fée, des éclairages extravagants, en fins ou gros rayons, fendaient l’air, laissant présager qu’on en aurait pour notre argent. Sur Comme ci, comme ça, on avait même droit aux paroles qui défilaient, façon karaoké.

Musicalement, il s’est promené dans le temps. Zaz a offert plusieurs échantillons de son album Recto Verso, son plus récent opus de compositions originales, paru en 2013, et de son tout premier disque éponyme, remontant à 2010. Mais, puisqu’en 2014, elle proposait Paris, un hommage à sa patrie en relectures de morceaux d’autres générations, des La Parisienne et autres Sous le ciel de Paris se sont ajoutées au programme, tout comme sa version toute personnelle de Petite Marie. Et, comme Zaz écoute beaucoup de musique de chez nous lorsqu’elle est en sol québécois, elle n’a pas hésité à reprendre magnifiquement la déjà splendide Revivre, de Daniel Bélanger.

Il y a eu plusieurs moments magiques. Le public de 7834 spectateurs a été parfait pour son invitée, la laissant briller dans des instants de communion et se manifestant bruyamment aux moments opportuns.

Sans surprise, l’assistance a aboyé d’émotion aux premières mesures de la jolie ritournelle Si jamais j’oublie, que l’artiste a livré avec un sourire perceptible dans la voix. En projection, une Zaz animée jouait avec un globe dans une chambre minuscule, pendant qu’en temps réel, une Zaz en chair et en os avait les projecteurs pour elle seule. Quelques cellulaires ont étincelé ici et là dans les gradins pendant la mélodie, qui a trouvé son chemin jusqu’à La voix junior l’automne dernier, et qui a culminé dans un tonnerre d’acclamations.

On a adoré sa Historia de un Amor (Histoire d’un amour). On avait le frisson pendant Tous les cris les SOS, de Daniel Balavoine (et titre-phare du répertoire de Marie-Denise Pelletier), à laquelle les gens ont participé avec cœur. Idem sur une Je veux électrisante, qui en a fait danser plusieurs, et qui s’est étirée parce que son interprète laissait souvent le parterre s’approprier vers ou couplets. L’intéressant duo J’pas un cowboy, avec Lisa LeBlanc, s’est éteint dans une chaleureuse accolade.

Certaines présentations ont été réjouissantes, comme celle, pleine d’entrain, de Paris sera toujours Paris ou celle, remplie de tendresse, de Dans ma rue, quand elle a demandé à ses interlocuteurs de fermer les yeux et de s’imaginer en enfants abandonnés et affamés dans les rues de Paris. Avant une La lessive accompagnée seulement à la guitare, Zaz a expliqué qu’il n’était pas toujours banal de «retourner à l’ordinaire après l’extraordinaire». «Alors, on se réveille, là-dedans?», a-t-elle gueulé en guise de préambule à Les passants.

 Zaz a salué sa horde d’admirateurs sur une endiablée On ira, qui l’a faite s’exciter une dernière fois. La belle s’est même jetée par terre dans une ultime poussée d’adrénaline qui, si on en croit la constance de sa ferveur, n’est peut-être pas encore évaporée au moment où vous lisez ces lignes.

Avant que Zaz n’entre en scène, Pépé et sa guitare a partagé sa bonne humeur dans une courte première partie, sur le coup de 20h. Il a été amusant, expliquant qu’il avait envoyé à sa place son comparse «Pépé et son ukulélé», incitant la foule à chantonner avec lui et concluant son bref passage avec sa pièce chouchou des ondes radio, Mon avis.

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