NOUVELLES
28/04/2017 05:29 EDT | Actualisé 28/04/2017 06:00 EDT

Voyage à Damas: l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe écarte son président

Mis en cause pour s'être affiché à Damas avec Bachar al-Assad et avoir tardé à réagir à un scandale interne de corruption, le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a été écarté vendredi par ses pairs.

Le Bureau de l'APCE "a décidé de refuser sa confiance à Pedro Agramunt", sénateur espagnol de 65 ans, et de lui interdire de voyager et de s'exprimer à l'avenir au nom de l'assemblée.

Cette décision inédite était nécessaire car M. Agramunt refusait de démissionner et l'Assemblée n'avait pas le pouvoir de le démettre. Elle vise à "préserver l'intégrité" de l'institution. Ses 324 parlementaires issus de 47 pays d'Europe se réunissent quatre semaines par an à Strasbourg, dans l'est de la France, pour débattre de la défense des droits de l'homme, de la promotion de l'Etat de droit et de la lutte contre la corruption.

Dès l'ouverture lundi matin de la session plénière de printemps, de nombreux élus avaient reproché à M. Agramunt, souvent en des termes très vifs, de s'être rendu à Damas en mars - dans un avion mis à disposition par le gouvernement russe - et de s'y être affiché avec le président Bachar-al-Assad.

"C'est écoeurant de voir que le président de cette assemblée s'est fait prendre en photo avec une personne qui a gazé sa propre population", avait ainsi dénoncé l'élu ukrainien Oleksii Goncharenko.

M. Agramunt s'était défendu mardi, affirmant avoir été "manipulé" par les médias russes, tout en admettant qu'il aurait sans doute mieux fait de ne pas monter dans l'avion mis à disposition par Moscou.

- Caviargate -

La fronde s'est également nourrie d'un scandale de corruption, surnommé le "Caviargate", face auquel il a tardé à réagir.

Les faits, dénoncés par l'ONG allemande ESI, remontent à début 2013: des membres ou ex-membres de l'Assemblée sont soupçonnés d'avoir été "achetés" par le gouvernement de Bakou en échange de leur vote négatif contre un rapport dénonçant la situation des prisonniers politiques en Azerbaïdjan. Des élus auraient ainsi reçu de somptueux cadeaux, dont du caviar, des tapis et des nuits dans des hôtels de luxe à Bakou.

Un élu italien, Luca Volontè (qui ne siège plus à l'APCE) est soupçonné d'avoir accepté près de 2,4 millions d'euros de la part de Bakou, ce qui lui vaut des poursuites judiciaires en Italie.

Pedro Agramunt n'apparaît pas directement dans ce dossier, mais "peu de membres de l'APCE se sont rendus aussi souvent que lui en Azerbaïdjan, en tant qu'observateur des élections en 2003, 2005, 2010 et 2013, et il a constamment défendu le bilan de Bakou en matière de droits de l'homme", souligne ESI, qui a publié deux rapports sur ce sujet.

Après des semaines de tergiversations - en partie dues, selon nombre d'élus, à la mauvaise volonté de M. Agramunt -, l'APCE a décidé cette semaine de confier à un groupe d'experts indépendants une enquête sur ces allégations de corruption.

Pour le parlementaire allemand Frank Schwabe, qui s'est longtemps battu pour obtenir une telle enquête, ce scandale montre que l'Assemblée parlementaire est handicapée par certains élus, prompts à "défendre les Etats qui violent les droits de l'homme".

Cette semaine à Strasbourg aura été "difficile, mais nécessaire" pour que l'APCE reparte sur de nouvelles bases, a souligné l'élu.

Certains parlementaires ne viennent à Strasbourg que pour défendre les droits de l'homme "du bout des lèvres, et pas du fond du coeur", déplore de son côté la Luxembourgeoise Anne Brasseur, ancienne présidente de l'Assemblée (2014-2016), qui se dit "triste et consternée" par les derniers développements.

Pour autant, a-t-elle dit à l'AFP, "cette maison est plus importante que jamais", surtout dans les "nouvelles démocraties" de l'est du continent, où le rôle du Conseil de l'Europe "est bien plus important que dans nos vieilles démocraties, où nous considérons nos libertés comme des acquis".

ab/csg/lpt