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28/04/2017 08:10 EDT | Actualisé 28/04/2017 08:40 EDT

Venezuela: les anti-Maduro défilent pour les "prisonniers politiques"

Les opposants au président socialiste du Venezuela, Nicolas Maduro, se mobilisent vendredi pour exiger, face aux prisons, la libération des "prisonniers politiques", près d'un mois après le début d'une vague de protestations ayant fait une trentaine de morts.

Cette nouvelle manifestation survient le jour où le gouvernement, soumis à une pression internationale intense, entame sa sortie de l'Organisation des Etats américains (OEA) pour dénoncer son "ingérence".

Vendredi matin, des camions de la Garde nationale militarisée bloquaient la voie en direction de la prison de Ramo Verde, près de Caracas, où l'un des leaders de l'opposition, Leopoldo Lopez, purge une peine de 14 ans de prison pour incitation à la violence lors de la vague de manifestations anti-Maduro de 2014, qui avaient fait officiellement 43 morts.

"Cette manifestation vers Ramo Verde est pacifique, ferme et calme. Nous ne voulons pas de confrontation, de violence, de tirs. Nous voulons la solidarité avec ceux qui comme Leopoldo sont en train de résister", a assuré son épouse Lilian Tintori, devenue l'une des voix des antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013).

Cet appel au calme vise à éviter toute explosion de violence alors qu'en quatre semaines de mobilisations, les pillages et affrontements entre forces de l'ordre et manifestants ont fait 28 morts et des centaines de blessés. Plus d'un millier de personnes ont été interpellées, la plupart brièvement.

Dans la matinée, des groupes d'opposants se rassemblaient en différents points de Caracas pour rejoindre Ramo Verde ou encore le centre de réclusion des services secrets El Helicoide.

Des manifestations sont aussi prévues vers d'autres établissements pénitentiaires du pays.

"Ou nous réussissons à arriver (face aux prisons, ndlr) ou ils décident de nous réprimer, mais nous n'allons pas nous arrêter", a promis, devant la presse, Freddy Guevara, vice-président du Parlement, unique institution contrôlée par l'opposition depuis fin 2015.

Les anti-Maduro assurent qu'avec les récentes détentions, on compte désormais une centaine de "prisonniers politiques" supplémentaires, 170 au total, ce que le pouvoir ne reconnaît pas.

- 'Vexit' -

Dans ce pays pétrolier en profonde crise économique, où sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de Nicolas Maduro, l'opposition multiplie les manifestations depuis le 1er avril pour obtenir des élections générales anticipées, avant la fin de son mandat en décembre 2018.

L'étincelle qui a déclenché ce mouvement? La décision de la Cour suprême, réputée proche de M. Maduro, de s'arroger les pouvoirs du Parlement, rendant ainsi les pleins pouvoirs au camp présidentiel.

Devant le tollé diplomatique et les accusations de "coup d'Etat" par l'opposition, l'autorité judiciaire avait fait marche arrière 48 heures plus tard. Ce qui n'a pas calmé la colère des anti-Maduro, ni apaisé la pression internationale.

Tandis que les opposants dénoncent la répression du gouvernement, Nicolas Maduro les accuse de commettre "des actes de terrorisme" pour faciliter un coup d'Etat et une intervention étrangère sous l'égide des Etats-Unis.

Dans ce climat politique tendu, Caracas doit amorcer vendredi son retrait de l'OEA, qu'elle accuse d'"interventionnisme", en déposant sa demande officielle de retrait de l'organisation.

Le bloc régional basé à Washington, dont le secrétaire général Luis Almagro qualifie M. Maduro de "dictateur" et plaide pour des élections, consacrera bientôt un mini-sommet des ministres des Affaires étrangères de la région à la crise.

"A l'impérialisme je dis: ça suffit! Ne vous mêlez plus des affaires du Venezuela!", a lancé jeudi le président Maduro.

Après l'annonce de ce "Vexit", en référence au "Brexit" britannique de l'Union européenne, le président américain Donald Trump lui-même a déclaré que "le Venezuela est dans une situation chaotique".

En quête de solidarité, Caracas a demandé à une autre organisation régionale, la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) d'organiser une réunion le 2 mai au Salvador "pour combattre le harcèlement diplomatique dont est victime le Venezuela", selon M. Maduro.

Sa ministre des Affaires étrangères Delcy Rodriguez promet de dévoiler à cette date le "groupe de pays qui feront partie du dialogue au Venezuela" souhaité par le chef de l'Etat, avec la médiation du Vatican.

De précédentes discussions, elles aussi accompagnées par l'Eglise, avaient échoué en décembre.

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