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28/04/2017 18:01 EDT | Actualisé 28/04/2017 18:20 EDT

Un talk show animé par un faux Trump, un défi au milieu des caricatures

Un nouveau talk show animé par un faux Donald Trump a fait ses débuts jeudi sur la télévision américaine et cherche à exister dans un paysage audiovisuel déjà surchargé de caricatures du nouveau président des Etats-Unis.

"Je suis le président, et je suis aussi l'émission", a expliqué, en ouverture de la première de "The President Show", l'acteur Anthony Atamanuik. Il incarnera Donald Trump une fois par semaine sur la chaîne câblée Comedy Central.

Au pupitre de la salle de presse de la Maison Blanche, assis dans le Bureau ovale, le faux président a tenu une conférence de presse, échangé avec un faux vice-président Mike Pence, et même reçu un vrai invité, le journaliste et polémiste Keith Olbermann.

Si le concept est inédit sur les écrans américains, l'humour politique centré sur le nouveau président, lui, ne l'est pas. Et, là, la concurrence est rude.

Plusieurs talk shows aux animateurs plus traditionnels occupent déjà le terrain.

Le câble en fourmille, tels "Last Week Tonight" de John Oliver sur HBO, "Full Frontal" de Samantha Bee sur TBS, et "The Daily Show" de Trevor Noah sur Comedy Central.

Même la grande chaîne nationale CBS s'y est mise avec la réorientation de l'emblématique "The Late Show", longtemps animé par l'icône David Letterman, vers un ton résolument plus politique avec son nouvel animateur Stephen Colbert, ancien de Comedy Central.

- 'Aider à faire face' -

En se démarquant du style bon enfant des autres poids lourds de la deuxième partie de soirée, l'ancien créateur de l'émission "The Colbert Report" est récemment passé en tête des audiences, à la surprise générale.

"Aujourd'hui, la satire politique se considère plus importante qu'elle ne l'a été depuis longtemps", observe Dannagal Young, professeur associé de communication à l'université du Delaware.

"Dans l'histoire récente, je ne pense pas que nous ayons connu de période aussi inquiétante, en particulier pour la gauche", ajoute-t-elle.

Au-delà des seuls humoristes politiques, le créneau de l'imitation et de la caricature est, lui aussi, déjà bien occupé.

L'acteur Alec Baldwin a relancé, quasiment à lui seul, les audiences de l'émission culte "Saturday Night Live", redevenue incontournable, avec ses imitations récurrentes de Donald Trump, donnant sans retenue dans la bouffonnerie.

En renfort, dans la même émission, est arrivée récemment la truculente actrice Melissa McCarthy pour incarner le porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer, et jouer sur le côté irascible du personnage.

La satire "peut aider les gens à faire face", en l'occurrence à l'élection de Donald Trump, explique Stephen Groening, professeur de littérature comparée, cinéma et médias à l'université de l'Etat de Washington.

- 'Rôle de penseurs publics' -

La possibilité de rire d'une situation qui, a priori, ne s'y prête pas, et de se retrouver dans la lecture partagée d'une époque "difficile et absurde, a une valeur", dit-il.

"Les humoristes jouent de plus en plus le rôle d'activistes politiques, de penseurs publics", ajoute Maggie Hennefeld, professeur d'histoire culturelle et de littérature comparée à l'université du Minnesota.

"La satire politique américaine avait la réputation d'être moins directe, moins sombre, moins agressive", dit-elle. "C'est en train de changer".

Traditionnellement plutôt à gauche, les humoristes politiques ont poussé encore un peu plus le curseur pour appréhender le phénomène Trump.

En cela, Anthony Atamanuik cherche à se démarquer, assurant qu'il ne cherche pas à "servir la soupe à la droite, mais à la gauche non plus", a-t-il expliqué à plusieurs médias américains cette semaine.

"Ce pays a besoin d'un sérieuse thérapie de couple", dit-il, entre deux camps qui ne se comprennent plus, "et cela ne se fera pas en se battant les uns contre les autres".

"Je ne vois pas ce qu'ils vont faire de différent", prévient Stephen Groening, qui s'interroge sur la capacité de "The President Show" à s'attaquer à des sujets graves, au-delà de la parodie.

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