NOUVELLES
28/04/2017 00:23 EDT | Actualisé 28/04/2017 00:40 EDT

Traducteurs, des "passeurs" au service de la diversité

La traduction est un outil essentiel de communication à l'échelle de la planète: les traducteurs jouent le rôle de "passeurs" entre les 6 à 7.000 langues parlées dans le monde et assurent la sauvegarde de 3.000 idiomes rares menacés d'extinction.

"Sans traduction, il n'y a aucune histoire de l'humanité", souligne la linguiste Astrid Guillaume (Université Paris-Sorbonne). "Si l'on connaît les histoires et cultures du monde, ce n'est que par le biais des traductions", explique-t-elle.

Traduire vient du latin "traducere" qui signifie "faire passer". Voici trois illustrations de ces "passeurs" au service de la diversité linguistique:

- De la Bretagne au monde entier -

Issue d'une famille paysanne du Finistère (ouest de la France) où on parlait breton, Rozenn Milin aurait pu être traductrice français/breton. Elle a choisi la sauvegarde des langues rares du monde comme étendard avec son projet Sorosoro.

Sorosoro est un mot en araki --une des multiples langues du Vanuatu en Océanie, aujourd'hui parlée par moins de dix personnes-- qui signifie souffle, parole et langue.

L'objectif de Sorosoro est de préserver des traces sonores des langues du monde en danger, en allant filmer sur le terrain les personnes qui les parlent encore et en déposant ces documents, après traduction, à l'Institut national de l'audiovisuel (INA, organisme public français d'archives audiovisuelles).

Les traducteurs jouent un rôle essentiel dans ce projet, transcrivant des heures de tournage de récits, de chansons ou de cérémonies rituelles, explique Rozenn Milin. "C'est un travail considérable et compliqué" car il faut trouver les bons locuteurs parlant français, anglais ou espagnol pour traduire les bandes son dans des conditions souvent difficiles.

- Traduire sans la voix -

Dans le monde des sourds, le langage des signes n'est pas universel. "Il existe autant de langues des signes que de pays", explique Ronit Leven, vice-présidente de la Fédération nationale des sourds de France (FNSF), elle-même sourde et interprète de plusieurs langues des signes.

Il y a bien une langue des signes internationales (LSI), sorte d'espéranto pour sourds qui emprunte à différentes langues des signes (surtout européennes) et est utilisée pour des rassemblements internationaux.

"Mais rien n'est mieux que de comprendre et de s'exprimer dans sa propre langue des signes", assure Ronit qui exerce régulièrement ses talents d'interprète d'une langue des signes à une autre dans des réunions internationales.

Les signes n'ont souvent rien à voir d'une langue à l'autre, même pour des notions de base. Exemple: le signe "papa" en LSF (français) désigne le coin de la bouche, là où pousse la moustache, tandis qu'en ASL (américain), "papa" se dit avec un pouce sur le front.

- Intelligence artificielle -

Erreurs d'interprétation, fautes de syntaxe grossières: la traduction automatique a longtemps eu mauvaise réputation. Dans son livre "Google-moi", la philosophe française Barbara Cassin racontait en 2007 comment la phrase biblique "Et Dieu créa l'homme à son image" traduit par "Google traduction" en allemand puis retraduit en français se stabilisait au bout de deux allers et retours entre ces deux langues en un surprenant "Et l'homme à son image a créé un dieu".

Cette expérience n'est aujourd'hui plus possible, la traduction obtenue avec ce même traducteur automatique est désormais "bonne, cohérente, conséquente", reconnaît-elle dans son dernier ouvrage "Eloge de la traduction" (2016).

La qualité de la traduction devrait s'améliorer encore grâce aux progrès de l'intelligence artificielle, en particulier l'application du mécanisme du "deep learning" où la machine apprend progressivement et imite avec ses "réseaux de neurones artificiels" le fonctionnement d'un cerveau humain.

Pionnière depuis 40 ans dans la traduction automatique, l'entreprise française Systran (racheté en 2014 par le coréen CSLi), a lancé fin 2016 un système de ce type. Elle assure que la qualité des traductions obtenues, après "apprentissage" de la machine sur plusieurs semaines, est "proche de l'humain".

"Nous sommes au tout début d'une nouvelle ère qui ouvre de belles perspectives dans la communication multilingue", s'enthousiasme le directeur technique de Systran, Jean Senellart.

ot/alc/lch