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27/04/2017 22:32 EDT | Actualisé 27/04/2017 23:00 EDT

Des détenus retrouvés dans une "cellule secrète" aux Philippines (défenseurs des droits)

Une dizaine de personnes ont été découvertes dans un minuscule réduit dissimulé derrière une étagère de livres dans un commissariat des Philippines, alimentant encore une fois les craintes d'abus dans la guerre antidrogue meurtrière du président Rodrigo Duterte.

Des membres de la Commission gouvernementale des droits de l'Homme, accompagnés de journalistes, ont retrouvé ces hommes et ces femmes lors d'une visite surprise jeudi soir dans ce poste de police situé au coeur des bidonvilles de Manille.

Les visiteurs ont entendu des cris -- "On est là, on est là" -- émanant de derrière un mur, ont-ils raconté. Puis, les membres de la commission ont retrouvé une porte cachée derrière l'étagère et ouvrant sur le réduit.

Les prisonniers se sont alors précipités au dehors. Certains réclamaient de l'eau, d'autres, en larmes, suppliaient les membres de la Commission de ne pas les abandonner.

Ils ont raconté avoir été détenus là pendant environ une semaine après avoir été arrêtés pour usage ou trafic de drogue supposés. Ils accusent les policiers d'avoir exigé de fortes rançons pour les libérer.

"Ils les ont interpellés au prétexte de la drogue mais ils ne les ont inculpés d'aucun chef", a déclaré vendredi à l'AFP Gilbert Boisner, directeur pour Manille de la Commission des droits.

Le commandant du poste, le commissaire Robert Domingo, a raconté aux journalistes présents que les détenus n'avaient été interpellés que la veille au soir et que les policiers s'apprêtaient à les inculper.

Le commissaire Domingo a été suspendu vendredi, a déclaré le porte-parole de la police nationale Dionardo Carlos dans un communiqué à l'AFP.

Il "va faire l'objet d'une enquête administrative. Si la situation l'exige, il fera l'objet d'une enquête pénale, ainsi que les personnes impliquées".

Pour Human Rights Watch, il s'agit d'un nouveau témoignage des abus de droits de l'Homme généralisés commis durant la campagne de répression contre la drogue, qui a vu des milliers de personnes tuées par des policiers ou des milices mystérieuses.

"La découverte de cette prison secrète n'est que le dernier signe de la manière dont la police exploite à des fins personnelles la campagne antidrogue abusive de Duterte", a estimé l'ONG.

En janvier, M. Duterte avait brièvement écarté les policiers de tout rôle dans cette répression lorsqu'une enquête avait révélé que des officiers de la brigade des stupéfiants avaient enlevé et assassiné un homme d'affaires sud-coréen pour extorquer une rançon à sa famille.

M. Duterte avait déclaré que la police était "corrompue jusqu'à la moelle", promettant de "nettoyer" ses rangs. Un mois après, les policiers étaient de nouveau à pied d'oeuvre dans la lutte contre la drogue sans réforme majeure.

Un avocat philippin a saisi lundi la Cour pénale internationale, déclarant que la guerre antidrogue avait fait environ 8.000 morts et accusant le président de l'archipel de meurtres de masse.

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