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28/04/2017 04:16 EDT | Actualisé 28/04/2017 04:20 EDT

Canailles: un «Backflips» dans l'old-time et le rock'n'roll

Canailles est ce groupe de huit musiciens montréalais dont tout le monde a entendu parler d’une manière ou d’une autre au fil des ans. Après un second album qui n’était pas au top, le collectif propose cette fois un troisième long jeu intitulé Backflips, dont il est fier.  Entrevue avec les auteurs-compositeurs-interprètes Erik Evans et Daphné Brissette, deux piliers de cette hétéroclite formation qui contamine les gens de sa joie de vivre.

Le groupe a beaucoup d’amateurs au Québec. Il a offert une quantité substantielle de spectacles (plus de 400) depuis la parution de son premier disque Manger du bois, en 2012. Les Canailles ont aussi foulé de nombreux autres territoires en Amérique du Nord et en Europe lors de diverses tournées.

L’album, qui sort ce vendredi, a été réalisé par Tonio Morin-Vargas, qui est surtout connu pour ses compétences de batteur-percussionniste et de mixeur. Morin-Vargas, qui habite la métropole québécoise, est une bonne connaissance des membres de Canailles. À vrai dire, c’est un gars «d’la gang».

«Il a travaillé avec Olivier Bélisle sur d’autres affaires, indique Evans. Il est un chum depuis au moins cinq ans. Pour Backflips, il a collaboré sur nos arrangements. Il s’est impliqué à fond. Il est même venu aux séances de pratique au chalet. Ça fait environ un an qu’il nous accompagne dans le processus. En plus, il a fait le mixage.»

«Il est très professionnel, ajoute Daphné Brissette. Son énergie positive a été très constructive. Il a bien assumé son rôle de [décideur]. C’est très difficile de travailler avec huit personnes qui sont intimement impliquées dans la musique et les chansons. On a tendance à s’obstiner pas mal.»   

 

Éviter la même erreur

Contrairement à Ronds-points (2014), qui a été produit trop rapidement selon les deux principaux intéressés, le groupe a pris de vraies poses de la scène afin de préparer le troisième disque.

«On a pris le temps nécessaire pour composer les nouvelles chansons, raconte Evans. On ne voulait pas arriver en studio avec n’importe quoi. On s’est donc permis trois ou quatre séances [de création] au chalet de ma famille (une histoire de frères) dans l’Outaouais. On a composé, pratiqué et jammé. Les huit membres ont participé à ces rencontres. C’est important de prendre un moment pour se concentrer sur la musique.»

«Pour le deuxième album, on avait accepté de rentrer en studio alors qu’on était en grosse tournée estivale juste avant, de spécifier Daphnée. On a fait une erreur...»

 

Le collectif

Bien que Daphné Brissette (voix et tambourine) et Erik Evans (voix, mandoline, ukulélé)  soient les deux principaux auteurs de Canailles, d’autres membres du groupe - comme Olivier Bélisle (voix, guitare, banjo) et Annie Carpentier (voix, planche à laver, shaker) - ont aussi mis leur grain de sel dans les paroles. En fait, la composition, tout comme l’écriture, serait une histoire de gang. «Tout le monde est consulté et tout le monde, quelque part, participe à sa façon aux textes», de dire Brissette.

L’album a été enregistré aux Breakglass Studio de Montréal, «live, sans écouteurs ni métronome, dans la même pièce, sauf pour quelques overdubs de claps, groupe de voix et percussions.» C’est ce qu’on peut lire dans la section des crédits de l’album. En plus, la musique a d’abord été captée sur ruban avant d’être numérisée par la suite.

«Toute la gang était dans la même room, instruments et voix», affirme Daphnée.

«On était tous en rond, de préciser Erik. On se voyait tous. On avait placé des paravents [pour diminuer le parasitage]; on avait aussi disposé les micros d’une manière précise afin que les sonorités ne pissent pas trop dans les autres micros.»

C’est à ce moment que nous faisons des comparaisons avec l’approche utilisée par Bernard Adamus, dans le cadre de l’enregistrement de son troisième album Sorel Soviet So What (2015).

 

Old-time

Évidemment, le bluegrass (Histoires de fantômes), le folk et le blues filtrent encore de la musique de Canailles. Or, les musiciens ont délaissé le cajun qui teinte les deux disques précédents, surtout Manger du bois. Cette fois, les étiquettes old-time, gospel et rock’n’roll (pensons au côté crooner et hawaïen de la chanson Genoux, qui fait pensé au travail des Classels) pour définir Backflips.

«L’old-time est assez présent sur le disque, dit  Daphnée. Ça ressemble pas mal de ce que pouvait faire Bob Diddley (ce musicien américain a participé activement à la transition du blues vers le rock’n’roll en influençant des artistes tels que Elvis Presley, Buddy Holly, The Rolling Stones et Jimi Hendrix).»    

L’old-time est un genre musical nord-américain ayant ses racines dans la musique folklorique de pays comme l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Généralement, on privilégie les instruments acoustiques comme le violon et le banjo. Ce style, popularisé dans les années 1920 aux États-Unis, a des affinités avec le roots et le bluegrass.

«Je crois que c’est un album plus équilibré que Ronds-points, mentionne plus loin Erik Evans. Certaines chansons (comme Rendez-vous galant, Jachère, Chu brûlé) sont assez up-tempo, mais d’autres sont plus smooth (Plumage, Genoux). Le disque respire plus aussi. Et le ton est pas mal optimiste.»

À titre d’invitée, Anna Frances Meyer (Les Deuxluxes) a participé aux chœurs de quelques pièces de Backflips. Étienne Barry (l’autre moitié masculine des Deuxluxes) a assumé quant à lui certaines lignes de piano. Finalement, Mélisande Archambault (Royal Pickles) s’est occupée du violon pour deux chansons.

L’équilibre chez Canailles

Ce n’est pas seulement une rumeur : la plupart des membres de Canailles aiment festoyer. Et cette attitude, disons même ce mode de vie, a contaminé de nombreux spectateurs depuis les débuts du groupe. Elle a aussi forgé l’identité même de la formation. À tel point que la chanteuse a cru bon concocter un morceau qui exprime l’impact de cette «joie de vivre» sur son quotidien.

«La chanson Gna Gna c’est une sorte de projection de mes angoisses à entrer dans la vie d’adulte, à savoir être responsable et fonctionnelle, dit Daphnée avec le sourire en coin. J’aime vraiment vraiment vraiment faire la fête et me laisser-aller. En ce moment, c’est la guerre entre deux facettes de ma personnalité - l’enfant et la femme mature. Dans la pièce, je compare ma vie à celle de mes voisins, qui sont pires que moi !»

«C’est une dualité que je ressens aussi souvent», renchérit Erik Evans.

Ils sont Canailles, pour le meilleur et pour le pire.

 

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Backflips

Canailles

Grosse Boîte / Dare to Care

Sortie le 28 avril

 

 

 

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