NOUVELLES
27/04/2017 10:06 EDT | Actualisé 27/04/2017 10:40 EDT

Présidentielle: Le Pen et Macron à la conquête des voix, port de pêche et quartier sensible

Virée sur un bateau de pêche pour Marine Le Pen, rencontres dans une banlieue parisienne sensible pour Emmanuel Macron: les candidats à la présidentielle française ont labouré le terrain jeudi, alors que des jeunes en colère les renvoyaient dos à dos.

En déplacement à Sarcelles, "ville de défi et de fractures" selon ses mots, le candidat centriste a dénoncé le "visage rétréci et haineux" de la France que propose selon lui son adversaire d'extrême droite, qui mène une campagne commando dans l'espoir de contredire les sondages qui annoncent sa défaite au second tour de la présidentielle, le 7 mai.

"La France, ce n'est pas la haine et le rejet de l'autre", a-t-il martelé, accueilli par des "Macron président!". Dans la foule, "des Français de toutes les couleurs" et "de toutes les religions", a relevé le jeune candidat pro-européen.

Face à celui qu'elle présente comme un "jeune trader" et en "représentant de la mondialisation décomplexée", Marine Le Pen s'est elle posée en protectrice des Français modestes, de ceux qui se lèvent tôt pour travailler.

Dès l'aube, elle a navigué avec des pêcheurs du Grau-du-Roi, petit port de pêche du sud de la France, pour dénoncer la "politique de dérégulation totale", "de ravage social" de son adversaire.

Mme Le Pen n'a en revanche pas réagi à la nouvelle estimation du préjudice potentiel, portée à près de cinq millions d'euros, qu'aurait subi le Parlement européen en raison des salaires qui auraient été versés frauduleusement à des assistants d'eurodéputés de son parti entre 2012 et 2017.

Sa photo, en ciré jaune, tout sourire a été immédiatement postée sur ses comptes Twitter et Facebook, tous deux suivis par environ 1,5 million de personnes.

"Madame Le Pen se promène à la pêche. Bonne promenade", a commenté Emmanuel Macron sur son compte Twitter. "La sortie de l'Europe qu'elle propose c'est la fin de la pêche française. Pensez-y", a-t-il ajouté.

Les deux candidats qui ont réussi à éliminer au premier tour les grands partis traditionnels de gauche et droite, ont été renvoyés dos à dos jeudi par 2.000 jeunes manifestants à Paris, Rennes (ouest) ou Toulouse (sud-ouest).

"Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron" ont scandé ces jeunes en colère, qui se sont parfois confrontés aux forces de l'ordre. Des lycéens parisiens ont aussi organisé des sit-in pour dénoncer la menace de l'extrême-droite.

- Guerilla -

Arrivé en tête du premier tour avec son mouvement "En Marche!", créé l'an passé, M. Macron, jamais élu, a engrangé ces derniers jour des ralliements de toutes parts, à droite, à gauche, dans le patronat, les syndicats, le monde religieux, avec des prises de position de représentants juifs, musulmans et protestants.

Mais beaucoup d'électeurs restent hostile au programme économique libéral et au positionnement pro-européen de cet ancien banquier d'affaires devenu ministre de l'Economie du gouvernement socialiste (2014-2016).

"Je ne poursuivrai pas l'Europe comme elle est", a promis jeudi Emmanuel Macron, en défendant notamment sa proposition d'harmonisation fiscale et sociale dans l'Union européenne.

La patronne de l'extrême droite qui voit l'élection comme un "référendum pour la France" a multiplié ces derniers jours les déplacements dans des régions qui ont massivement voté pour elle et pour son programme ultra-sécuritaire, anti-européen et anti-immigration.

Sa stratégie est de bousculer le favori, critiqué pour son attitude jugée trop confiante dans ce début de campagne d'entre-deux-tours.

La popularité d'Emmanuel Macron a fléchi légèrement (-4 points pour lui, + 4 points pour sa rivale) dans un sondage publié jeudi mais il reste la personnalité politique qui recueille le plus de soutiens.

Mercredi, les deux candidats s'étaient livrés un duel à distance à Amiens (nord), autour de l'avenir d'une usine du géant américain Whirlpool menacée de délocalisation en Pologne.

Candidate auto-proclamée des perdants de la mondialisation, Mme Le Pen est venue par surprise à la rencontre des salariés prenant de court son adversaire qui discutait avec des représentants syndicaux dans une salle à proximité du site.

Ils croiseront de nouveau le fer à distance dans la soirée de jeudi.

Marine Le Pen tient son premier grand meeting de l'entre-deux-tours, à Nice, dans une région du sud-est où la droite est arrivée en tête dimanche. M. Macron, lui, doit participer à une émission télévisée politique à une heure de grande écoute.

elr/mw/sof/fjb