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27/04/2017 13:58 EDT | Actualisé 27/04/2017 14:20 EDT

La présidentielle, "un référendum pour ou contre la France", clame Le Pen

"Patriotisme économique" contre "Europe qui protège": en déplacement respectivement dans le sud-est de la France et en banlieue parisienne, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont poursuivi jeudi leur affrontement à distance, à dix jours du second tour de la présidentielle française.

Devancée de 20 points dans les sondages par son adversaire centriste, la candidate d'extrême droite s'est posée jeudi en "David contre Goliath".

"Cette élection présidentielle est un référendum pour ou contre la France. Moi je vous appelle à choisir la France, pas M. Macron dont le projet est la dilution de la France", a lancé Marine Le Pen en meeting à Nice, devant 4.000 partisans chauffés à blanc et une forêt de drapeaux bleu blanc rouge.

L'eurodéputée a été rattrapée jeudi par un scandale autour des salaires qui auraient été versés frauduleusement à des assistants parlementaires travaillant en fait pour son parti. Le Parlement européen a revu à la hausse le préjudice subi, à près de cinq millions d'euros.

Les deux candidats arrivés en tête du premier tour dimanche dernier défendent des projets aux antipodes: une France ouverte dans une Europe réformée pour le centriste Emmanuel Macron, la fermeture des frontières et une sortie de l'euro pour Marine Le Pen.

A Nice, l'un de ses fiefs électoraux, cette dernière a étrillé son rival jeudi soir.

Se présentant comme tenante du "patriotisme économique", elle a dit vouloir "redonner des frontières à la France" et "dompter la mondialisation", accusant M. Macron, un ancien banquier d'affaires, de vouloir faire du pays "une salle de marché".

Invité d'une émission télévisée, Emmanuel Macron a insisté sur ce qui le sépare de son adversaire: "Moi je veux l'Europe qui protège, je veux la réformer. Elle, elle est contre l'Europe, elle veut en sortir".

"Nous avons un défi, réconcilier nos concitoyens avec l'Europe, réussir à faire que cette Europe protège davantage nos concitoyens dans la mondialisation", a-t-il insisté.

- Jeunes en colère -

En visite à Sarcelles, une banlieue difficile de la région parisienne, il avait auparavant dénoncé le "visage rétréci et haineux" de la France que propose selon lui son adversaire d'extrême droite.

"La France, ce n'est pas la haine et le rejet de l'autre", a-t-il martelé, accueilli par des "Macron président!". Dans la foule, "des Français de toutes les couleurs" et "de toutes les religions", a relevé le jeune candidat.

Face à celui qu'elle dénonce en "représentant de la mondialisation décomplexée", Marine Le Pen se pose elle en protectrice des Français modestes, de ceux qui se lèvent tôt pour travailler.

Jeudi, elle a navigué dès l'aube avec des pêcheurs du Grau-du-Roi, petit port de pêche du sud de la France, pour dénoncer la "politique de dérégulation totale", "de ravage social" de son adversaire.

Sa photo, en ciré jaune, tout sourire a été immédiatement postée sur ses comptes Twitter et Facebook, suivis par environ 1,5 million de personnes.

Les deux candidats qui ont réussi à éliminer au premier tour les grands partis traditionnels de gauche et droite, ont été renvoyés dos à dos jeudi par 3.000 jeunes manifestants à Paris et dans plusieurs grandes villes du pays.

"Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron" ont scandé ces jeunes en colère, qui se sont parfois confrontés aux forces de l'ordre.

Arrivé en tête du premier tour avec son mouvement "En Marche!", créé l'an passé, M. Macron, jamais élu, a engrangé ces derniers jours des ralliements de toutes parts, à droite, à gauche, dans le patronat, les syndicats, le monde religieux, avec des prises de position de représentants juifs, musulmans et protestants.

Critiqué pour avoir donné le sentiment qu'il se voyait déjà élu, Emmanuel Macron a assuré qu'il ne se "considérait pas comme un favori".

S'il reste en tête des intentions de vote du second tour, sa popularité a fléchi légèrement (-4 points pour lui, + 4 points pour sa rivale) ces derniers jours selon une étude publiée jeudi.

"Je suis aujourd'hui celui qui doit rassembler le camp républicain", a-t-il estimé, lançant un appel au rassemblement à l'intention des électeurs des candidats éliminés au premier tour, dont beaucoup s'avouent très indécis.

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