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27/04/2017 11:19 EDT | Actualisé 27/04/2017 17:02 EDT

L'ex-ministre Sam Hamad quitte la vie politique et passe au secteur privé

QUÉBEC — Ému aux larmes, l'ex-ministre libéral Sam Hamad a tiré un trait, jeudi, sur 14 ans d'une carrière politique tumultueuse.

Député de Louis-Hébert depuis 2003, en banlieue de Québec, M. Hamad a annoncé sa démission, ayant choisi de passer au secteur privé, qui lui a offert un poste alléchant.

L'ancien président du Conseil du trésor, égratigné sur le plan de l'éthique, avait compris depuis quelques mois qu'il ne pourrait pas réintégrer le conseil des ministres et ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il annonce une réorientation de sa carrière.

Il a dit quitter la politique à tout jamais, prêt à passer à autre chose. «La politique, c'est terminé», a-t-il tranché, en insistant pour dire que sa décision et le moment choisi de l'annoncer n'avaient rien à voir avec les controverses qui secouent présentement le gouvernement.

Son départ forcera le premier ministre à déclencher une élection complémentaire d'ici l'automne, un geste qui coûtera quelque 600 000 $ aux contribuables.

Il s'agira de la 14e élection complémentaire depuis la prise du pouvoir par les libéraux en 2014.

M. Hamad est le sixième député libéral à démissionner en trois ans et le huitième à quitter le caucus libéral, en incluant Gerry Sklavounos et Pierre Paradis.

En ne terminant pas son mandat, M. Hamad renonce à la prime de départ qu'il aurait pu toucher à l'automne 2018.

En conférence de presse, dans sa circonscription, il a tenu à dire qu'il partait la tête haute avec le sentiment du devoir accompli. Il n'a exprimé aucun regret.

«Je suis content de tout ce que j'ai fait», a-t-il dit, en invitant les observateurs à «regarder l'ensemble de l'oeuvre». Même s'il a retrouvé sa liberté de parole, il promet de ne pas jouer à «la belle-mère».

L'homme de 58 ans a dit avoir fait le tour du jardin, quittant la vie politique sans afficher d'amertume, sans se livrer à un règlement de comptes, même s'il était connu que son exclusion du conseil des ministres, en avril 2016, lui était resté en travers de la gorge.

Plus tôt, dans un rapport accablant, le Commissaire à l’éthique et à la déontologie avait conclu que M. Hamad avait bafoué les règles de base du code d’éthique des parlementaires lorsqu’il est intervenu pour favoriser l’octroi d’une subvention à Premier Tech, une entreprise de Rivière-du-Loup, quand il était ministre du Développement économique. Il avait déjeuné avec l’ex-collecteur de fonds du Parti libéral du Québec et ancien ministre libéral Marc-Yvan Côté, qui représentait alors les intérêts de Premier Tech, un geste jugé «imprudent» par le commissaire.

M. Hamad continue de proclamer qu'il a fait ce qu'il devait faire dans ce dossier et qu'il «ne regrette rien, absolument rien».

Son attachement particulier pour la ville de Québec est bien connu, cette ville qui l'a vu débarquer de sa Syrie natale quand il avait 20 ans, «avec deux valises et sans manteau d'hiver».

«J'avais un rêve et le Québec m'a permis d'étudier, de fonder une famille», a relaté cet ingénieur de formation, en affirmant avoir choisi de faire de la politique pour redonner aux Québécois une partie de ce qu'il avait reçu.

En remettant une liste détaillée de ses accomplissements, un document de neuf pages, il s'est dit particulièrement fier de ses réalisations dans la région de Québec, notamment la construction de l'amphithéâtre Vidéotron et celle de la promenade Samuel-de-Champlain.

Au fil des ans, les premiers ministres Jean Charest et Philippe Couillard lui ont confié divers portefeuilles: Ressources naturelles, Emploi, Travail, Transports, Conseil du trésor.

Invité à commenter la démission de son député, le premier ministre Couillard a reconnu que M. Hamad «aurait peut-être aimé» que les choses se passent différemment pour lui.

Plusieurs de ses collègues étaient tristes et ont tenu à lui rendre hommage.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, a dit avoir «beaucoup de peine». Elle a noté que certains avaient voulu atteindre à sa réputation, ce qui «lui avait fait très mal».

La ministre de l'Immigration, Kathleen Weil, a dit que c'était un vrai leader, un joueur d'équipe, un homme d'action et «un immigrant qui s'est bien intégré».

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a rendu hommage «à l'oeuvre de Sam», qui a fortement contribué au développement économique de la capitale. «Quand il mordait sur un dossier, il ne lâchait pas», a dit le maire, qui aurait aimé le voir retrouver sa place à la table du conseil des ministres.