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27/04/2017 01:21 EDT | Actualisé 27/04/2017 01:40 EDT

GB/élections: Gina Miller repart en croisade face au Brexit

Elle a beau avoir enduré pendant des mois des menaces de mort et des injures racistes pour avoir exigé que le lancement du Brexit soit avalisé par le Parlement britannique, Gina Miller n'a pas fini de vouloir contrarier les plans du gouvernement.

"Le Brexit s'impose comme l'enjeu principal" des élections législatives anticipées, déclare cette pro-européenne à l'AFP, après avoir lancé mercredi une initiative destinée à promouvoir la cause européenne pendant la campagne électorale des législatives du 8 juin.

Sa plateforme "Best for Britain" remet sur le devant de la scène cette gestionnaire de fonds de 52 ans, qui avait obtenu devant les tribunaux que le gouvernement soumette au vote des députés l'activation de l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui a engagé le pays sur la voie de la sortie de l'Union européenne.

Cette procédure judiciaire a fait d'elle une héroïne nationale pour les uns, une paria pour les autres, certains adversaires l'accusant de vouloir déjouer le résultat du référendum de juin 2016 sur le Brexit.

Bien qu'elle ait dû embaucher des agents pour assurer sa sécurité, Gina Miller ne compte pas devenir silencieuse. Quelques heures seulement après la convocation surprise de législatives anticipées par la Première ministre Theresa May, elle a décidé de lancer une campagne de financement participatif pour peser dans un scrutin qu'elle considère comme "le plus stratégique de l'histoire du pays".

Son initiative "Best for Britain" cible les circonscriptions très disputées, où elle compte soutenir les candidats qui "ne se satisfont pas du Brexit dur", prôné par Theresa May et synonyme de la sortie du marché commun et de la fin de la libre circulation des citoyens européens.

"Nous allons travailler avec des candidats qui ont des principes bien ancrés... et qui voteront pour ce qu'ils estiment être le meilleur pour le pays, quel que soit leur parti", explique-t-elle, rejetant les critiques qui estiment que sa campagne vise à s'opposer au Parti conservateur au pouvoir.

- 'Très faible opposition' -

"Best for Britain" a déjà reçu le soutien de plus de 10.000 personnes et rassemblé plus de 300.000 livres (350.000 euros) en deux semaines.

"Il doit y avoir 100 à 115 circonscriptions très disputées mais nous ne pourront travailler que dans 20 à 30 d'entre elles, étant donné le temps dont nous disposons et le plafond des dépenses autorisées", explique Gina Miller.

Sa campagne de terrain vise aussi à sensibiliser les Britanniques au vote tactique et à combattre l'abstention, alors que les électeurs sont appelés aux urnes pour un scrutin national pour la troisième fois en moins de deux ans et montrent des signes de "fatigue électorale".

En appelant à des élections législatives anticipées, Theresa May a dit chercher à consolider son mandat en vue des négociations du Brexit. D'après les sondages, son Parti conservateur, qui ne dispose actuellement que d'une majorité de 17 sièges à la Chambre des Communes, pourrait rafler jusqu'à 100 sièges supplémentaires.

"Si le raz-de-marée électoral annoncé se produit, cela affectera considérablement notre démocratie, nous nous retrouverons dans une dictature électorale", craint Gina Miller qui regrette la "très faible opposition" incarnée par le Parti travailliste.

"Il ne se dresse pas contre le gouvernement, il ne lui réclame aucun compte", estime-t-elle.

"Nous ne pouvons pas laisser ce scénario se produire", ajoute celle qui a grandi dans une famille engagée politiquement et dont le père, Doodnaught Singh, était procureur général de Guyane britannique. Après la crise financière de 2008, elle s'était déjà investie personnellement dans des campagnes pour réclamer plus de transparence dans le secteur financier, ce qui avait valu le surnom peu amène de "veuve noire" à cette métisse qui estime que les choses auraient été bien "plus facile" si elle avait un homme blanc.

Mais bien qu'elle soit devenue une voix majeur dans le débat sur le Brexit, et qu'elle prévoie de sillonner le pays pour apporter son soutien aux candidats qu'elle aura choisi, Gina Miller est inflexible: un mandat politique n'est pas fait pour elle.

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