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27/04/2017 03:40 EDT | Actualisé 27/04/2017 04:00 EDT

Corée du Nord: un retour à la normale pour Washington?

Après des semaines de menaces réciproques, y compris la possibilité d'une action militaire américaine face aux ambitions nucléaires nord-coréennes, la Maison Blanche semblerait selon les analystes vouloir revenir à des stratégies plus conventionnelles.

Le gouvernement américain a organisé mercredi pour les sénateurs américains une réunion très attendue sur la Corée du Nord. Mais le texte publié à l'issue ne mentionne pas d'action militaire. Il évoque la nécessité de renforcer les sanctions pour provoquer le dialogue, un responsable militaire affirmant de son côté qu'il ne s'agit pas de mettre Pyongyang "à genoux".

D'après les analystes, cette réunion n'a guère permis d'éclairer les intentions du président Donald Trump. Ils jugent cependant que Washington semble revenir aux tactiques traditionnelles employées par les administrations précédentes sans beaucoup de résultat.

Voici en cinq questions des éléments de réponse sur le sujet.

- Washington a-t-il changé de discours?

"C'est tellement déroutant et contradictoire", dit Yang Moo-Jin, de l'Université des études nord-coréennes de Séoul. "Les Etats-Unis n'ont pas arrêté de dire qu'il fallait faire davantage pression sur le Nord, y compris avec l'option militaire (...) avant d'annoncer cette politique, qui semble aller dans une direction complètement différente".

- Pyongyang écoute-t-il?

Les rumeurs avaient abondé sur le fait que le Nord mènerait un sixième essai nucléaire ou un important tir de missile pour marquer deux dates en avril, le 105ème anniversaire de la naissance du père fondateur Kim Il-Sung --grand-père du dirigeant actuel Kim Jong-Un-- et le 85ème anniversaire de la création de l'armée.

Mais, à ce jour, rien de tel ne s'est produit, hormis un défilé militaire massif le 15 avril, où a été présenté ce qui semblait être un nouveau missile balistique intercontinental (ICBM).

"L'administration Trump a réussi à empêcher en avril le Nord de mener l'essai nucléaire ou les tests de missiles qui étaient largement attendus, au moyen de menaces verbales et du déploiement d'atouts stratégiques comme le porte-avion Carl Vinson et son groupe d'attaque", dit Paik Hak-Soon, spécialiste des affaires nord-coréennes. "La Chine a aussi aidé à freiner le Nord en laissant entrevoir la possibilité d'autres sanctions, comme l'arrêt de l'approvisionnement en brut".

- Quels seraient les effets d'une frappe américaine?

Des responsables du Pentagone ont souligné auprès de M. Trump que l'option militaire ne serait pas chose facile. "Les coûts d'une frappe américaine sur la Corée du Nord sont potentiellement très élevés", souligne Robert Kelly, de l'Université nationale de Pusan.

"La capitale sud-coréenne serait très vulnérable à des représailles nord-coréennes. Si la Corée du Nord choisissait de répliquer à une frappe aérienne, elle pourrait tuer beaucoup de gens, plusieurs centaines de milliers".

Pour Paik Hak-Soon, "des frappes préventives déclencheraient immédiatement une guerre. La réinstallation d'armes nucléaires sur la péninsule coréenne priverait la communauté internationale de toute justification morale pour exiger que le Nord abandonne les armes nucléaires". Cette possibilité n'a en fait jamais été vraiment "sur la table", estime-t-il.

- Que va-t-il se passer maintenant?

"Après avoir plané haut pendant un moment, Washington sait très bien qu'il est grand temps d'atterrir et de s'asseoir pour discuter avec le Nord car, faute de guerre, le dialogue est la seule option", déclare Hong Hyun-Ik, de l'Institut Sejong.

Sous Barack Obama, Washington disait qu'il ne dialoguerait avec Pyongyang que si le Nord faisait un geste tangible envers la dénucléarisation.

Le communiqué publié mercredi ne parle pas explicitement de conditions préalables, déclarant que Washington est "ouvert aux négociations" en vue d'une dénucléarisation pacifique et qu'il veut "convaincre le régime (de la nécessité) d'une désescalade et de reprendre le chemin du dialogue".

"La rhétorique enflammée de Washington s'inscrivait dans le cadre des efforts pour avoir la haute main lorsque des négociations reprendront avec le Nord", dit M. Paik.

Mais aux yeux de M. Hong, "les chances de voir un tel dialogue aboutir sont minces".

- Un retour à la normale?

"Je ne vois pas beaucoup de différences entre la dernière annonce et la politique de +patience stratégique+ de l'administration Obama", commente le professeur Yang.

Pendant l'ère Obama, Washington espérait que les sanctions provoqueraient du changement dans ce pays reclus et pressait la Chine, comme le fait M. Trump, de modérer son voisin et allié.

"Je parierais qu'après pas mal de rodomontades, de bruit et de fureur, l'administration Trump va lever le pied et on va se retrouver là où on était, c'est-à-dire avec une politique de dissuasion et d'endiguement de la Corée du Nord, et de poursuite des négociations avec la Chine", dit M. Kelly à l'AFP.

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