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26/04/2017 20:45 EDT | Actualisé 26/04/2017 21:00 EDT

Colère ou confiance: les 100 jours de Trump vus par des électeurs

L'un, enthousiaste de la première heure, garde toute sa confiance envers Donald Trump à l'approche des 100 premiers jours de sa présidence. L'autre, qui s'est résolue à voter pour Hillary Clinton mais aurait préféré son rival plus à gauche Bernie Sanders, est consternée, en colère et prête à lutter.

+ Les Clark, 74 ans, républicain

Le président Trump "fait du bon travail pour faire avancer son programme, je pense que 96% de ceux qui ont voté pour lui le soutiennent encore", explique cet habitant de Bakersfield, dans la vallée centrale de Californie, région agricole et pétrolière très conservatrice au coeur d'un Etat massivement démocrate.

"Beaucoup des gens à qui je parle dans l'industrie (pétrolière) n'ont pas de travail mais bon espoir que (Donald Trump) va remédier à ça", poursuit ce dirigeant gouailleur d'une association de producteurs pétroliers indépendants (IOPA), qui a soutenu l'homme d'affaires "parce qu'il était positif, nouveau venu et parlait de thèmes qui me préoccupent".

Il se félicite notamment des efforts du magnat de l'immobilier pour revenir sur "les réglementations les plus onéreuses" du secteur énergétique, notamment pour protéger la qualité de l'air ou les espèces en voie de disparition, et applaudit le feu vert au très controversé oléoduc Keystone: "Plus il y a d'oléoducs, de raffineries, plus je suis content".

Ce patron à la haute et corpulente stature salue aussi les baisses d'impôts annoncées. Petit bémol: Donald Trump "semble prêt à faire des compromis sur le mur" qu'il a promis de faire bâtir à la frontière mexicaine pour freiner l'immigration clandestine. "Il reste beaucoup de gens inquiets à ce sujet".

Interrogé sur le décret qui prévoyait, pour lutter contre le terrorisme islamiste, de suspendre l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays musulmans et celle des réfugiés, M. Clark répond: "Je ne voyage pas, mais je veux m'assurer que nous sommes en sécurité".

Face au durcissement de la politique sur les expulsions de sans-papiers, il tempère toutefois: "Quand on parle d'enlever des enfants à leur père et leur mère, ça me pose problème". Mais "soyons francs", poursuit-il: "il y a beaucoup de mauvaises personnes qui passent à travers nos frontières (...). Si elles devenaient votre voisin? On voit des choses se passer à travers les Etats-Unis et dans d'autres pays".

Quant à la Corée du Nord, "quiconque a une bombe nucléaire, ça m'inquiète et je pense qu'il faut se montrer dur" car "où atterrirait le premier missile? Ici, en plein dans le noyau dur pétrolier", estime-t-il, montrant les centaines de derricks pétroliers qui s'étendent jusqu'à l'horizon.

Les Clark approuve aussi le bombardement américain d'une base aérienne syrienne d'où aurait été lancée selon Washington une attaque chimique qui a tué des dizaines de civils. "Je me dis toujours, +et si c'était mes petits-enfants+? J'aurais voulu qu'ils y retournent et bombardent encore plus".

+ Emilou MacLean, 38 ans, démocrate

"Les politiques de cette administration ne sont pas très différentes de ce qui a été promis. Elles sont détestables mais découlent d'une campagne détestable", juge cette avocate et militante.

"Ce qui m'inquiète le plus, c'est que des choses choquantes ne choquent plus. On a un président qui dit des mensonges énormes, un président et un ministre de la Justice qui se moquent de juges, des décrets ouvertement anti-immigrés et anti-musulmans", énumère cette charismatique jeune femme à la cascade de cheveux bouclés, au phrasé rapide et à la mâchoire décidée.

Lors des primaires démocrates, elle avait voté pour Bernie Sanders, "candidat protestataire qui a démontré à quel point il y avait un désir d'une autre vision" politique, mais elle s'est ralliée à la candidature d'Hillary Clinton, même si selon elle "le parti démocrate s'est fourvoyé et Trump en a profité".

Le soir de l'élection présidentielle en novembre, elle était "dévastée". "Beaucoup de gens étaient choqués que l'Amérique puisse élire quelqu'un d'aussi xénophobe mais ce n'était pas une surprise pour ceux qui subissaient déjà des discriminations. Maintenant nous devons faire face à ça et changer la société", estime-t-elle.

Le lendemain de l'élection, elle raconte avoir reçu l'appel d'une cliente, mère d'une fille qui "est tout pour elle". "Elle m'a dit +je veux que tu m'aides à faire adopter ma fille+", poursuit la militante, qui a finalement convaincu sa cliente de garder sa fille et de se battre pour obtenir l'asile politique.

Frustrée face à des élus de l'opposition qui "ne combattent pas assez" les mesures de l'administration Trump, Emilou se dit "encouragée" et "dynamisée" par la résistance de citoyens anonymes, de familles "qui défendent leurs communautés".

La mobilisation populaire a donné lieu à "de vraies victoires", comme la suspension du décret migratoire, dit-elle.

Côté international, Mme MacLean juge que la politique de M. Trump "manque totalement de clarté".

Elle pensait à l'époque que la politique du président George W. Bush était "un désastre", mais, selon elle, "Trump est peut-être plus effrayant parce qu'il n'a aucune valeur, à part son propre égo".

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