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25/04/2017 08:33 EDT | Actualisé 25/04/2017 09:00 EDT

Présidentielle: pour tenter de l'emporter, Le Pen à la pêche aux déçus du premier tour

La candidate d'extrême droite Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour de la présidentielle française avec un score "historique", espère d'ici le 7 mai glâner les "dix petits points" qui lui manquent pour l'emporter, grâce aux voix des déçus du premier tour.

"Dix petits points, croyez-moi, c'est parfaitement faisable", a déclaré lundi soir la candidate nationaliste en réponse aux sondages qui la donnent perdante au second tour, avec environ 40% des suffrages contre 60% à son adversaire, le jeune centriste pro-européen Emmanuel Macron.

"Nous pouvons gagner et je vais même vous dire mieux, nous allons gagner", a assuré celle qui, depuis des mois, dit "rêver" d'un affrontement avec M. Macron, qu'elle qualifie de "représentant de la mondialisation décomplexée".

Pour elle, le second tour s'apparente à une "forme de référendum" dans laquelle les Français ont le choix "entre la France ou... autre chose, la disparition, la dilution de la France". Elle a annoncé lundi soir se mettre en retrait de la présidence de son parti, le Front national, afin d'être "au-dessus des considérations partisanes".

Pour conquérir l'Elysée, Marine Le Pen doit en effet rassembler bien au-delà de son électorat, bien plus que les 7,7 millions de suffrages exprimés en sa faveur au premier tour. D'autant qu'un front républicain a commencé à se former dès le soir du premier tour pour lui faire barrage, avec d'innombrables ralliements à droite et à gauche.

Pour obtenir le "rassemblement le plus large des patriotes", elle s'est très vite remise en campagne, enchaînant des déplacements sur le terrain sur ses thèmes de prédilection -immigration, sécurité, "remise en ordre au nom du peuple" - quand son adversaire est resté discret depuis dimanche, voire "absent" selon des observateurs politiques.

La célébration par M. Macron de sa première place du premier tour, dimanche soir à la Rotonde, une grande brasserie parisienne autrefois fréquentée par les artistes et les intellectuels, a fait couler beaucoup d'encre.

"La campagne du second tour n'a pas commencé. Du moins pour lui", déplorait mardi le quotidien économique Les Echos qui parle de "faux départ".

"M. Macron s'est permis de prendre un peu de recul et a laissé la députée européenne boxer seule sur son ring", note le quotidien Le Monde.

-'abstention différentielle'-

A droite, Marine Le Pen mise sur les électeurs du conservateur François Fillon, éliminé dimanche soir avec 20,01% des voix après une campagne plombé par les affaires. Elle leur a adressé "une petite pensée" mardi matin, en visitant le marché de gros de Rungis, en banlieue parisienne.

"Voilà des gens qui ont défendu leur candidat dans des conditions extrêmement difficiles (...) et qui se sont fait récompenser en écoutant à 20H02 leur candidat dire +il faut voter pour M. Macron+", a-t-elle déploré.

Rares sont les voix qui s'élèvent en sa faveur, à droite. La plupart des ténors du parti Les Républicains a appelé à voter pour le centriste. Selon un sondage, 41% des électeurs devraient suivre leur consigne, 33% pourraient glisser un bulletin Le Pen dans l'urne.

Le Front national mise également sur la déconvenue de ceux qui ont donné 19,58% des voix au tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Lui-même n'a pas de consigne de vote pour le duel Le Pen-Macron qui, selon ses mots, fait jubiler "les médiacrates et les oligarques".

"Beaucoup peuvent voter pour nous", veut croire le vice-président du parti, Florian Philippot, même si, selon les projections, seuls 19% des électeurs de M. Mélenchon pourraient basculer vers le FN au second tour.

Tout les oppose sur les thèmes de l'identité, de la sécurité et de l'immigration. Mais il existe des points communs, sur l'Union européenne ou sur le recul "inacceptable" des services publics.

Les autres options des "déçus" du premier tour, l'abstention ou le vote blanc, pourraient jouer en faveur de l'extrême droite.

Ses adversaires s'inquiètent d'une potentielle "abstention différentielle", selon l'expression popularisée par un physicien, Serge Galam: si les opposants de Mme Le Pen votent moins que ses partisans, alors la patronne de l'extrême droite n'a mathématiquement pas besoin d'être majoritaire dans les intentions de vote pour l'emporter le 7 mai.

M. Galam, dont le théorème remporte un vif succès sur les réseaux sociaux, voit là une "faille de taille dans le plafond de verre" qui bloque la victoire de Mme Le Pen.

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