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25/04/2017 06:47 EDT | Actualisé 25/04/2017 07:20 EDT

Nigeria: la justice ordonne à nouveau la libération sous caution d'un leader biafrais

Une cour de justice nigériane a ordonné une nouvelle fois mardi la libération sous caution du principal leader indépendantiste biafrais, incarcéré depuis octobre 2015 et toujours en l'attente de son procès.

La juge Binta Nyako, de la Haute Cour fédérale d'Abuja, est au moins la troisième juge à ordonner la libération sous caution de Nnamdi Kanu, cette fois pour des raisons de santé. Cette décision est particulièrement sensible, à un mois du cinquantenaire de la déclaration de sécession du Biafra, qui avait entraîné le pays dans une terrible guerre civile.

Abuja, via ses services de renseignement (DSS), a toujours refusé de libérer M. Kanu malgré l'ordonnance répétée de juges dans ce sens - dont le juge de la Cour régionale de la communauté des pays d'Afrique de l'Ouest (Cédeao) début mars -, assurant qu'il représentait une menace pour la sécurité nationale.

Le chef de file du mouvement indépendantiste pour les Peuples Indigènes du Biafra (IPOB), une région située dans le sud-est du Nigeria, est incarcéré depuis son arrestation en octobre 2015. Nnamdi Kanu est poursuivi aux côtés de trois autres membres de l'IPOB, et est poursuivi notamment pour trahison nationale, accusation qu'il dément.

"Pour permettre à l'accusation de poursuivre son procès contre une personne vivante, je pense que M. Kanu a besoin de meilleurs soins de santé que ceux prodigués en prison", a déclaré mardi la juge Binta Nyako.

"J'utilise de fait mon pouvoir de le libérer sous caution pour des raisons de santé", a-t-elle ajouté.

Les conditions de sa libération incluent une caution de 300 millions de nairas (près d'un million de dollars), mais également l'interdiction d'assister à toute manifestation ou d'être associé à une foule de plus de 10 personnes.

L'avocat de la défense, Ifeanyi Ejiofor, s'est dit "heureux de ce verdict": "Nous ferons tout pour remplir les conditions de sa libération", a-t-il assuré à la presse.

"Nous ferons face à toutes les tentatives du gouvernement fédéral de dénigrer ce jugement", a ajouté l'avocat en référence aux précédentes audiences.

M. Kanu est également à la tête de Radio Biafra station, une antenne indépendantiste diffusée depuis Londres.

Son arrestation et sa longue incarcération ont provoqué la colère des peuples Igbo, l'un des trois groupes ethniques les plus importants du Nigeria. Plusieurs manifestations organisées pour réclamer sa libération ont tourné au bain de sang.

Amnesty International a accusé les forces de sécurité nigérianes d'avoir tué "au moins 150 membres et partisans de l'organisation pro-Biafra IPOB" au cours de l'année dernière, ce qu'Abuja nie en bloc.

Selon Amnesty, au moins 60 militants ont été tués lors de commémorations célébrant l'anniversaire du début de la guerre civile du Biafra le 30 mai 2016 à Onitsha, dans l'Etat d'Anambra.

Le conflit pour l'indépendance du Biafra de 1967-70 avait fait plus d'un million de morts, la plupart d'entre eux de famine et de maladie, et reste un sujet extrêmement sensible et clivant au Nigeria.

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