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25/04/2017 12:36 EDT | Actualisé 25/04/2017 13:00 EDT

Netanyahu annule une rencontre avec le chef de la diplomatie allemande

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annulé mardi une rencontre avec le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel à la suite d'une dispute inhabituelle sur le programme du ministre.

M. Netanyahu, qui est également ministre des Affaires étrangères, a pris cette décision après que Sigmar Gabriel a refusé de renoncer à une rencontre avec des représentants de deux ONG israéliennes très critiques envers son gouvernement.

Cette rencontre a eu lieu mardi soir en toute discrétion, a indiqué à l'AFP un responsable de B'Tselem, l'une des deux ONG.

L'annulation de la rencontre Netanyahu-Gabriel est un rare accroc public dans les relations d'Israël avec l'Allemagne, qui est l'un de ses plus fermes soutiens européens.

Elle survient dans un contexte de rafraîchissement des relations bilatérales, notamment au sujet de la colonisation, c'est-à-dire la construction par Israël d'habitations civiles dans les Territoires palestiniens occupés, critiquée par Berlin.

"Les diplomates sont les bienvenus et peuvent rencontrer des représentants de la société civile, mais le Premier ministre ne rencontrera pas ceux qui confèrent une légitimité à des organisations qui appellent à incriminer les soldats israéliens", a affirmé un communiqué du bureau du Premier ministre.

M. Netanyahu a toutefois tenu à souligner que les "relations avec l'Allemagne sont très importantes et ne seront pas affectées".

M. Gabriel a pour sa part laissé entendre à des journalistes que cette l'annulation relevait de considérations de politique intérieure, tout en minimisant les conséquences de cet incident diplomatique.

"Nous ne devons pas devenir le jouet de la politique intérieure israélienne", a souligné le ministre allemand. "Je ne considère pas cela comme une catastrophe et les relations entre nos deux pays ne changeront en aucune façon".

Auparavant, il avait affirmé à la télévision publique allemande ZDF qu'il "est tout à fait normal que, lors d'une visite à l'étranger, on parle à des représentants de la société civile".

B'Tselem documente les violations des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés depuis 50 ans par l'Etat hébreu, alors que Breaking the Silence, autre ONG israélienne offre sous le couvert d'anonymat une plateforme aux soldats israéliens pour raconter leur vécu et dénoncer les agissements selon eux condamnables de l'armée.

"Que nous nous adressions aux Israéliens ou à la communauté internationale, notre message est le même: en tant qu'Israéliens nous ne pouvons pas permettre à 50 ans d'occupation et son lot de violations des droits de l'Homme de continuer (...) C'est pourquoi, une ferme détermination et résolution de la communauté internationale sont essentielles pour montrer à notre Premier ministre que ses actions au-delà des frontières israélienne dépassent tout simplement les bornes", a affirmé B'Tselem dans un communiqué.

- Loi controversée -

Le gouvernement de M. Netanyahu, considéré comme le plus à droite de l'histoire du pays, mène une offensive, contre des organisations qu'il accuse d'attenter à la légitimité de l'Etat et qui sont soumises à de rudes attaques depuis des mois.

Le Parlement israélien a approuvé en juillet 2016 une loi controversée qui oblige les ONG recevant la plus grande partie de leur financement de gouvernements étrangers, notamment européens, à le déclarer.

Ce texte, selon ses détracteurs, cible en priorité les groupes de gauche faisant campagne pour les droits des Palestiniens et s'opposant à la colonisation en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexé. B'Tselem et Breaking the Silence sont notamment visés.

En février, le gouvernement allemand avait annoncé le report de consultations germano-israéliennes, la chancelière allemande Angela Merkel voulant ainsi, selon la presse israélienne, manifester son mécontentement après l'adoption d'une loi en faveur des colons.

L'Allemagne avait également indiqué fin janvier "douter" de la volonté d'Israël d'aboutir à un règlement du conflit israélo-palestinien sur la base d'une solution à deux Etats, après une annonce sur l'accélération de la colonisation.

Jusqu'à alors, l'Allemagne était restée très prudente dans ses critiques, se contentant d'affirmer que la colonisation était un obstacle au processus de paix et à l'avènement d'un Etat palestinien à part entière, sans mettre en doute la volonté israélienne d'y parvenir un jour.

En février, le gouvernement israélien avait réprimandé l'ambassadeur de Belgique après des rencontres à Jérusalem entre le Premier ministre belge Charles Michel et des représentants de Breaking the Silence et B'Tselem.

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