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25/04/2017 15:13 EDT | Actualisé 25/04/2017 16:01 EDT

Le PQ demande que Charest et Bibeau soient convoqués en commission parlementaire

QUÉBEC — Le nom de l'ancien premier ministre Jean Charest était sur toutes les lèvres à l'Assemblée nationale, mardi, alors que les députés apprenaient qu'il était l'objet d'une enquête criminelle de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Aucune accusation n'a été portée contre l'ancien chef du gouvernement. Si l'équipe libérale a minimisé l'importance de la nouvelle lors d'une période des questions particulièrement houleuse, les partis de l'opposition, eux, ont piaffé d'impatience de voir l'enquête aboutir.

«À un moment donné, il faut arrêter de tourner autour du pot juste parce que c'est des gens puissants, juste parce que c'est M. Charest, et qu'il travaille dans un gros cabinet d'avocats, et qu'il a été premier ministre», a affirmé le député de Québec solidaire, Amir Khadir. 

«Dans un État où la justice est trop lente, la justice est défaillante», a-t-il ajouté.

Mardi, le premier ministre Philippe Couillard a essuyé une pluie de questions au sujet de son ancien chef, en affirmant qu'il appartenait au passé.

«Aujourd'hui, les Québécois se préoccupent avant tout de leur qualité de vie, se préoccupent de leurs emplois», a-t-il maintenu, en ajoutant qu'il laisserait les institutions telles que l'UPAC faire leur travail.

Les Québécois sont «frustrés», «très préoccupés par l'éthique» et «l'immunité libérale», a rétorqué le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

Selon les documents obtenus par TVA et le Journal de Montréal, M. Charest et Marc Bibeau, l'ex-collecteur de fonds du Parti libéral du Québec, auraient été ciblés par l'UPAC dans le cadre d'une vaste enquête criminelle.

L'enquête chercherait à savoir si des firmes de génie et de construction auraient contribué généreusement au Parti libéral, entre 2003 et 2013, en retour de contrats et de subventions du gouvernement Charest.

Les médias de Québecor ont d'ailleurs publié la preuve que les renseignements personnels de MM. Charest et Bibeau ont été passés au crible par les enquêteurs de l'UPAC jusqu'à l'an dernier.

L'enquête, qui porte le nom de «Mâchurer», est encore active.

«Je ne vois rien dans les faits rapportés ce matin qui constitue un geste répréhensible au plan pénal ou criminel, sauf le geste qui aurait été posé par une personne, qui a prêté serment de sauvegarder la confidentialité des informations dans le cadre d'une enquête et qui viole ce serment-là», a déclaré Pierre Moreau, président du Conseil du trésor et avocat de formation.

Selon le député libéral et ancien policier Robert Poëti, que des documents confidentiels d'enquête se retrouvent sur la place publique fait en sorte que l'enquête est maintenant «compromise».

D'ailleurs, le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, a annoncé en fin de journée mardi qu'il déclenchait une enquête interne afin d’identifier l’origine de la transmission de documents confidentiels. «Cette divulgation pourrait être lourde de conséquences alors que les enquêteurs de l’UPAC sont maintenant soumis à des pressions inutiles qui pourraient entraver leur travail», a fait valoir M. Lafrenière.

«L’enquête Mâchurer se poursuit et elle sera soumise au Directeur des poursuites criminelles et pénales lorsque tous les éléments de preuves seront amassés et analysés, et que l’enquête sera entièrement complétée», a conclu le commissaire.

L'ancien premier ministre a transmis une brève déclaration par communiqué, mardi soir, affirmant qu'il «prenait acte» de la déclaration du DPCP qui a confirmé à Radio-Canada qu'aucun dossier ne lui avait été transmis.

«Je ne ferai aucun autre commentaire, si ce n'est pour réaffirmer mon innocence face aux allégations qui circulent», a-t-il conclu.

Entre temps, le gouvernement devrait de toute urgence convoquer MM. Charest et Bibeau en commission parlementaire, a insisté M. Lisée.

«MM. Charest et Bibeau n'ont été interrogés ni publiquement ni privément par la Commission Charbonneau et les Québécois veulent aller au fond de l'affaire», a-t-il dit. 

M. Lisée a tenu à rappeler les chefs d'accusation qui pèsent actuellement contre l'ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau: corruption d'un membre d'une législature, fraude envers le gouvernement pour souscrire à une caisse électorale pour l'obtention ou la rétention d'un contrat, abus de confiance et fraude.

Pour sa part, la Coalition avenir Québec a réclamé que le gouvernement fasse la lumière, en rendant publics, notamment, tous les baux et contrats liant le gouvernement du Québec à M. Bibeau.

«Quel avantage Marc Bibeau a-t-il retiré des millions de dollars qu'il a ramassés pour le Parti libéral?» a demandé la députée caquiste Nathalie Roy. 

M. Bibeau a réagi mardi par le biais de son avocat, William Brock: «Notre client est outré par le fait que de l’information obtenue en cours d’enquête pourtant confidentielle, y compris des renseignements personnels, soit délibérément coulée dans les médias dans le seul but de porter atteinte à sa réputation».

Le commissaire Lafrenière sera questionné par les partis de l'opposition lors de son passage à l'étude de crédits en sécurité publique le 4 mai à l'Assemblée nationale.